Municipales. Stéphane Sbraggia, « fier du travail accompli » trace sa vision de l’Ajaccio de demain

Written on 01/27/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Successeur de Laurent Marcangeli à la tête de la mairie d’Ajaccio depuis juillet 2022, Stéphane Sbraggia revendique aujourd’hui pleinement son rôle de maire sortant. À un mois et demi du scrutin municipal, l’édile défend un bilan qu’il juge structurant, assume le pari du téléphérique et esquisse les grandes priorités de son projet, entre rééquilibrage territorial, équipements publics et revitalisation du centre-ville. Entretien.

Sans surprise, vous êtes tête de liste de la majorité sortante. Mais c’est aussi la première fois que vous vous présentez directement devant les urnes face aux Ajacciens. À un mois et demi de l’échéance, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Je suis d’abord dans une forme de continuité par rapport à ce que nous avons initié depuis 2014, avec des étapes et des moments qui ont jalonné ce parcours. Pour ma part, je suis devenu maire à la suite de l’élection de Laurent Marcangeli en 2022. Même si j’étais premier adjoint pendant près de huit ans à ses côtés et très familiarisé avec les sujets qui relèvent à la fois du bilan et du projet, le fait d’être maire a changé quelque chose : cela a renforcé mon enthousiasme. J’aborde ces élections avec l’envie de défendre ce qui a été fait pendant des années, et avec l’énergie de présenter des orientations pour un programme — je rappelle qu’il s’intitulait « Ajaccio 2030 ». On n’y est pas encore, et il faudra peut-être y ajouter une décennie. Mais mon état d’esprit est très positif, très enthousiaste. Je suis heureux de faire ce que je fais.

Cela fait 12 ans que l’équipe actuelle est aux responsabilités, et trois ans et demi pour vous en tant que maire. Quel bilan tirez-vous de ces années ? Avez-vous le sentiment du devoir accompli ?
Dans les grandes lignes, oui. C’est un travail de fond : nous avons élaboré un projet qui touche à beaucoup de sujets, sans chercher à éluder aucun thème. Sur ce deuxième mandat, nous sommes clairement dans une phase de réalisation. Aujourd’hui, on voit sortir de terre des choses dont on parlait dès 2014. Ce n’est pas de l’autosatisfaction : c’est plutôt une fierté du sérieux et du travail accompli. Et ce que j’entends le plus simplement, c’est ce retour de la population : des gens que je croise, que je ne connais pas, qui ne me demandent rien, et qui me disent simplement qu’ils saluent le travail réalisé.

Parlons du téléphérique Angelo. Après trois mois de mise en service, vous n’avez pas encore communiqué officiellement les chiffres de fréquentation. Selon vous, la population s’est-elle appropriée ce mode de transport ? Avez-vous toujours la même envie de convaincre les plus réticents ?
D’abord, il faut continuer de porter politiquement ce sujet — et ne pas le réduire à l’équipement en lui-même, mais faire comprendre la politique de mobilité que nous voulons développer. Elle a été pensée à partir d’un diagnostic : un territoire congestionné, qui pénalise le cadre de vie et aussi l’activité économique. Je ne suis pas dans une analyse uniquement quantitative. Il y a une montée en charge progressive : c’est normal pour ce type d’équipement. Et j’ai toujours su qu’avant l’ouverture, puis après, il faudrait continuer d’expliquer les raisons qui ont inspiré ce choix.
Ce que je note, c’est que le téléphérique s’inscrit dans un espace urbain en mutation. Je préfère anticiper les besoins de mobilité plutôt que de développer la ville d’abord et réfléchir ensuite. Aujourd’hui, on assiste à un remaillage des modes de déplacement : le téléphérique, le développement de la voie maritime, les voies de bus — vous voyez d’ailleurs les travaux sur une voie dédiée entre Saint-Joseph et l’Atrium. Le téléphérique fait partie de cette stratégie, ni plus ni moins. Et oui, il sert.

