Corse Net Infos vous propose à partir d'aujourd'hui, de vous plonger dans la sexualité des Corses. Pour ce premier volet, nous nous intéressons à une question centrale de notre société : le tabou de la sexualité en Corse, mythe ou réalité ? Pour comprendre comment il se manifeste et comment l’interpréter, nous avons rencontré Laurélène Cavallini-Negrel, sexothérapeute à Porto-Vecchio et Sartène, et Anaïs Mattei, sexothérapeute à Bastia.
Les corses et la sexualité (1/5) : un sujet tabou ? (Photographie: Elisa Timotei, exposition "l'amour dur.e"
Parler de sexualité en Corse est-il un tabou ? La réponse n’est pas si simple et dépend surtout de l’endroit où l’on aborde le sujet : dans l’espace public, entre amis ou au sein de son couple. Sphère de l’intime, la sexualité est logiquement peu évoquée dans l’espace public insulaire. Pourtant, et c’est paradoxal, la sexualisation des corps et des désirs est omniprésente autour de nous : musique, littérature, séries, cinéma, clips vidéo, réseaux sociaux.
Pour Laurélène Cavallini-Negrel, sexothérapeute à Porto-Vecchio et Sartène, ce constat n’est pas propre à la Corse : « Chaque pays a ses tabous historiques liés aux mœurs ou à la religion. Mais la géographie et la démographie comptent aussi. Ici, la taille et la densité de la population ont leur importance. Nous avons des réseaux sociaux locaux très resserrés. La visibilité des comportements est beaucoup plus importante que dans d’autres territoires. La peur des commérages freine la parole. »
La sexothérapeute évoque également une forme de « pudeur collective » concernant des sujets tels que l’orientation sexuelle, mais aussi des thématiques plus graves comme l’inceste ou les violences sexuelles, qui restent difficiles à verbaliser sur l’île. Un constat partagé par Anaïs Mattei, sexothérapeute à Bastia, qui souligne également l’existence d’une « pression à l’intérieur des familles ». Sans faire de généralités, elle balaie aussi l’idée d’un tabou strictement générationnel. « On oublie que la révolution sexuelle date des années soixante. La nouvelle génération en parle peut-être plus facilement, mais pour les générations précédentes, même celles nées au début des années 2000, cela reste compliqué. On pense que c’est honteux ou sale. »
Un tabou que l’on retrouve jusque dans les cabinets de consultation
Ce tabou autour de la sexualité, les deux spécialistes le constatent également en consultation. « Les problématiques liées à l’amour, aux rencontres ou à la communication sont plus faciles à aborder. Mais dès qu’il s’agit de sexualité pure, c’est plus difficile pour les patients, par exemple pour les troubles de l’érection. Ils vont utiliser beaucoup de métaphores », explique Laurélène Cavallini Negrel. À elles ensuite de guider le patient pour libérer la parole : « Cela peut prendre du temps. C’est à nous de poser les questions en essayant de ne pas les mettre mal à l’aise. On évoque le contexte, et petit à petit, on rassemble les éléments », complète Anaïs Mattei.
Les jeunes plus ouverts… mais pas forcément les plus nombreux à consulter
En matière de santé sexuelle, les jeunes se montrent plus ouverts que leurs aînés, indique Laurélène Cavallini Negrel. Sa patientèle est majoritairement composée de personnes entre 25 et 40 ans : « C’est plus facile d’en parler avec les jeunes. Grâce aux réseaux sociaux notamment, ils sont rapidement informés dès qu’il y a un problème. Ils sont aussi le public principal des actions de sensibilisation mises en place en milieu scolaire ou par les collectivités. » Au-delà de cette tranche d’âge, les consultations sont moins fréquentes, ce qui ne signifie pas que les personnes plus âgées ne rencontrent pas de difficultés, mais plutôt qu’elles hésitent davantage à consulter.
Le tabou… jusque dans le couple
De manière surprenante, ce tabou peut aussi exister au sein des couples eux-mêmes. Il n’est pourtant pas sans conséquences sur le désir et l’épanouissement personnel.
Plusieurs raisons l’expliquent, selon Laurélène Cavallini-Negrel : « C’est assez simple : cela engage l’estime de soi, la peur du jugement, la peur de perdre l’autre. »
Elle revient également à cette notion de proximité propre à la société insulaire : « On sait globalement qui est qui. Aujourd’hui, la résistance prend la forme de la honte, de la préservation de l’image. » Un phénomène qui touche autant les hommes que les femmes, précise Anaïs Mattei : « Les femmes ont des envies, mais ne savent pas toujours comment en parler, par peur de vexer ou de frustrer le partenaire. Pour les hommes, on retrouve l’injonction à la virilité attendue publiquement, tout en cachant leur vulnérabilité ou leurs insécurités sexuelles. »
Ne pas parler de sexualité dans le couple peut entraîner de lourdes conséquences, poursuit la sexothérapeute bastiaise : « C’est l’un des problèmes les plus fréquents en consultation. Cela peut créer de la frustration, une anxiété généralisée, de l’incompréhension, des non-dits, de la rancœur. Dans les cas extrêmes, cela peut même mener à la dépression. »
Pour Laurélène Cavallini Negrel, les différences de désir ou les malentendus renforcent encore la difficulté : « On peut avoir l’impression d’un jugement, fondé ou non, et projeter cette peur sur l’autre. Cela crée des quiproquos. »
Le maître mot : la confiance
Pour y faire face, les deux sexologues insistent : la communication est essentielle. Parler de sexualité, au sein du couple comme dans la société, permet dans la majorité des cas de désamorcer les tensions et peut même réserver de bonnes surprises quant aux attentes des deux partenaires.
