Municipales - Jean-Martin Mondoloni : « Notre démarche propose d’engager le changement nécessaire pour relever Bastia »

Written on 03/01/2026
Nicole Mari

Candidat aux élections municipales des 15 et 22 mars à Bastia, Jean-Martin Mondoloni, tête de liste « Bastia, da oghje a dumane », affrontera six autres candidats, dont le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, qu’il désigne comme son principal adversaire. Très critique sur la politique de la majorité en place, tant au niveau local que régional, le leader du groupe de droite à l’Assemblée de Corse, allié au PRG de Jean Zuccarelli, entend incarner le changement et impulser une alternance politique. Il décline son programme en matière de sécurité, d’économie, de social, d’accès au logement. Avec une priorité : le port de la Carbonite.

- Vous avez présenté votre liste. Comment la qualifieriez-vous ?
- Bâtie autour d’un accord politique entre la droite, le Parti Radical et le PRG, "Bastia, da oghje à dumane » est une démarche d’intérêt municipal qui porte une ambition forte de projection vers le Bastia de demain, en termes de logement, de mobilité, d’attractivité commerciale, etc… Il s’agit de redessiner l’organisation de la ville qui doit être accessible et ne doit plus voir la population, les commerces, ou encore les élèves fuir le cœur de ville vers des communes environnantes. En arrière-fond et sur un plan politique, il s’agit de provoquer une alternance après douze années qui ont essentiellement servi de marche-pied électoral vers d’autres élections au profit d’un parti et d’un homme. Gilles Simeoni est l’homme politique qui a concentré le plus de pouvoir sur cette île depuis des décennies et pourtant, le processus de déclassement de Bastia à tous niveaux n’a pas été enrayé.
 
- Quel bilan tirez-vous de la mandature sortante ?
- Nombre de réalisations sont à mettre au crédit des mandatures antérieures, notamment avant 2014, ce que la majorité actuelle se refuse à avouer. Comme d’autres à venir ont été votées sur proposition du maire actuel. Lucidement, le bilan de la municipalité s’adosse à quelques séquences flatteuses, mais ne sont pas à la mesure de la grande ambition que l’on doit avoir pour Bastia. L’heure du bilan nous rappelé qu’il est intimement lié à celui de la majorité territoriale qui a relégué la question du port, freinant tout projet d’aménagement à Bastia, puisque les deux vont de pair. Je l’ai dit publiquement dans les deux assemblées, on ne peut plus perdre de temps sur la question du port de Bastia qui a vocation à être l’infrastructure phare de la Corse, et dont découleront d’autres infrastructures de portée régionale. Mon constat d’opposant est surtout celui du temps perdu.
 
- Quelle est, selon vous, la principale problématique à laquelle Bastia est confrontée ? Comment comptez-vous y répondre ?
- En termes d’équipements collectifs, la question du port est clef et doit être priorisée. Son transfert à la Carbonite, relégué par les majorités territoriale et municipale, est le projet structurant de Bastia et de la Corse, en termes de capacités, de fret, et d’organisation de la ville. La dangerosité de l’infrastructure et l’exiguïté du bassin sont attestés depuis plusieurs années. Bien que les limites aient été atteintes, on fonctionne en dérogation, alors même que Bastia représente 60% du fret maritime insulaire. Il faut mener à bien ce projet pour libérer le centre-ville des nuisances, reconnecter Bastia à son littoral, transformer le port en espace de vie attractif mêlant plaisance, activités économiques et culturelles. Un grand projet pourredonner à notre ville, institutionnellement déclassée, son leadership économique et sa cohérence urbaine. De la concrétisation de ce projet, dépend la nouvelle organisation de la ville via un plan de déplacement urbain qui permette d’y circuler intelligemment pour que l’activité économique puisse continuer et surtout être dynamisée. C’est stratégique d’un point de vue économique et infrastructurel, mais aussi socialement avec les emplois générés par la future activité et bien sûr par ceux qui seront nécessaires le temps de la réalisation des travaux.
 