Certains vous reprochent de vouloir réorganiser le réseau urbain “autour du téléphérique”. Vous avez d’ailleurs commandé des études complémentaires sur un éventuel déplacement de la gare. Où en êtes-vous de votre réflexion ?
Ce n’est pas une réflexion personnelle : c’est une réflexion institutionnelle. Le déplacement de la gare s’inscrit dans la réflexion globale sur l’entrée de ville. Nous avons signé une convention partenariale d’aménagement avec la Collectivité de Corse — propriétaire d’une grande partie du foncier en entrée de ville — avec l’État, la Chambre de commerce, et d’autres partenaires concernés par les infrastructures. Concernant la gare, rien n’est arrêté. À un moment, je pensais qu’il fallait la maintenir. Puis je me suis demandé si une implantation dans un pôle multimodal à Saint-Joseph ne serait pas plus pertinente. Aujourd’hui, je n’ai pas d’idée arrêtée : les études sont là pour répondre à ces questions, et nous choisirons la meilleure option.

La fin d’année a été marquée par un conflit social important au sein du réseau de bus. Les négociations ont repris dans un climat tendu. Comment imaginez-vous l’avenir du réseau Muvistrada ?
En tant que responsables et actionnaires, nous avons cherché des leviers pour corriger le fonctionnement de la société. En parallèle, nous avons repensé le réseau en remettant l’usager au centre : le territoire est inégalement desservi, et certains habitants, y compris en centre-ville, peuvent être isolés. Il y a aussi une réalité : un coût de fonctionnement excessif qui empêche de développer d’autres services à la population. Nous avons donc voulu rééquilibrer, et c’est dans ce cadre que certains accords ont été dénoncés pour être renégociés. Je ne préjuge pas de l’issue des discussions avec les partenaires sociaux. Si un blocage devait devenir systématique, il faudra alors envisager d’autres modes de fonctionnement. Ce qui est certain, c’est que la compétence mobilité restera au niveau de la CAPA. Et si les conflits fragilisent encore le service, la question du devenir de l’opérateur se posera.

Quand on écoute les Ajacciens, les mêmes points noirs reviennent inlassablement : stationnement, engorgement, logement, perte d’attractivité du commerce en centre-ville. Partagez-vous ce constat ? Seront-ils une priorité en cas de réélection ?
La redynamisation du centre-ville est un sujet à plusieurs tiroirs. On l’a souvent réduit à la question du stationnement, mais il y a d’autres facteurs : stationnement résidentiel, accès, concurrence de l’urbanisme commercial qui s’est développé rapidement, sans laisser toujours au centre-ville le temps de s’adapter. Sur la mobilité, les réponses participent à fluidifier les déplacements. Sur le stationnement, nous avons créé des parcs relais : à la Miséricorde (350 places), avec une navette très régulière vers le centre-ville, qui fonctionne très bien ; nous avons récupéré 235 places côté ouest, place Miot et boulevard Landry ; il y a également d'autres parcs relais à Mezzana et à Saint-Joseph. L’idée est d’organiser, aux portes immédiates de la ville, des “points de rétention” de voitures, avec des modes de mobilité efficaces. Nous travaillons aussi sur l’hyper-centre : rénovation et extension du parking du Diamant (+205 places), acquisition de la Galerie Napoléon (60 places) et l'augmentation de la capacité du parc relais de la Miséricorde à terme (de 330 à 500 places). En ce qui concerne le stationnement et de fluidification des déplacements intra-muros, nous avons apporté des réponses immédiates. Sur l’attractivité du centre-ville : l’enjeu, c’est aussi l’habitat, la rénovation de l’ancien, la lutte contre la vacance, et l’animation. Ajaccio n’enregistre pas une vacance commerciale aussi forte que d’autres villes comparables (13% dans la cité impériale contre 23% pour des communes de même strate), même si on observe un turnover important et des commerces fragilisés par le contexte. Notre politique d’aménagement vise à rendre le centre-ville plus attractif : nouvelles places, piétonnisation, récupération de la Citadelle, valorisation patrimoniale, réouverture d’équipements culturels et festifs, et évènementiel (marchés, carnaval, etc.). L’acteur public ne peut pas se substituer aux commerçants, mais il peut stimuler, impulser et accompagner.

