Rendre la recherche scientifique accessible, transparente et collaborative : c’est le but de la science ouverte. Pionnière sur l’île, l’Université de Corse a lancé la médiathèque culturelle de la Corse et des Corses (M3C) avant de développer HAL, sa nouvelle plateforme de diffusion scientifique. L’objectif est de transformer progressivement la manière dont la recherche est partagée avec la société d’ici 2030.
Rendre la recherche scientifique plus accessible, transparente et collaborative : c’est le but de la science ouverte, que développe l’Université de Corse depuis une dizaine d’années. Né avec la démocratisation d’Internet et la volonté de rendre les connaissances accessibles à tous, ce mouvement repose sur « la diffusion, sans entrave, des résultats, des méthodes et des produits de la recherche scientifique ». « C'est une science qui s'appuie sur le numérique pour développer l'accès libre à toutes les publications, à toutes les données de la recherche et également à leurs méthodes », explique Christophe Luzi, référent science ouverte à l’Université de Corse. « L’objectif, c'est de construire un écosystème dans lequel la science est plus transparente et plus efficace. »
Le mouvement de la science ouverte s’est progressivement structuré à l’échelle nationale et internationale. En France, la loi pour une République numérique de 2016 lui a donné une première impulsion, suivie par le premier plan national pour la science ouverte en 2018, et un second pour la période 2021-2024. « Les plans quadriennaux ont permis de structurer tout cela, et un troisième va apparaître sous peu. » À l’échelle mondiale, « 190 pays ont adopté la recommandation UNESCO pour la science ouverte, qui promeut une science accessible à tout le monde, et une science équitable par rapport aux auteurs ».
Selon Christophe Luzi, la science ouverte repose sur plusieurs piliers : « l'accessibilité, c'est-à-dire que tous les résultats de la recherche scientifique doivent être disponibles librement et gratuitement pour la société ; la transparence, parce qu’il n'y a pas de raison valable de rendre opaque l'accès aux données ; le partage et la collaboration, car plus on partagera les connaissances entre les chercheurs de tous pays confondus, plus on sera en mesure d'apporter du nouveau et du concret ». « On est gagnant partout, et on respecte aussi le fondement de la recherche publique qui veut que tout produit de la recherche financée dans le cadre d'une mission de service public puisse être diffusée et interprétée, quel que soit le contexte », souligne-t-il.
La M3C, une plateforme pionnière
Avant que la science ouverte ne devienne une priorité nationale, l’Université de Corse s’était déjà engagée dans cette voie avec la création de la médiathèque culturelle de la Corse et des Corses (M3C). Développée en 2013, cette plateforme numérique a constitué la première initiative de science ouverte sur l’île. « C'est la première plateforme de science ouverte à une époque où, non seulement on n'y croyait pas, mais en plus, d’un point de vue juridique, on se posait énormément de questions », détaille Christophe Luzi. « Aujourd'hui, quand on parle de science ouverte, tout le monde est d'accord pour publier les articles librement sur internet. Mais quand on a commencé, il n’y avait pas du tout la perspective de diffuser des savoirs gratuitement pour le grand public et pour les chercheurs. »
Aujourd’hui, avec environ 2 800 visites mensuelles, la M3C s’est imposée comme un outil de référence, aussi bien pour les chercheurs que pour le grand public. « C’est effectivement un projet novateur dans le domaine. Vous avez le volet savoir scientifique, c'est-à-dire un savoir issu du rédactionnel, des productions, du laboratoire, et vous avez le volet patrimonial avec un savoir culturel. On a librement, pour les étudiants et pour le grand public, toutes les publications scientifiques des enseignants-chercheurs du laboratoire. Ça permet de démocratiser cet accès pour le public universitaire, mais également pour le grand public. Et l’intérêt, c'est justement de diffuser et de restituer au public et aux citoyens ce qui a été construit, théorisé et produit dans le cadre d'une mission de service public. Elle intervient à un moment où il y a un certain nombre de questionnements et de débats, notamment celui de l'intégrité scientifique. »
HAL : une plateforme pour rendre la recherche accessible à tous
Dans la lignée de M3C, l’Université de Corse a développé HAL, une nouvelle plateforme pour diffuser la production scientifique. « On a mis en œuvre une charte avec le respect des principes de transparence, partage, accessibilité, et on va encourager nos communautés d'enseignants-chercheurs, nos jeunes chercheurs, à déposer leurs publications scientifiques, leurs données associées, leurs communications, leurs thèses, et même ce qu’on appelle les pré-prints, c'est-à-dire les documents qui n'ont pas encore été publiés dans des revues ou dans des chapitres d'ouvrages scientifiques. » La plateforme a vocation à devenir « un endroit où on puisse se dire qu’on a tout ». « Si on veut prendre le pouls de ce que fait notre institution, notre établissement en 2025, on ira ici, et on regardera ce qu’il se passe, et toutes les productions seront accessibles gratuitement. »
Pour développer cette plateforme, l’Université de Corse a déployé un programme de formation à destination de ses enseignants-chercheurs pour favoriser l’appropriation des outils de la science ouverte. « On propose des séances de sensibilisation et de formation pour accompagner les pratiques : on a un programme annuel d'une trentaine de séances qui se déroulent du mois de septembre au mois de juin et ces séances permettent de sensibiliser à différents sujets », détaille Christophe Luzi. D’autant que l’objectif est d’atteindre, à l'horizon 2030, 100 % de publications en libre accès. « C'est un mouvement indispensable, parce qu'il contribue à une compréhension de ce qu'est la recherche universitaire, qui est parfois mal perçue de la part du grand public. Et ça permet justement d'accélérer la recherche. Si vous commencez à travailler dans votre coin et que vous ne montrez surtout pas ce que vous êtes en train d'écrire, je ne vois pas en quoi ça peut accélérer la recherche. On arrête aussi la course aux publications, et on va plutôt inciter au partage. Enfin, il n'y aura plus de données inaccessibles. C'est un changement culturel majeur de la recherche, et ça la transforme en un bien commun, au bénéfice de la science et de la société. »