- La question du logement domine cette campagne. Quelles solutions proposez-vous ?
- Avec seulement 40% de propriétaires et un manque de logements accessibles qui éloigne de Bastia familles, jeunes actifs mais aussi les élèves du premier degré avec une baisse de 300 élèves en dix ans, nous souhaitons promouvoir et diversifier l’offre d’accession sociale à la propriété via le Bail Réel Solidaire ou encore le Prêt social location accession, opérations encadrées par la création d’un Office foncier solidaire au service de la population. Le principe repose sur le fait que l’office reste propriétaire du terrain, le ménage achète uniquement le logement et paye une redevance modique pour l’usage du sol. En cas de revente, le prix est plafonné et l’acheteur devra répondre aux mêmes critères de revenus. Ainsi, le bien reste dans le circuit social. Une logique qui permet à la fois de lutter contre les mécanismes spéculatifs et de maintenir des logements abordables sur le long terme. Nous organiserons également la poursuite des opérations de renouvellement urbain pour améliorer l’habitat, les espaces publics et équipements collectifs en réhabilitant le bâti existant dégradé sans étendre l’urbanisation, et en favorisant la redynamisation de ces quartiers aussi bien en termes d’habitation qu’au niveau commercial. Enfin, nous planifierons la création de 350 nouveaux logements par an dont la moitié à vocation sociale.
 
- Quels seront vos propositions en termes de politiques économiques et sociales ?
- Bastia est et doit rester la capitale économique et commerciale de la Corse. Toutes les décisions en termes d’infrastructures tournent autour de cette ambition. Piétonnisation, circulation, stationnement, le grand plan de déplacement urbain que nous voulons pour Bastia poursuit aussi l’objectif de redynamiser commercialement le cœur de ville pour conjurer le déplacement croissant des entreprises et commerçants en dehors de la ville. Nous créerons un office du commerce bastiais chargé de définir une stratégie de redynamisation commerciale, de déployer un marché local numérique et d’instituer une labellisation « commerce de Bastia ». Il est temps d’en finir avec les hausses de fiscalité en renouant avec une gestion rigoureuse et efficace. 23% des Bastiais vivent sous le seuil de pauvreté. Il faut aider davantage les foyers à revenu modeste tant sur la taxe des ordures ménagères que sur le prix de l’eau. Les marges de manœuvres escomptées sur la maîtrise des dépenses de fonctionnement nous permettront d’envisager la gratuité généralisée des transports et la mise à l’étude d’un revenu minimum universel. Nous mènerons une gestion rigoureuse sans augmentation fiscale, qui préserve à la fois la qualité du service public et les finances des contribuables.
           
- Quelle sera votre priorité si vous êtes élu en matière d’insécurité ?
- La sécurité est une priorité qui appelle des solutions opérationnelles et concrètes. Malheureusement, la spatialisation de ces phénomènes est une réalité qui nous conduit à proposer la nomination d’un adjoint spécial aux quartiers sud pour lutter contre ce déséquilibre. En termes de sécurité, nous déploierons un plan ambitieux de vidéoprotection sur l’ensemble du territoire communal et implanterons une antenne de la police municipale au sud de la ville. Ambition doublée d’un éclairage public rénové plus performant et d’une politique de fermeté contre les incivilités et les dégradations visuelles qui souillent notre cadre de vie. Nous consulterons les Bastiais pour l’armement de la police municipale. Au-delà du sentiment d’insécurité qui s’installe dans les esprits, je parlerais de tranquillité publique qui doit tenir compte des changements profonds de la société bastiaises et de ses comportements.
 
- C’est-à-dire ?
- Je suis par exemple très surpris du nombre de Bastiais qui vivent avec un animal de compagnie. Cela engage la puissance publique à organiser de espaces de déambulation, à revoir des points d’éclairage, à favoriser l’accès aux soins vétérinaires et tout simplement tenir compte du lien affectif très puissant qui unit les propriétaires à leurs animaux en conciliant sécurité et tranquillité publique. Autre exemple : les nuisances sonores. Les récents débordements doivent nous conduire à nous montrer inflexibles sur des règles respectueuses d’une ville festive et en même temps du droit à la tranquillité des propriétaires. Ces règles, il nous faudra les négocier, les édicter et les faire respecter.
 