Un maître mot résume leur message : la confiance.
Pour Laurélène Cavallini-Negrel, sexothérapeute à Porto-Vecchio et Sartène, ce constat n’est pas propre à la Corse : « Chaque pays a ses tabous historiques liés aux mœurs ou à la religion. Mais la géographie et la démographie comptent aussi. Ici, la taille et la densité de la population ont leur importance. Nous avons des réseaux sociaux locaux très resserrés. La visibilité des comportements est beaucoup plus importante que dans d’autres territoires. La peur des commérages freine la parole. »
La sexothérapeute évoque également une forme de « pudeur collective » concernant des sujets tels que l’orientation sexuelle, mais aussi des thématiques plus graves comme l’inceste ou les violences sexuelles, qui restent difficiles à verbaliser sur l’île. Un constat partagé par Anaïs Mattei, sexothérapeute à Bastia, qui souligne également l’existence d’une « pression à l’intérieur des familles ». Sans faire de généralités, elle balaie aussi l’idée d’un tabou strictement générationnel. « On oublie que la révolution sexuelle date des années soixante. La nouvelle génération en parle peut-être plus facilement, mais pour les générations précédentes, même celles nées au début des années 2000, cela reste compliqué. On pense que c’est honteux ou sale. »
Un tabou que l’on retrouve jusque dans les cabinets de consultation
Ce tabou autour de la sexualité, les deux spécialistes le constatent également en consultation. « Les problématiques liées à l’amour, aux rencontres ou à la communication sont plus faciles à aborder. Mais dès qu’il s’agit de sexualité pure, c’est plus difficile pour les patients, par exemple pour les troubles de l’érection. Ils vont utiliser beaucoup de métaphores », explique Laurélène Cavallini Negrel. À elles ensuite de guider le patient pour libérer la parole : « Cela peut prendre du temps. C’est à nous de poser les questions en essayant de ne pas les mettre mal à l’aise. On évoque le contexte, et petit à petit, on rassemble les éléments », complète Anaïs Mattei.
Les jeunes plus ouverts… mais pas forcément les plus nombreux à consulter
En matière de santé sexuelle, les jeunes se montrent plus ouverts que leurs aînés, indique Laurélène Cavallini Negrel. Sa patientèle est majoritairement composée de personnes entre 25 et 40 ans : « C’est plus facile d’en parler avec les jeunes. Grâce aux réseaux sociaux notamment, ils sont rapidement informés dès qu’il y a un problème. Ils sont aussi le public principal des actions de sensibilisation mises en place en milieu scolaire ou par les collectivités. » Au-delà de cette tranche d’âge, les consultations sont moins fréquentes, ce qui ne signifie pas que les personnes plus âgées ne rencontrent pas de difficultés, mais plutôt qu’elles hésitent davantage à consulter.
Le tabou… jusque dans le couple
De manière surprenante, ce tabou peut aussi exister au sein des couples eux-mêmes. Il n’est pourtant pas sans conséquences sur le désir et l’épanouissement personnel.
Plusieurs raisons l’expliquent, selon Laurélène Cavallini-Negrel : « C’est assez simple : cela engage l’estime de soi, la peur du jugement, la peur de perdre l’autre. »
Elle revient également à cette notion de proximité propre à la société insulaire : « On sait globalement qui est qui. Aujourd’hui, la résistance prend la forme de la honte, de la préservation de l’image. » Un phénomène qui touche autant les hommes que les femmes, précise Anaïs Mattei : « Les femmes ont des envies, mais ne savent pas toujours comment en parler, par peur de vexer ou de frustrer le partenaire. Pour les hommes, on retrouve l’injonction à la virilité attendue publiquement, tout en cachant leur vulnérabilité ou leurs insécurités sexuelles. »
Ne pas parler de sexualité dans le couple peut entraîner de lourdes conséquences, poursuit la sexothérapeute bastiaise : « C’est l’un des problèmes les plus fréquents en consultation. Cela peut créer de la frustration, une anxiété généralisée, de l’incompréhension, des non-dits, de la rancœur. Dans les cas extrêmes, cela peut même mener à la dépression. »
Pour Laurélène Cavallini Negrel, les différences de désir ou les malentendus renforcent encore la difficulté : « On peut avoir l’impression d’un jugement, fondé ou non, et projeter cette peur sur l’autre. Cela crée des quiproquos. »
Le maître mot : la confiance
Pour y faire face, les deux sexologues insistent : la communication est essentielle. Parler de sexualité, au sein du couple comme dans la société, permet dans la majorité des cas de désamorcer les tensions et peut même réserver de bonnes surprises quant aux attentes des deux partenaires.
Un maître mot résume leur message : la confiance.
