Le débat sur les orientations budgétaires pour 2026, qui s’est tenu vendredi après-midi à l’Assemblée de Corse, a révélé la faible marge de manœuvre dont dispose l'Exécutif territorial dans un contexte d’instabilité politique nationale et en l’absence de loi de finances. L’Exécutif ne cache pas les difficultés, assume le choix de recours à l’emprunt pour maintenir les investissements tout en essayant de sécuriser la trajectoire financière. Et estime que la seule voie de sortie reste l’autonomie. Si l’opposition de droite tacle la gestion de l’Exécutif, les Indépendantistes plaident pour un bras de fer avec l’Etat.
L’équation budgétaire est un exercice compliqué en ces temps de crise politique, économique et financière, et ce n’est pas le Document d’orientations budgétaires (DOB), présenté vendredi après-midi à l’Assemblée de Corse, qui infirme cette réalité. Ce document, qui fixe les grands axes et les grands équilibres de la trajectoire budgétaire de la Collectivité de Corse (CdC) sur trois ans, est plombé, non seulement pour des raisons endogènes liées à la structure même des recettes de la CdC, mais surtout par l’instabilité politique nationale et la difficulté pour le gouvernement à se doter d’une loi de finances pour 2026. « Construire un DOB n’est pas un exercice facile. Cela l’est d’autant moins dans le contexte de crise politique et budgétaire en France. La France n’a toujours pas de budget, on se dirige vers une loi spéciale. Pour équilibrer le budget, le gouvernement prévoit de demander un effort très important aux collectivités locales qui représentent 60% de l’investissement en France et 10% de la dette, un effort à hauteur de 30% des dépenses à réduire et estimé à 6 milliards €. Quelque chose d’insurmontable pour l’ensemble des collectivités en France ! Si on ajoute au budget de la Collectivité de Corse (CdC) ces difficultés françaises, l’exercice relève d’une équation impossible », explique, d’emblée, le conseiller exécutif et président de l’ADEC, Gilles Giovannangeli. Détaillant, chiffres à l’appui, le choc subi par les régions, départements, communes et intercommunalités de France, il rappelle que la plupart des collectivités sont en quasi faillite, notamment les départements à cause de la flambée des dépenses sociales.
Sécuriser la trajectoire
Dans ce contexte contraint, le président de l’ADEC trace un chemin morose basé sur « deux obligations : sécuriser au mieux les équilibres et la trajectoire budgétaire de la CdC et ne pas renoncer à nos engagements pris en termes de politiques publiques et de fondamentaux ». Pour sécuriser la trajectoire, il définit des axes. Le premier est la maitrise des dépenses. « C’est une obligation. Nous avons fait en 2025 un effort important avec une hausse des dépenses maîtrisée à 1,4% au niveau de l’inflation, soit une progression de 1% par rapport à 2025. Nos effectifs n’ont pas évolué, et ont même un peu diminué avec 40 agents en moins. La logique est de ne remplacer les sortants que quand les besoins essentiels ne sont pas comblés ». Le deuxième axe est le maintien du niveau des recettes pour financer les politiques publiques. « 10 millions de moins, c’est important ». Le DOB n’intègre pas la rallonge de 60 millions € de la Dotation de continuité territoriale (DCT) suspendue au vote incertain de la loi de finances 2026. « Une rallonge inférieure ne serait pas acceptable. Si le Parlement ne vote pas, on serait dans une situation intolérable qui provoquerait une crise économique et sociale profonde. Nous demandons à l’Etat de respecter ses engagements ». Deuxième recette non inscrite : 190 millions € du PTIC qui font l’objet d’un bras de fer avec l’Etat. « On a un problème de méthode concernant la gouvernance de ce plan ». L’Etat veut garder la main sur la distribution des fonds alors que l’Exécutif corse demande une codécision pour éviter le saupoudrage et favoriser les projets stratégiques et structurants. « Nous avons fait des propositions à l’Etat et nous attendons des réponses ».
Sécuriser la trajectoire
Dans ce contexte contraint, le président de l’ADEC trace un chemin morose basé sur « deux obligations : sécuriser au mieux les équilibres et la trajectoire budgétaire de la CdC et ne pas renoncer à nos engagements pris en termes de politiques publiques et de fondamentaux ». Pour sécuriser la trajectoire, il définit des axes. Le premier est la maitrise des dépenses. « C’est une obligation. Nous avons fait en 2025 un effort important avec une hausse des dépenses maîtrisée à 1,4% au niveau de l’inflation, soit une progression de 1% par rapport à 2025. Nos effectifs n’ont pas évolué, et ont même un peu diminué avec 40 agents en moins. La logique est de ne remplacer les sortants que quand les besoins essentiels ne sont pas comblés ». Le deuxième axe est le maintien du niveau des recettes pour financer les politiques publiques. « 10 millions de moins, c’est important ». Le DOB n’intègre pas la rallonge de 60 millions € de la Dotation de continuité territoriale (DCT) suspendue au vote incertain de la loi de finances 2026. « Une rallonge inférieure ne serait pas acceptable. Si le Parlement ne vote pas, on serait dans une situation intolérable qui provoquerait une crise économique et sociale profonde. Nous demandons à l’Etat de respecter ses engagements ». Deuxième recette non inscrite : 190 millions € du PTIC qui font l’objet d’un bras de fer avec l’Etat. « On a un problème de méthode concernant la gouvernance de ce plan ». L’Etat veut garder la main sur la distribution des fonds alors que l’Exécutif corse demande une codécision pour éviter le saupoudrage et favoriser les projets stratégiques et structurants. « Nous avons fait des propositions à l’Etat et nous attendons des réponses ».
