Créée en 2010, l’association Fiura Mossa adapte et traduit des films et séries en langue corse, et va présenter "U Nome di a Rosa", adaptation du film Le Nom de la Rose, ce samedi en avant-première au Régent à Bastia. L’objectif est de favoriser la transmission et la valorisation de la langue corse auprès de tous les publics, en particulier les plus jeunes.
(Photos Gérard Baldocchi)
Adapter des films et des séries en langue corse : c’est l’objectif de l’association Fiura Mossa depuis près de 16 ans. Créée en juillet 2010, l’association est née suite à un constat de l’enseignant Jean-Yves Casalta. « Il s’est aperçu que du doublage en langue régionale était fait en Bretagne, mais aussi chez les Occitans, depuis déjà une dizaine d'années », explique le président de l’association Sylvain Giannecchini. « Il m’a demandé si c’était faisable d’un point de vue technique, parce qu’il n'avait pas du tout d'approche technique, et je venais de finir mes études en communication et en technique de l'image. C’est comme ça qu’on s’est lancé dans l’aventure, et ça fait maintenant 15 ans qu’on fait du doublage. »
Depuis, l’association a doublé des films, des séries et des courts et moyens-métrages tels que Yakari, Terminator ou encore Paddington. « Lorsqu'on décide d'aborder un projet, on contacte les maisons de production, on demande les droits d'exploitation pour pouvoir effectuer le doublage », précise Sylvain Giannecchini. « Si les droits sont accordés, on nous envoie tout le matériel nécessaire, et derrière on attaque toutes les étapes de doublage : on reçoit le script et on fait l'adaptation et la traduction, on va ensuite faire ce qu'on appelle la bande rythmée, c'est-à-dire qu'on va créer avec un logiciel les bandes rythmées pour pouvoir aider les comédiens à faire leur doublage, et on passe à la phase casting et enregistrement, avec une direction artistique pour réaliser un doublage. »
Valoriser la langue corse
En 2019, Fiura Mossa franchit une étape importante avec la création de son propre studio de doublage à Bastia, au sein du centre culturel Una Volta. L’association peut ainsi développer davantage de projets, dont le dernier en date : l’adaptation du film Le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud. « On a contacté TF1 Studios et on a fait une co-négociation avec les Occitans et les Bretons », souligne le président de Fiura Mossa.
« C'est une version qui a été remasterisée avec une restauration de l'image, et ensuite, on s'est lancé dans le travail de doublage. Il faut savoir que c’est un travail très minutieux de visualisation, image par image, pour pouvoir faire correspondre au maximum le texte en langue corse aux labiales des personnages et des comédiens. C’est beaucoup plus compliqué pour un film que pour un dessin animé, par exemple, parce qu’il faut parfois changer les tournures de phrases pour qu’un O soit un O, un I soit un I, etc. »
Le film U Nome di a Rosa sera présenté en avant-première ce samedi au Régent à Bastia, avant d’autres diffusions à L’Île-Rousse, Corte, Ajaccio et Lecci. À travers leur initiative, les membres de l’association souhaitent « faire rentrer la langue corse de façon naturelle dans les foyers et dans la société ». « On doit être capable d'aller voir un film au cinéma en langue corse comme on peut aller voir un film en langue française. Et surtout, on essaie de toucher le jeune public, pour permettre aux enfants qui sont par exemple à la Scola Corsa mais qui ont des parents qui ne sont pas corsophones, d’avoir accès à des programmes en langue corse. Ça permet aux parents de pouvoir proposer des choses à leurs enfants en langue corse, même à la maison, et de pouvoir avoir cette continuité d'immersion. »
Le but est aussi de proposer des films pour un public plus âgé. « On s'est dit qu'on allait faire aussi des films un peu plus pour les adultes, c'est pour ça qu'on a fait Terminator, qu'on a fait Le Nom de la Rose, c'est pour permettre aussi à des gens plus adultes de pouvoir profiter, d'aller voir un film en langue corse au cinéma. Et les films sont sous-titrés en corse et en français, donc les gens qui veulent perfectionner leur corse ou qui veulent l’apprendre, peuvent mettre les sous-titres en français. Notre travail est là pour la valorisation, mais surtout pour la transmission. »
