« Tant que nous n’avons pas d’accord, nous ne bougerons pas d’ici » : les pêcheurs débloquent temporairement les ports corses, mais assurent qu'ils iront jusqu'au bout

Written on 04/07/2026
Manon Perelli

Après avoir paralysé dès l’aube les principaux ports de l’île, contraignant ferries et passagers à patienter en mer, les pêcheurs ont levé temporairement les blocages à la mi-journée pour permettre les débarquements. Mais sans mesures concrètes pour compenser le surcoût du carburant, ils indiquent qu'ils continueront leur mouvement et qu'aucun bateau ne quittera la Corse ce mardi soir.

Une vingtaine d'embarcations de pêcheurs bloquent le port d'Ajaccio depuis ce mardi matin (Photo : Paule Santoni)

Une action coup de poing pour exprimer un ras le bol général. Depuis des mois, ils ne cessent d’avertir sur les nombreuses normes qui les impactent. Alors qu’ils confient ne pas avoir eu l’impression d’avoir été écoutés, ce mardi matin, les pêcheurs ont cette fois décidé de durcir le ton face à la flambée du prix du gasoil qui met en péril leur activité. À l’appel du sindicatu pà a difesa di i piscadori corsi, l’ensemble des ports de commerce de l’île a été bloqué dès 6 heures du matin. Si à l’Ile-Rousse le blocage a été levé aux alentours de 8h30, les navires de la continuité territoriale et de la Corsica Ferries ont longuement dû patienter au large durant toute la matinée.
 

« Tant que nous n’avons pas d’accord, nous ne bougerons pas d’ici » : les pêcheurs débloquent temporairement les ports corses, mais assurent qu'ils iront jusqu'au bout

Afin de laisser débarquer les passagers, les ferries ont pu accoster dans les ports corses, comme ici à Bastia, à la mi-journée (Photo : Gérard Baldocchi)

À la mi-journée, afin de ne pas pénaliser les passagers à bord des ferries, les pêcheurs ont toutefois pris la décision de débloquer temporairement les ports pour les laisser débarquer. « Mais ce soir aucun bateau ne partira de Corse », prévient Joseph Sanna, le secrétaire d’u sindicatu pà a difesa di i piscadori corsi. « Aujourd’hui, on se retrouve sur le plan d’eau d’Ajaccio par la force des choses. Avec tous les problèmes que rencontre la petite pêche à l’heure actuelle, est-ce normal qu’on nous accule encore avec l’augmentation du prix du gasoil ? Ce qui nous a fait réagir, c’est que depuis 30 ans, on connaît les mêmes problèmes qui n’ont pas jamais été résolus en Corse : un décalage de 40 à 50 cts avec les pêcheurs français. À longueur d’année nous subissons tout cela. À partir de cela, nous avons pris la décision, avec les bateliers qui nous ont rejoint car ils ont les mêmes problèmes que nous, de stopper cette hémorragie car cela devient de plus en plus grave. Nous sommes tous à l’agonie et se faire encore plomber avec cette augmentation du prix du gasoil, ce n’est plus gérable », précise-t-il depuis son bateau dans la rade d’Ajaccio, où une vingtaine de bateaux se font face, immobiles, comme pour mieux marquer le coup d’arrêt d’une profession à bout de souffle. Sur l’ensemble de l’île, ce sont 145 patrons pêcheurs qui sont concernés. Une petite pêcherie aujourd’hui en danger, qui dit ne plus avoir d’autre choix que de hausser le ton.
 
 

« Tant que nous n’avons pas d’accord, nous ne bougerons pas d’ici » : les pêcheurs débloquent temporairement les ports corses, mais assurent qu'ils iront jusqu'au bout

Joseph Sanna, le secrétaire du sindicatu pà a difesa di i piscadori corsi, martèle : " Nous avons assez discuté, maintenant nous voulons des propositions concrètes" (Photo : Paule Santoni)

« Nous sommes dans un conflit dur. On aurait pu éviter d’en arriver là, mais comme toujours il faut taper du poing pour se faire entendre. Nous avons assez discuté, maintenant nous voulons des propositions concrètes», insiste encore Joseph Sanna. Alors que les pêcheurs espéraient pouvoir obtenir des engagements de l'État, ils ont finalement refusé la table ronde proposée en préfecture du fait du déblocage préalable qui leur était imposé. En parallèle, le député Paul-André Colombani a interpellé le gouvernement à l'occasion d'une question à l'Assemblée nationale en milieu d'après-midi. À cette occasion, la ministre en charge de l'énergie a indiqué que des échanges sont en cours afin de trouver une « solution concrète qui permette à l'activité économique de reprendre et qui ne mette pas en péril les emplois et le secteur localement ».
 
Mais du côté des pêcheurs, la ligne est claire : « Nous voulons un rendez-vous avec de vraies propositions. Nous voulons signer un protocole d’accord, pas de discuter », martèle le secrétaire du syndicat. En attendant, le mouvement se poursuit. « Tant que nous n’avons pas d’accord, nous ne bougerons pas d’ici », préviennent les pêcheurs qui assurent qu’un nouveau cap pourrait être franchi si aucune réponse à la crise n’est apportée.