​Farine, pain et savoir-faire : la filière locale à l’honneur à Ajaccio à l’occasion des 5e Rendez-vous de l’alimentation durable

Written on 03/26/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Malgré la tempête Deborah, le froid et les averses de grêle, la cinquième édition des « Rendez-vous de l’alimentation durable » a débuté ce jeudi matin sous la Halle gourmande du marché d’Ajaccio. Entre démonstration de moulin itinérant et dégustation de pains réalisés par les élèves de l’école hôtelière, la filière du blé local s’est invitée au cœur de la ville.

À l’abri de la Halle gourmande du marché d’Ajaccio, le bruit régulier d’une meule de pierre a défié les rafales de vent et la pluie battante. Ce jeudi matin, la tempête Deborah n’a pas eu raison de la mobilisation autour des « Rendez-vous de l’alimentation durable », organisés par l’École Hôtelière Méditerranéenne. Dès 10 heures, le public a pu assister à un temps fort consacré à la farine, pensé comme une démonstration grandeur nature d’une filière locale « de la terre à l’assiette ».
 
Au centre de l’attention : un moulin itinérant, installé sur une remorque, qui n’a pas cessé de tourner malgré le froid humide. Autour, étudiants, apprentis et curieux se pressaient pour observer la transformation du blé en farine. Pour Pascal Agostini, directeur de l’établissement, cette matinée illustre parfaitement l’esprit de la journée : « L’idée, c’est de montrer qu’il est possible d’avoir une filière complète autour du blé, de la production jusqu’à la dégustation. »

Un moulin pour relocaliser la valeur

Derrière cette démonstration, un projet plus large, porté notamment par l’association Custodii di u Creatu. « Ce moulin a été pensé comme itinérant pour aller directement chez les producteurs », explique Ruth Stegassy, ancienne journaliste et animatrice de l’émission Terre à terre sur France Culture et membre de l’association. « L’objectif est qu’ils puissent transformer eux-mêmes leur blé en farine et récupérer ainsi une véritable plus-value. »

Arrivé sur l’île en février après plus d’un an de fabrication artisanale, ce moulin de type Astrié produit une farine fine, légèrement jaune, particulièrement riche sur le plan nutritionnel. Une farine issue exclusivement de blés anciens, notamment des variétés corses réintroduites après avoir été retrouvées… en Sardaigne. « Ce sont des blés qui avaient disparu ici. Aujourd’hui, ils sont à nouveau cultivés en Corse, en bio, par plusieurs producteurs », précise-t-elle.

​Farine, pain et savoir-faire : la filière locale à l’honneur à Ajaccio à l’occasion des 5e Rendez-vous de l’alimentation durable

(photo Facebook de l'EHM)

Du grain au pain, sous les yeux du public

À quelques mètres du moulin, l’autre temps fort de la matinée se jouait autour des tables de dégustation. Les apprentis boulangers, cuisiniers et pâtissiers de l’école hôtelière d’Ajaccio ont proposé au public des pains confectionnés à partir de ces farines locales. Servis avec des produits du marché, notamment des fromages, ces dégustations ont permis de boucler la démonstration : celle d’un circuit court, concret et accessible. « Il ne s’agit pas seulement de produire, mais de sublimer le travail des agriculteurs dans l’assiette », souligne Pascal Agostini. « C’est aussi notre rôle de former les futurs professionnels à cette logique. »

Une nécessité plus qu’une tendance

Au-delà de l’aspect pédagogique, le message est clair : le retour aux céréales locales et aux circuits courts n’est plus une option. « C’est une nécessité », insiste le directeur. « Entre les enjeux climatiques et les questions de santé publique, il est essentiel de repenser notre manière de produire et de consommer. » Même constat du côté de Ruth Stegassy, qui voit dans ces initiatives une manière concrète de préserver la biodiversité cultivée tout en redonnant du sens à l’agriculture locale.

Cette matinée marquait le coup d’envoi d’une journée plus large, rythmée par des conférences, une masterclass et une grande rencontre autour de l’histoire des céréales au Palais des Congrès, animées notamment par Caroline Tafani, Raphaël-Pierre Bianchetti, Fabrice Fenouillère, directeur du Parc Galea ainsi que d’Eric Birlouez, célèbre sociologue de l’agriculture et de l’alimentation. Avec un message bien limpide : relocaliser, transmettre et, surtout, bien manger.