Le collectif des ordres et organisations consulaires et professionnelles de Corse s’est réuni ce mercredi à Bastia pour dénoncer l’application du système ETS aux liaisons maritimes. Selon eux, la hausse du coût du fret sera inévitablement répercutée sur les entreprises et les consommateurs insulaires. Ils réclament l’organisation de deux tables rondes afin d’obtenir des aménagements tenant compte de la spécificité insulaire
(Photos Gérard Baldocchi)
Le collectif des ordres et des organisations consulaires et professionnelles de Corse s’est réuni ce mercredi en fin de matinée au sein du terminal nord du port de Bastia. Composée entre autres du MEDEF, de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, des enseignes de grandes surfaces de Corse ou encore des Fédérations du BTP, et soutenue par le syndicat autonome des marins de la marine marchande (SAMMM) de la Corsica Linea et le syndicat des cadres navigants de la marine marchande (CFE-CGC Marine) de La Méridionale et de la Corsica Linea, l’association entendait dénoncer l’application du système européen d’échange de quotas d’émission (ETS), aux liaisons maritimes entre la Corse et le continent.
Mis en place par l’Union européenne, le système ETS, plus communément appelé taxe carbone, vise à encourager la réduction des émissions de gaz à effet de serre en tarifiant le volume qui peut être émis par les compagnies maritimes. Selon le collectif, cette taxe se traduit concrètement par une hausse du coût du transport de fret, actuellement fixé à 40 € le mètre linéaire. « Ça va impacter les ports de Bastia, Ajaccio, Propriano et L’Île-Rousse avec une hausse de cinq ou six euros le mètre linéaire, et jusqu’à huit ou neuf euros pour le port de Porto-Vecchio. On n'est pas en capacité d'assumer ce coût », lance José Benzoni, porte-parole du collectif, précisant que la taxe leur est « tombée dessus d’un coup ».
Pour les acteurs économiques de l’île, cette augmentation ne pourra être absorbée, et elle sera répercutée sur les transporteurs, les commerces et, in fine, sur les consommateurs insulaires. « On commence à le chiffrer avec ce qui a commencé à nous être facturé et ce qui va nous être facturé, mais c’est un peu inquiétant », déplore Jean-François Mancini, gérant du supermarché Leclerc à Folelli. « On ne pourra pas absorber cette augmentation donc on va devoir la répercuter sur nos prix de vente, et le consommateur va malheureusement subir ces augmentations. C’est pour ça qu’on considère aujourd'hui qu'on doit participer à cette discussion parce que nos magasins vont être impactés. »
Une volonté de défendre la spécificité insulaire
S’ils affirment ne pas remettre en cause l’objectif écologique de la taxe carbone, les acteurs réunis à Bastia estiment que celle-ci ne peut être efficace sans accompagnement. « Les navires ont déjà changé les scrubbers, on a de nouvelles réformes sur les camions qui sont moins énergivores », souligne José Benzoni. « Après, malheureusement, on a un relief où on va consommer davantage que sur le continent. On est tous prêts à faire des efforts, mais on ne peut pas trouver de solutions seuls. » Face à ce constat, le collectif demande l’organisation rapide de deux tables rondes décisionnelles.
La première porterait sur la révision de la directive européenne élargissant le système ETS au transport maritime, prévue en 2026, afin d’y intégrer la spécificité de la Corse. La seconde table ronde serait consacrée à la mise en place d’un plan d’accompagnement, le temps que cette révision prenne effet. L’objectif : éviter que l’application immédiate de la taxe ne fragilise durablement les entreprises et les ménages insulaires. « Si on a demandé l’organisation des tables rondes, c'est pour réfléchir tous ensemble à ce qu’on peut faire pour la Corse. En attendant, nous demandons un report de cette taxe pour qu’on ne subisse pas cette sanction, parce que cette taxe n'est rien d’autre qu'une sanction injuste sur notre économie, et notre écosystème ne peut pas la supporter », martèle José Benzoni.
Pour appuyer leurs revendications, les membres du collectif prennent exemple sur plusieurs pays européens ayant obtenu des aménagements dans l’application du système ETS. Selon eux, des pays comme la Grèce, l’Italie ou encore l’Espagne ont bénéficié d’exonérations pour certains ports ou certaines liaisons maritimes. « 213 ports européens sont exonérés de cette taxe écologique jusqu'en 2030 », indique José Benzoni. « La solution, c'est de se servir de ce qui a été fait ailleurs en Europe. On veut que l'État français prenne ses responsabilités et qu’il aille défendre la spécificité de notre île de la même manière que ça a été fait en Grèce, en Italie ou en Espagne », conclut Antoine Sisco, délégué syndical du SAMMM au sein de Corsica Linea.