Un parc patrimonial aux Milelli, un nouveau groupe scolaire à Mezzavia, une maison de santé à Berthault

Beaucoup de réalisations structurantes s’achèvent : Conservatoire, Parc Berthault, la place du Diamant bientôt. Il reste encore des gros chantiers à finaliser : Citadelle, Finosello, Miséricorde… Quels nouveaux projets voulez-vous présenter aux Ajacciens pour la mandature 2026–2032 ?
Il y a d’abord les sujets structurants liés aux nouveaux quartiers, avec des équipements : sur la Miséricorde, on va créer un pôle sportif et une médiathèque, notamment. Sur Mezzavia, nous souhaitons créer un nouveau groupe scolaire, dans une zone en mutation, avec un collège à proximité. On voit une centralité se dessiner, et il faut des équipements à la hauteur des besoins. Sur les Millelli, nous voulons créer un parc patrimonial dans un endroit de la Ville qui en manquait et un sujet cher aux Ajacciens. Déjà fréquenté spontanément, il aura pour vocation d'être reconnecté au récit patrimonial de la ville. L’objectif est de le rendre accessible, notamment pour les personnes à mobilité réduite, de l’aménager harmonieusement, et d’en faire un lieu de promenade et de détente. Sur la partie ouest, nous réfléchissons à la création d'un pôle santé du côté de Berthault, pour répondre à un déséquilibre de l’offre : le nouvel hôpital a entraîné une bascule vers l’est, et il faut remailler l’offre de proximité à l’ouest, sans parler d’un hôpital ou d’une clinique, mais d’un point santé regroupant des professionnels. L’idée globale, c’est de “bouger les pièces du puzzle” pour remailler les équipements publics et rééquilibrer l’offre sur l’ensemble de la ville.

Vous allez présenter votre liste ce jeudi soir au Palais des Congrès. On parle de l’arrivée de nombreux jeunes, notamment issus d’Ajaccio Le Mouvement …
Ce n’est pas un “truc” consistant à dire qu’on va faire monter des jeunes. C’est un troisième mandat : des gens ont travaillé autour de l’exécutif municipal, et ont envie de s’investir. Quand ces énergies s’expriment, on ne peut pas être sourd. Dans la composition de la liste, il fallait à la fois conserver des piliers, porteurs de l’expérience et de la continuité — indispensable pour poursuivre des travaux importants — et intégrer des énergies nouvelles, y compris des personnes de la société civile, parfois sans expérience politique, mais avec une réelle envie de participer. La jeunesse, à elle seule, ne suffit pas : ce qui compte, c’est l’envie de travailler, et la capacité à s’inscrire dans un projet collectif. Au final, nous allons présenter une liste renouvelée à un peu plus de 50%, par rapport à la dernière mandature.

Selon nos informations, Stéphane Vannucci, frappé de 5 ans d’inéligibilité en première instance est en 7e position sur votre liste et donc éligible à un poste d'adjoint. Le jugement en appel a été mis en délibéré au 25 mars prochain, soit trois jours après le 2e tour des élections municipales. Vous lui maintenez votre confiance ?
Oui. Je ne suis pas juge. Une réquisition n’est pas un jugement, et il existe des voies de recours. Je ne vais pas calquer ma confiance sur des ennuis judiciaires : sinon je serais juge avant le juge. J’ai discuté avec lui, d’abord sur le plan humain, puis sur sa capacité à poursuivre son engagement. Il m’a confirmé sa volonté et son énergie : j’ai considéré qu’il avait toute sa place.

