Ajaccio - Les incendiaires présumés d'entreprises de proches de Gilles Simeoni jugés mardi

Written on 04/05/2026
AFP

Deux hommes, dont l'un est associé par la police à une des bandes criminelles corses, sont jugés à partir de mardi à Ajaccio, accusés d'être les incendiaires d'entreprises de proches de Gilles Simeoni, ce qu'ils nient.

Dans la nuit du 4 au 5 décembre 2022, deux bars-restaurants à Corte, le Bama et le 24, avaient été incendiés. Le premier était cogéré par le fils du président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni.
Peu après, un véhicule blanc volé quelques jours plus tôt, avec deux hommes à bord, quittait les lieux et était vu sur des images de vidéosurveillance, vers 4h20, à la concession Mercedes d'Ajaccio, où huit véhicules étaient détruits dans un incendie criminel.
Le garage appartient à Jean-André Miniconi, ancien président de la chambre de commerce et d'industrie de Corse-du-Sud. Il avait démissionné de l'institution en mars 2017 pour dénoncer des "tensions entre élus" et était l'ex-tête d'une liste soutenue par Gilles Simeoni aux municipales de 2020 à Ajaccio.


Deux hommes, Kevin Ornec, 39 ans, et Mourad Amar, 30 ans, ont été arrêtés et mis en examen dans ce dossier pour "destructions en bande organisée", "transport de produits incendiaires", "recel de bien provenant d'un vol" et "dégradation du bien d'autrui".
Selon l'accusation, les vidéosurveillances du garage ont notamment montré que l'un des auteurs de l'incendie des véhicules avait subi "un retour de flamme" et pris "feu au niveau du bras et du visage" et qu'à la même période, Kevin Ornec avait "une brûlure au front" qu'il expliquait aux enquêteurs par "trop de Grand Marnier" versé sur "des bananes flambées".


En récidive et avec près d'une dizaine de mentions sur son casier judiciaire, Kevin Ornec est le beau-frère de Yassine Akhazzane, multi-condamné à la tête de "la première équipe du banditisme insulaire construite autour d'individus issus de la communauté maghrébine et des gens du voyage", selon un rapport confidentiel sur les vingt bandes criminelles actives en Corse réalisé par le Service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco) de la police, consulté par l'AFP.
Kevin Ornec est le deuxième nom associé à cette bande criminelle sur ce document.
Contacté par l'AFP, son avocat Me Jean-François Vesperini a indiqué que son client "nie depuis le début".


"Notre client nie toute implication dans ce dossier" et "nous espérons que le tribunal reconnaisse son innocence", a pour sa part indiqué à l'AFP Me Charlotte Cesari, avocate de Mourad Amar.
Le garage de Jean-André Miniconi avait déjà été la cible d'un incendie et d'une tentative d'incendie, faits pour lesquels un homme a été condamné à cinq ans de prison en décembre 2020. L'auteur avait alors dit avoir agi moyennant finances pour le compte d'une personne dont il ne voulait pas fournir l'identité.


"La seule chose que j'attends de ce procès, c'est qu'on lève les doutes parce qu'aujourd'hui on n'a pas les commanditaires. Ce qui est intéressant, ce n'est pas les gens qui ont mis le feu, c'est pourquoi on a mis le feu et qui a donné l'ordre", a déclaré à l'AFP Jean-André Miniconi, se déclarant "incapable de dire pourquoi on a brûlé ces voitures".
"On se doute que c'est politique, mais on n'a aucune certitude", a-t-il avancé, estimant que les auteurs avaient "eu un contrat".
Un mois après les faits, en janvier 2023, Gilles Simeoni avait évoqué pour la première fois des "menaces" sur sa personne en présentant ses vœux, sans toutefois déposer plainte ni en préciser l'origine.