Des choix politiques assumés
Troisième axe : le maintien d’un haut niveau d’investissement, 315 millions € par an, soit 945 millions € sur trois ans. « Il nous manque 50 millions €, on est obligé de faire un recours à l’emprunt qui s’élèvera à 115 millions €. C’est un choix politique assumé », poursuit Gilles Giovannangeli. La dette s’élèvera donc à 1,212 milliard € en 2026 à 1,310 milliard € en 2028. « Quand on regarde les ratios, on n’est pas en zone d’alerte. Le taux de désendettement est de 7,1 ans en 2026 et de 8,1 ans en 2028. C’est bien mieux que la moyenne des régions françaises. La gestion des stocks montre que notre pilotage est bon : 920 millions € avec un ratio de couverture de 3 années, c’est un très bon ratio. Le taux d’épargne brute est à 13 %, bien en deçà de la limite des seuils prudentiels ». L’objectif pour l’Exécutif est de respecter les engagements pris en termes de politiques publiques et de programmes. Il définit des priorités. « On ne reculera pas sur nos politiques d’investissement global. On ne reculera pas sur les politiques sociales, car la société corse est pauvre, vieillissante, et a besoin de solidarité. L’aide au secteur associatif est maintenue. On ne renoncera pas à la formation et à l’éducation. On va bien au-delà de nos compétences sur l’apprentissage parce que c’est une filière importante pour la formation des jeunes. On ne reculera pas sur l’accès à la culture, au sport, à une politique linguistique assumée et réussie. Là aussi, on se démarque de la majorité des régions qui baissent le budget de la culture. Nous l’augmentons, c’est un choix politique ». L’Exécutif veut continuer à investir dans « des politiques qui protègent » par le soutien à la sécurité et au secours à la personne (SIS), dans les infrastructures de transports, mais aussi dans les territoires : « Nous sommes la seule région à le faire ». Le nouveau dispositif d’aides, qui sera examiné le mois prochain à l’Assemblée de Corse, maintient le niveau d’aides et organise une transversalité de l’aide.
Le chemin vertueux
Autre priorité assumée : l’autonomie des secteurs stratégiques, notamment l’énergie, l’accès à l’eau et le développement agricole basé sur une agriculture de production et nourricière. Egalement, l’intensification de la politique en matière de tourisme avec la stratégie de désaisonnalisation et l’achat de flux aériens. « Notre volonté politique est d’avoir une économie forte, résiliente, équilibrée, durable et redistributive. On ne peut pas imaginer une Corse autonome sans un secteur économique fort qui maille le territoire », précise le président de l’ADEC. L’Exécutif est bien conscient que dans le contexte actuel, il faut trouver de nouveaux outils de financement de l’économie. Il annonce la mise en place en 2026 de la Banque territoriale d’investissement avec une opérationnalité en 2027. Il entend travailler sur son dada : la mobilisation de l’épargne populaire. « Nous avons besoin d’une organisation efficace pour préparer l’autonomie. Nous sommes conscients des contraintes qui sont les nôtres, nous assumons la dégradation financière, mais elle reste maitrisée ». Anticipant les critiques de l’opposition, Gilles Giovannangeli martèle : « Nous ne sommes pas en situation d’asphyxie financière. Nos ratios restent acceptables. Nous sommes sur la bonne trajectoire. Nous ne renonçons pas à ce qui fait notre ADN, à être au plus proche des besoins des Corses. La solution est le chemin vertueux vers l’autonomie. Nous sommes persuadés qu’il faut changer de paradigme pour mobiliser plus de recettes. Nous demandons à l’Etat de travailler sur un pacte budgétaire, fiscal et financier. Le combat pour l’autonomie est complémentaire de ce qui se passe en France où les régions emboitent le pas de la décentralisation. Le débat est sur la table en France, nous ne sommes plus isolés ».
