Entre théâtre et transmission, Petru Squarcini fait revivre les voix de la rue Fesch et transmet la langue corse aux générations d’aujourd’hui. Un passeur d’âme, humble et discret, qui écrit, fait rire et garde vivante l’âme de la ville.
Dans un bureau de collège où les sonneries rythment la journée et où le tumulte des élèves traverse les couloirs, un vieux portrait de la rue Fesch veille en silence. L’image appartient à un autre temps. Un temps où les vitrines avaient une âme, où les fenêtres servaient de tribunes, où les rues d’Ajaccio parlaient fort et surtout, parlaient corse.
Parfois, entre deux dossiers et deux appels, Petru Squarcini lève les yeux vers cette photographie. Il s’y attarde quelques secondes. Et dans son imaginaire, la rue se remet en mouvement.
« Je la regardais… et elle s’animait. Les gens revenaient et les voix reprenaient », se souvient-il. Les poissonnières interpellent les passants. Les voisins discutent de balcon à balcon. Les enfants courent entre les étals. C’était un théâtre à ciel ouvert.
Pour comprendre Petru Squarcini, il faut revenir là. À cette rue qui fut son école première.
Parfois, entre deux dossiers et deux appels, Petru Squarcini lève les yeux vers cette photographie. Il s’y attarde quelques secondes. Et dans son imaginaire, la rue se remet en mouvement.
« Je la regardais… et elle s’animait. Les gens revenaient et les voix reprenaient », se souvient-il. Les poissonnières interpellent les passants. Les voisins discutent de balcon à balcon. Les enfants courent entre les étals. C’était un théâtre à ciel ouvert.
Pour comprendre Petru Squarcini, il faut revenir là. À cette rue qui fut son école première.
Un enfant des quartiers populaires
Né à Ajaccio le 27 août 1969, en plein bicentenaire napoléonien, Petru Squarcini grandit loin des fastes de l’histoire officielle. Son royaume à lui, ce sont les quartiers populaires : la rue Fesch, U Borgu, U San Carlu. Des lieux qui, dans sa mémoire, ne sont pas de simples artères commerçantes, mais un véritable village.
« Il y avait une vraie vie avec plusieurs corps de métier. On se connaissait tous. On ne mettait pas de masque », se souvient-il. Du matin au soir, la ville vibrait, et la langue corse circulait naturellement, de la Marine jusqu’au cours Napoléon. Lui ne l’a pas apprise dans les livres. Elle lui a été transmise par ses grands-parents, par son père, par la rue elle-même, comme un élément naturel du paysage sonore.
Aujourd’hui, il le dit avec lucidité : « Je ne me retrouve plus dans l’Ajaccio d’avant. Quelque chose s’est éteint ». Alors, pour que ce “quelque chose” ne disparaisse pas totalement, il a décidé de le faire parler.
Né à Ajaccio le 27 août 1969, en plein bicentenaire napoléonien, Petru Squarcini grandit loin des fastes de l’histoire officielle. Son royaume à lui, ce sont les quartiers populaires : la rue Fesch, U Borgu, U San Carlu. Des lieux qui, dans sa mémoire, ne sont pas de simples artères commerçantes, mais un véritable village.
« Il y avait une vraie vie avec plusieurs corps de métier. On se connaissait tous. On ne mettait pas de masque », se souvient-il. Du matin au soir, la ville vibrait, et la langue corse circulait naturellement, de la Marine jusqu’au cours Napoléon. Lui ne l’a pas apprise dans les livres. Elle lui a été transmise par ses grands-parents, par son père, par la rue elle-même, comme un élément naturel du paysage sonore.
Aujourd’hui, il le dit avec lucidité : « Je ne me retrouve plus dans l’Ajaccio d’avant. Quelque chose s’est éteint ». Alors, pour que ce “quelque chose” ne disparaisse pas totalement, il a décidé de le faire parler.
Une imagination qui cherche le mouvement
À l’école des Cannes puis au Finosello, Petru n’est pas l’élève modèle. Il préfère improviser, faire rire, détourner les consignes. « J’aimais écrire, mais je n’étais pas très scolaire », reconnait-il. Pourtant, fort d’une imagination hors norme, il commence à écrire des poésies en langue corse, respectant une structure ancienne, presque chantée. Les rimes lui viennent facilement. Les images aussi. Mais ce qu’il recherche avant tout, c’est le souffle. « Il fallait que le texte soit vivant », insiste-t-il. Ce besoin de vie deviendra sa ligne directrice.
À l’école des Cannes puis au Finosello, Petru n’est pas l’élève modèle. Il préfère improviser, faire rire, détourner les consignes. « J’aimais écrire, mais je n’étais pas très scolaire », reconnait-il. Pourtant, fort d’une imagination hors norme, il commence à écrire des poésies en langue corse, respectant une structure ancienne, presque chantée. Les rimes lui viennent facilement. Les images aussi. Mais ce qu’il recherche avant tout, c’est le souffle. « Il fallait que le texte soit vivant », insiste-t-il. Ce besoin de vie deviendra sa ligne directrice.
Le déclic d’un portrait
En 2008, un geste anodin ravive tout : on lui offre un ancien portrait de la rue Fesch. Il l’accroche dans son bureau. Et l’enfance revient. Entre deux appels, il commence à écrire : d’abord des dialogues, puis des scènes. Des personnages inspirés de ceux qu’il a connus, hauts en couleur, parfois burlesques, toujours profondément humains. Il noircit des feuilles qu’il range précieusement dans un tiroir. « Les gens entraient et me demandaient ce que je faisais. Je leur lisais quelques passages. Ils me disaient : “Petru, c’est populaire, c’est vivant !” ». Un jour, il comprend qu’il tient une pièce. Elle s’appellera Rimusciu in Borgu.