Vous avez vous-même été mis en cause dans plusieurs enquêtes. L’une d’elle vient d’être classée sans suite. Les autres pourraient suivre le même chemin. C’est un soulagement ?
J'ai accueilli cette décision avec satisfaction, mais sans étonnement. J'ai, dès le départ, fait le choix de la transparence, de la disponibilité totale et du respect absolu de l’autorité judiciaire, car je suis convaincu que le temps du droit doit toujours prévaloir sur celui du soupçon. Dans un contexte où la mise en cause précède trop souvent l’examen des faits, je rappelle par ailleurs qu'il s'agissait d'enquêtes préliminaires.

Si c’était à refaire, qu’est-ce que vous auriez changé dans votre manière d’exercer ce mandat ?
Je suis à l’aise avec ce mandat, parce que je l’ai repris en cours : il y avait une feuille de route, l’objectif était d’accompagner la majorité jusqu’au terme. Et j’ai aussi appris ce que signifie être maire : il faut le vivre pour le comprendre. J’ai fait un travail de proximité important : beaucoup de réunions, beaucoup de terrain, et je connais mieux ma ville. J’ai essayé de faire tout cela le plus sérieusement possible. Je suis fier du travail accompli, parce que nous avons travaillé avec sérieux, avec des femmes et des hommes investis dans des moments parfois compliqués. Et aujourd’hui, la ville présente un compte administratif excédentaire (+6,8 millions d'euros), des indicateurs financiers en amélioration (+7,69 % d'épargne brute), et près de 300 millions d’investissements réalisés sur des projets visibles. Bien sûr, il y a des frustrations : j’aurais aimé aller plus vite, faire plus, avoir davantage de moyens, et être plus entendu par certains partenaires institutionnels. Parce que le projet urbain n’est pas une somme de projets isolés : quand on travaille sur la Citadelle, on travaille aussi sur les espaces publics, la piétonnisation, le Diamant… tout est lié. Et pour aller plus vite, il faut un accompagnement renforcé. Mais, pour le reste, j’ai fait du mieux que je pouvais.

INFO CNI. Les nouveaux projets de la majorité sortante


CRÉATION D’UN GROUPE SCOLAIRE À MEZZAVIA
« Avec le développement des quartiers de Mezzavia, Bodiccione et Pietralba, la création d’un nouveau groupe scolaire s’impose pour répondre aux besoins des familles et soulager les écoles existantes. Cet équipement moderne deviendra un pôle éducatif structurant, au coeur des dynamiques résidentielles et économiques de l’Est ajaccien »
 
LES MILELLI, LE FUTUR GRAND PARC PATRIMONIAL
« Site emblématique de l’histoire ajaccienne, le Parc des Milelli sera préservé et davantage ouvert aux habitants pour devenir un grand parc public patrimonial, vivant et accessible. Le projet vise à sécuriser le site, protéger son identité et en faire un espace de promenade, de nature et de culture, animé tout au long de l’année. Des aménagements légers et harmonieux permettront d’accueillir une guinguette, des aires de jeux pour enfants, du mobilier de pique-nique et des animations en plein air, dans le respect du paysage et du caractère du site. Les Milelli deviendront ainsi un lieu de respiration et de convivialité, mêlant patrimoine, nature et vie locale, au service de toutes les générations »
 
UNE MAISON DE SANTÉ POUR LES QUARTIERS OUEST DE LA VILLE
« Nous souhaitons favoriser la création d’une maison de santé à proximité du Parc Armand Berthault afin de renforcer l’offre de soins de proximité et d’améliorer l’accès aux professionnels de santé pour les habitants du secteur. Ce nouvel équipement a vocation à accueillir des médecins généralistes, des professionnels paramédicaux et des services de prévention, dans un cadre moderne, fonctionnel et accessible »