- Quelle est la vision de votre commune à 20 ou 30 ans ?
- Celle d’une ville moderne qui retrouve son statut de capitale économique et culturelle. Face au processus de déclassement que connaît notre ville depuis près de dix ans, notre démarche propose d’engager le changement, devenu aujourd’hui nécessaire pour relever Bastia. D’où notre démarche qui repose sur la fiabilité, l’expérience et la responsabilité. Notre programme repose tout entier sur l’objectif de redonner à Bastia la dimension et la place qui lui reviennent. Bastia regorge d’atouts naturels, économiques, culturels et sportifs : nous les valoriserons pleinement pour restaurer la dynamique de progrès qui nous a fait défaut ces dernières années et ainsi, rendre à notre ville son rayonnement. Notre projet porte une ambition forte : renouer avec un grand destin pour inscrire Bastia dans une dimension régionale, tout en réduisant la fracture sociale
 
- Pour revenir au scrutin, quel est, en terme électoral, votre challenge ? Quel est, pour vous, votre adversaire principal ?
- Mon adversaire principal est naturellement Gilles Simeoni, non pas en tant qu’homme car je respecte mes concurrents et ceux qui s’engagent à leurs côtés. En revanche, je suis sans concession pour celui qui représente la majorité sortante, mais aussi l’exécutif régional à la tête duquel il a failli. Par trois fois ! Faillite de gestion. Il laisse un passif criant à la Collectivité de Corse et n’est donc pas qualifié pour importer ce modèle de gestion des finances publiques à Bastia. Faillite politique. Il a écarté au gré du temps tous ses partenaires politiques puis digéré ses propres amis nationalistes. Le recentrage patriotique autour de « Core in Fronte » n’est jamais qu’un repli sur soi, bien éloigné de l’esprit d’ouverture de années 2010. Faillite morale. En reléguant le maire sortant dont il loue le bilan à la 7ème place, il fait preuve d’une forme d’indignité qui est un signe manifeste de faiblesse. Ce Gilles Simeoni-là ne marche plus sur l’eau, il peut être défait par les urnes.
 
- Pensez-vous arriver en tête au soir du 1er tour ? Avec quel score ?
- Je ne suis pas engagé dans cette compétition pour jouer les seconds rôles. Vous le savez, nous avons pris le parti d’une campagne à l’ancienne, essentiellement axée sur des rencontres au porte à porte. Ce contact direct, ces centaines de rencontres, me laissent penser que nous serons en tête de l’opposition au soir du premier tour.
 
- Quelle sera votre stratégie pour le 2nd tour ? Avez-vous déjà discuté ou envisagé d’éventuelles alliances ?
- Respectons les règles du jeu et n’enjambons pas les échéances ; nous sommes, avec mes amis, entièrement tendus vers un objectif : arriver en tête de l’opposition au soir du premier tour. Notre responsabilité sera alors d’œuvrer au rassemblement que les Bastiais attendent pour incarner l’alternance ; il se fera dans les limites de nos engagements historiques et idéologiques.
 
- Si vous ne passez pas le cap du 1er tour, qui soutiendrez-vous ?
- Ce scénario n’est pas envisageable. Pour le reste, je vous renvoie à mon parcours : j’ai toujours pris mes responsabilités, dans la victoire comme dans la défaite.
 
- Bastia est-il mûr, selon vous, pour une alternance politique ?
- Bastia l’était déjà en 2020. Les conditions particulières du premier tour de scrutin dues au COVID, puis le fait que le second tour se soit tenu trois mois après ont permis à la municipalité de rattraper son retard. La politique, c’est aussi une question de concordance des temps…
 
- Quel est votre message aux Bastiais ? Pourquoi devraient-ils voter pour vous ?
- Les Bastiais souhaitent dans leur majorité le changement : Nous devons y répondre d’abord en les rassurant : l’alternance s’exercera sans incandescence et sans volonté de déconstruire systématiquement ce qui a été imaginé et bâti par nos prédécesseurs. Nous devrons cependant assumer une rupture qui devra conforter l’ADN de Bastia, ville de culture, ville industrieuse, ville rayonnante. Il faut prioritairement et dans le même temps satisfaire l’exigence de solidarité envers les plus démunis. On ne bâtit pas l’avenir en laissant les plus faibles sur le bord du chemin. C’est cet immense défi que nous voulons relever, sans faux-semblants, ni fausses promesses, sur la base de ce que nous incarnons : la rigueur, l’expérience, et des convictions républicaines connues de tous.
 
- Êtes-vous confiant ?
- Cette élection va aussi se jouer sur les valeurs : nous portons avec fierté nos différences et faisons entièrement confiance aux électeurs pour les légitimer par leur suffrage.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

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