En 2008, un geste anodin ravive tout : on lui offre un ancien portrait de la rue Fesch. Il l’accroche dans son bureau. Et l’enfance revient. Entre deux appels, il commence à écrire : d’abord des dialogues, puis des scènes. Des personnages inspirés de ceux qu’il a connus, hauts en couleur, parfois burlesques, toujours profondément humains. Il noircit des feuilles qu’il range précieusement dans un tiroir. « Les gens entraient et me demandaient ce que je faisais. Je leur lisais quelques passages. Ils me disaient : “Petru, c’est populaire, c’est vivant !” ». Un jour, il comprend qu’il tient une pièce. Elle s’appellera Rimusciu in Borgu.
Écrire en corse, une fidélité
Pour lui, le choix de la langue ne se discute pas. « À l’époque que je raconte, la langue du peuple était le corse. Je ne pouvais pas faire autrement », explique-t-il. Son engagement n’est pas politique. Il est culturel et affectif. Il évoque les générations qui ont parfois été freinées, encouragées à délaisser le corse au profit du français : « Pourquoi avoir honte de parler une langue qui est la nôtre ? On n’apprend qu’en osant et en se trompant ». Il sait que la langue est fragile, voire menacée. Mais il voit aussi les jeunes qui la redécouvrent et l’osent. Cela lui donne de l’espoir.
Pour lui, le choix de la langue ne se discute pas. « À l’époque que je raconte, la langue du peuple était le corse. Je ne pouvais pas faire autrement », explique-t-il. Son engagement n’est pas politique. Il est culturel et affectif. Il évoque les générations qui ont parfois été freinées, encouragées à délaisser le corse au profit du français : « Pourquoi avoir honte de parler une langue qui est la nôtre ? On n’apprend qu’en osant et en se trompant ». Il sait que la langue est fragile, voire menacée. Mais il voit aussi les jeunes qui la redécouvrent et l’osent. Cela lui donne de l’espoir.
La scène, le trac et les éclats de rire
Encouragé par des proches, il décide de porter son texte sur scène. Il appelle famille, amis, volontaires. Une troupe naît : U Teatru Nustrali. Ils sont près de trente, de 7 à 80 ans. « Intergénérationnelle, comme la rue de mon enfance », souligne-t-il. Pendant un an, ils répètent, ajustent, cherchent le ton juste.
En juin 2014, à Peri, la première représentation a lieu. Il joue le curé. Le public rit. L’émotion est palpable. Puis vient septembre 2014, à l’Espace Diamant. Salle comble. « On m’a dit qu’il y avait quarante personnes dehors qui ne pouvaient pas entrer. Quand j’ai vu la salle remplie, la tête me tournait. C’était le trac », plaisante-t-il aujourd’hui.
Depuis, Petru a écrit une quinzaine de pièces. Toujours dans le même esprit : burlesque, populaire, sans lourdeur. « La société est parfois pesante. Moi, je veux faire rire. »
Encouragé par des proches, il décide de porter son texte sur scène. Il appelle famille, amis, volontaires. Une troupe naît : U Teatru Nustrali. Ils sont près de trente, de 7 à 80 ans. « Intergénérationnelle, comme la rue de mon enfance », souligne-t-il. Pendant un an, ils répètent, ajustent, cherchent le ton juste.
En juin 2014, à Peri, la première représentation a lieu. Il joue le curé. Le public rit. L’émotion est palpable. Puis vient septembre 2014, à l’Espace Diamant. Salle comble. « On m’a dit qu’il y avait quarante personnes dehors qui ne pouvaient pas entrer. Quand j’ai vu la salle remplie, la tête me tournait. C’était le trac », plaisante-t-il aujourd’hui.
Depuis, Petru a écrit une quinzaine de pièces. Toujours dans le même esprit : burlesque, populaire, sans lourdeur. « La société est parfois pesante. Moi, je veux faire rire. »
Le collège, laboratoire de transmission
Au collège Giovoni, où il travaille depuis la fermeture du Finosello, la transmission prend un autre visage. L’accueil devient un espace d’échange naturel en langue corse. Puis naît un atelier théâtre en corse, avec deux enseignants et le soutien du principal. Des classes de 5e et 4e montent sur scène en fin d’année. Il rêve désormais d’un atelier d’écriture pour que les élèves créent leurs propres textes. « À travers eux, je me revois », dit-il.
Toute sa vie semble reliée par un fil invisible : celui de la mémoire vivante. L’enfant de la rue Fesch, l’auteur burlesque, l’intendant attentif, le passeur de langue… tout se rejoint. Les pieds solidement ancrés dans la terre ajaccienne, le regard tourné vers les générations qui viennent, Petru Squarcini continue d’écrire, de faire rire, de transmettre. Non pour laisser son empreinte. Mais pour veiller à ce que celles des autres ne s’effacent pas.
Au collège Giovoni, où il travaille depuis la fermeture du Finosello, la transmission prend un autre visage. L’accueil devient un espace d’échange naturel en langue corse. Puis naît un atelier théâtre en corse, avec deux enseignants et le soutien du principal. Des classes de 5e et 4e montent sur scène en fin d’année. Il rêve désormais d’un atelier d’écriture pour que les élèves créent leurs propres textes. « À travers eux, je me revois », dit-il.
Toute sa vie semble reliée par un fil invisible : celui de la mémoire vivante. L’enfant de la rue Fesch, l’auteur burlesque, l’intendant attentif, le passeur de langue… tout se rejoint. Les pieds solidement ancrés dans la terre ajaccienne, le regard tourné vers les générations qui viennent, Petru Squarcini continue d’écrire, de faire rire, de transmettre. Non pour laisser son empreinte. Mais pour veiller à ce que celles des autres ne s’effacent pas.
