Créée en 2023 par un groupe de passionnés d’histoire, l’association Corsica 1943 œuvre pour transmettre le devoir de mémoire en Corse. Entre interventions dans les écoles, participation aux commémorations et nettoyage de bunkers de la Seconde Guerre mondiale, ses membres multiplient les actions sur le terrain.
Depuis près de trois ans, l’association Corsica 1943 œuvre pour perpétuer le devoir de mémoire en Corse, notamment autour des deux guerres mondiales. À l’origine de cette initiative : un groupe d’amis passionnés d’histoire, collectionneurs pour certains. « Au fur et à mesure des années, on s'est davantage intéressé à l'histoire locale », explique le président de l’association, Hermann Papillon. « Initialement, c'était plus le côté collection d'objets historiques qui nous réunissait. On a commencé à faire des reconstitutions, mais toujours dans le cadre privé, c'est-à-dire qu'on faisait entre nous des photos en tenue d'époque. »
À l’occasion des Journées européennes du patrimoine en 2023, ils sont invités par le conservateur du musée de Bastia à participer à l’événement en tenue d’époque, en complément de l’exposition temporaire sur la libération de la Corse. « Mais pour ça, il fallait qu'on soit sous l'égide d'une association loi 1901, alors on l’a créée en septembre. Au début, nous étions cinq, et à l'heure actuelle, nous sommes 35 personnes. On a réussi à avoir l'adhésion de nombreuses personnes, à Ajaccio, Porto-Vecchio, Cervione, dans le Cap, et même sur le continent, avec des gens qui font beaucoup de recherches. »
L’association participe régulièrement aux cérémonies officielles de commémoration, et intervient également dans les milieux scolaires. « On a été au lycée Jeanne d'Arc, à Bastia, à deux reprises avec un échange avec les classes de la seconde à la terminale, et on a également été à l'école primaire de Santa Maria di Lota », précise Hermann Papillon. « C’est quelque chose qu’on appréhendait quand même parce qu’on ne savait pas trop au début si on allait les intriguer, les intéresser, et au final, ça a été extraordinaire. On a essayé de leur présenter des objets, des uniformes pour leur montrer qu’une autre vie a existé il y a 100 ans et que des gens qui n’avaient rien demandé ont été appelés et parfois ne sont pas revenus. »
Plusieurs nettoyages de bunkers
Depuis plusieurs mois, l’association s’est également lancée dans un autre chantier : la remise en état de bunkers datant de la Seconde Guerre mondiale. « Nous avons fait un nettoyage d’un premier bunker à Ponte-Leccia il y a à peu près six mois. J'avais ce projet-là bien avant l'association, je connaissais ce bunker depuis des décennies, il était à l'abandon et je trouvais cela dommage. Nous avons remis ce sujet sur la table lors de notre assemblée générale l’année dernière, et la majorité était d'accord pour faire cette opération de nettoyage. J’ai pris contact avec le maire, puisque le bunker se trouve sur un terrain communal, et nous avons nettoyé tout ce qu'il y avait dedans, on a tout dégagé, les détritus, la boue… »
Ce samedi, les membres de l’association retournent d'ailleurs à Ponte-Leccia pour nettoyer un deuxième bunker situé sur un terrain privé. « Ponte-Leccia était un nœud routier et ferroviaire très important pendant la guerre, c'est pour ça que les Italiens, dès 1943, ont fortifié le village avec une dizaine de bunkers. Aujourd’hui, ils sont ensevelis de pierres, ils sont envahis de maquis et de ronces, des arbres ont poussé et on ne les voit presque plus, notamment celui qu’on va nettoyer samedi. Si on ne fait rien, dans 30 ans, il sera enseveli par la terre et il aura disparu. Mais on essaie de remettre à jour l'histoire du village. »
Selon le président de l’association, plus de 200 bunkers seraient présents à travers le territoire. « Ponte-Leccia, Belgodère, Teghime en comptent presque une dizaine chacun, un autre se trouve vers Lozari… Ça c’est le côté italien, mais il y a aussi des casemates français. L’idée, ce serait d’en nettoyer le plus possible, et peut-être ensuite de faire des actions toujours avec les scolaires, en les faisant venir à Ponte-Leccia en train depuis Corte, la Balagne ou la région bastiaise. On pourrait imaginer des journées de présentation en montrant aussi les uniformes. En fait, on est surtout là pour que la mémoire perdure. »
Plus d'informations sur l'association
