Humeur - Calife à la place du… Calife

Written on 01/11/2026
Charles Monti

À mesure que les élections approchent, un rituel immuable s’installe : celui des alliances contre nature. Des rapprochements que l’on aurait jugés impensables il y a encore quelques mois deviennent soudainement possibles, puis acceptables, avant d’être justifiés au nom de l’« intérêt général ». Les lignes idéologiques se brouillent, les promesses s’effacent, et les anathèmes d’hier se transforment en poignées de main appuyées.

Ce phénomène n’est pas propre à la Corse, mais il y prend une dimension particulière. Ici, la mémoire politique est courte ou sélective, et l’électeur est souvent sommé d’oublier les discours tenus la veille. Les divergences fondamentales sont relativisées, les oppositions historiques recyclées, comme si les convictions pouvaient être rangées au vestiaire le temps d’une campagne. L’important n’est plus ce que l’on défend, mais avec qui l’on peut gagner.


Derrière les éléments de langage et les appels à l’unité se cache une réalité plus triviale. La politique devient un jeu de positions, une mécanique d’appareils où l’objectif est limpide : accéder au pouvoir ou s’y maintenir. Peu importe les idées pourvu que le siège reste accessible. Peu importe les contradictions, pourvu qu’elles soient noyées dans un discours suffisamment flou pour passer l’épreuve du scrutin.


Devenir calife à la place du calife, ou demeurer calife par-delà tout, résume finalement assez bien cette logique. Le pouvoir comme finalité, non comme moyen. Une stratégie assumée par certains, dissimulée par d’autres, mais que les électeurs perçoivent de plus en plus nettement.


Reste à savoir jusqu’où cette comédie pourra se jouer sans laisser de traces durables sur la crédibilité de ceux qui la pratiquent