Les médecins libéraux corses vent debout contre le PLFSS 2026

Written on 01/06/2026
Manon Perelli

Très suivie sur l’île, la grève des médecins libéraux qui a débuté ce lundi pour 10 jours s’inscrit dans un mouvement national de grogne contre un projet de loi accusé de fragiliser la convention médicale. En Corse, les praticiens fustigent également des politiques qui ignorent les réalités du terrain.

(Photo d'illustration - Pexels)

La colère gronde chez les médecins libéraux. Depuis lundi et jusqu’au 15 janvier, une très grande majorité de praticiens sont en grève afin de montrer leur désapprobation contre le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2026 qui vient notamment remettre en cause la façon dont fonctionne la convention médicale. « La convention médicale est signée tous les 4 ans suite à des concertations, des échanges, des réunions entre les représentants des médecins libéraux, donc les syndicats, et les institutions et instances nationales, notamment la Caisse Nationale d’Assurance Maladie. À travers ce projet de loi, on donne le pouvoir à la CNAM de décider de manière unilatérale, sans concertation, de modifier le contenu de la convention médicale. C’est un peu l’anti principe d’une démocratie sanitaire », fustige Laurent Carlini, président de la confédération des syndicats médicaux français de Corse (CSMF) en ajoutant que ce projet de loi « remet aussi un peu en cause ce qu’est la pratique de la médecine libérale ». Et d’expliquer : « L’exercice de la médecine libérale c’est avant tout la responsabilité médicale, mais aussi l’expertise clinique, le jugement clinique et la relation de confiance qu’on peut avoir avec les patients mais aussi avec les instances nationales. Or, tout ce qui relevait auparavant des champs médicaux, va être de plus en plus contraint, encadré, limité, sanctionné par justement des règles un peu administratives et parfois économiques. Nous avons l’impression qu’il y a une rupture de confiance ». 
 
Si les médecins libéraux ne nient pas le contexte budgétaire tendu, ils dénoncent des mesures jugées injustes et inadaptées aux réalités du terrain, notamment les consultations obligatoires imposées deux jours par mois dans des zones dites de déserts médicaux, sous peine de se voir infliger une forte amende. « Ce que nous avons dit avec la CSMF, c’est qu’il faut que ça tienne compte des initiatives locales. En Corse, nous avons la chance d’avoir de plus en plus de structures d’exercices coordonnés, de maisons de santé pluriprofessionnelles. Il faut s’appuyer sur ces structures qui existent déjà. Pour un jeune médecin installé seul, devoir fermer son cabinet pour se déporter ailleurs, c’est compliqué : le problème ne sera que déplacé. Quand on tient compte des initiatives et des ressources locales, on voit que ça fonctionne, dans beaucoup de cas », avance le président de la CSMF de Corse, déplorant également des contraintes imposées aux médecins pour la non-alimentation et la non-consultation du dossier médical partagé ou encore sur la prescription des arrêts de travail. « C'est quand même un outil de protection de la santé du patient, et  ces arrêts de travail vont être de plus en plus encadrés, contrôlés, remis en cause sans concertation d'ailleurs avec le professionnel en santé qui a fait la prescription », regrette-t-il. 
 
En somme, selon le Dr Carlini cette grève « cristallise un peu tout ce qui s’est passé au cours des derniers mois », d’autant plus que la signature de la dernière convention médicale avait déjà été source de tensions. « La CSMF Corse n’avait pas signé cette convention, car il n’y avait pas de reconnaissance des particularités de la Corse, qu’elles soient géographiques, démographiques ou sociétales. Il n’y avait pas non plus de reconnaissance du statut d’insularité et de tout ce que cela engendre », rappelle-t-il.  À cela s’ajoute la proposition de loi Garot sur la régulation de l’installation des jeunes médecins libéraux, qui alimente un sentiment de défiance grandissant au sein de la profession. « C’est vrai que pour toutes ces raisons, il y a une mobilisation générale, peut-être comme jamais », estime-t-il.
 
Bien que la grève semble largement suivie en Corse, à l’instar de ce qui se passe au plan national, les formes de mobilisation varient. « Dans la vallée de la Gravona, nous avons pris le parti d’assurer quand même une permanence des soins, parce que nous sommes dans un secteur, comme beaucoup en Corse, où nous avons beaucoup de personnes âgées, où nous faisons beaucoup de visites à domicile et où nous devons donc assurer une continuité des soins », indique le Dr Carlini en ajoutant : « De manière générale, avec la CSMF, nous avons de toutes façons plutôt penché pour un blocus administratif : nous n’utilisons plus le téléservice de l’Assurance Maladie et le CMSF Corse s’est aussi retiré temporairement des commissions régionales en lien avec la CPAM. Ce sont des mesures qui n’impactent pas les patients ».