Troisième axe : le maintien d’un haut niveau d’investissement, 315 millions € par an, soit 945 millions € sur trois ans. « Il nous manque 50 millions €, on est obligé de faire un recours à l’emprunt qui s’élèvera à 115 millions €. C’est un choix politique assumé », poursuit Gilles Giovannangeli. La dette s’élèvera donc à 1,212 milliard € en 2026 à 1,310 milliard € en 2028. « Quand on regarde les ratios, on n’est pas en zone d’alerte. Le taux de désendettement est de 7,1 ans en 2026 et de 8,1 ans en 2028. C’est bien mieux que la moyenne des régions françaises. La gestion des stocks montre que notre pilotage est bon : 920 millions € avec un ratio de couverture de 3 années, c’est un très bon ratio. Le taux d’épargne brute est à 13 %, bien en deçà de la limite des seuils prudentiels ». L’objectif pour l’Exécutif est de respecter les engagements pris en termes de politiques publiques et de programmes. Il définit des priorités. « On ne reculera pas sur nos politiques d’investissement global. On ne reculera pas sur les politiques sociales, car la société corse est pauvre, vieillissante, et a besoin de solidarité. L’aide au secteur associatif est maintenue. On ne renoncera pas à la formation et à l’éducation. On va bien au-delà de nos compétences sur l’apprentissage parce que c’est une filière importante pour la formation des jeunes. On ne reculera pas sur l’accès à la culture, au sport, à une politique linguistique assumée et réussie. Là aussi, on se démarque de la majorité des régions qui baissent le budget de la culture. Nous l’augmentons, c’est un choix politique ». L’Exécutif veut continuer à investir dans « des politiques qui protègent » par le soutien à la sécurité et au secours à la personne (SIS), dans les infrastructures de transports, mais aussi dans les territoires : « Nous sommes la seule région à le faire ». Le nouveau dispositif d’aides, qui sera examiné le mois prochain à l’Assemblée de Corse, maintient le niveau d’aides et organise une transversalité de l’aide.
Le chemin vertueux
Autre priorité assumée : l’autonomie des secteurs stratégiques, notamment l’énergie, l’accès à l’eau et le développement agricole basé sur une agriculture de production et nourricière. Egalement, l’intensification de la politique en matière de tourisme avec la stratégie de désaisonnalisation et l’achat de flux aériens. « Notre volonté politique est d’avoir une économie forte, résiliente, équilibrée, durable et redistributive. On ne peut pas imaginer une Corse autonome sans un secteur économique fort qui maille le territoire », précise le président de l’ADEC. L’Exécutif est bien conscient que dans le contexte actuel, il faut trouver de nouveaux outils de financement de l’économie. Il annonce la mise en place en 2026 de la Banque territoriale d’investissement avec une opérationnalité en 2027. Il entend travailler sur son dada : la mobilisation de l’épargne populaire. « Nous avons besoin d’une organisation efficace pour préparer l’autonomie. Nous sommes conscients des contraintes qui sont les nôtres, nous assumons la dégradation financière, mais elle reste maitrisée ». Anticipant les critiques de l’opposition, Gilles Giovannangeli martèle : « Nous ne sommes pas en situation d’asphyxie financière. Nos ratios restent acceptables. Nous sommes sur la bonne trajectoire. Nous ne renonçons pas à ce qui fait notre ADN, à être au plus proche des besoins des Corses. La solution est le chemin vertueux vers l’autonomie. Nous sommes persuadés qu’il faut changer de paradigme pour mobiliser plus de recettes. Nous demandons à l’Etat de travailler sur un pacte budgétaire, fiscal et financier. Le combat pour l’autonomie est complémentaire de ce qui se passe en France où les régions emboitent le pas de la décentralisation. Le débat est sur la table en France, nous ne sommes plus isolés ».
La quadrature du cercle
Si l’opposition est consciente des difficultés liées à l’instabilité nationale, elle ne ménage pas ses questions et ses critiques sur les choix de l’Exécutif. La droite, par la voix de Georges Mela, tire un peu sur tous les fronts. Sur les choix de l’Exécutif, ce qu’elle nomme, « la quadrature du cercle » : « On ne peut pas faire plus avec moins ! ». Sur le comportement de l’Exécutif, il fustige « la bouderie » dans l’affaire du PTIC. Sur la DCT : « N’est-ce pas le moment de revoir le mode de gestion ? ». Sur la dette : « La dette contractée sur les ratios de fonctionnement est alarmant avec un risque de non solvabilité si la CdC continue de s’endetter. La dette devient structurelle car on emprunte toujours plus pour un investissement constant ». Sur la masse salariale : « Il faut limiter le remplacement des départs à la retraite et envisager des redéploiements ». Il demande un audit sur la gestion RH pour mieux gérer la masse salariale. Sur les ratios : « Les indicateurs définissent une trajectoire morose, ce n’est pas faute de vous alerter. Il appartiendra aux Corses de juger ». Sur les marqueurs économiques : « L’emploi recule de 10% sur la tranche des moins de 35 ans, cela veut dire que les entreprises s’engagent moins ». Il tacle une année blanche pour l’aide aux communes. « C’est un DOB qui n’est pas à la hauteur des Corses. Nos recettes sont faibles, nos dépenses sont au-dessus de nos moyens. Il faut faire des choix courageux. Pourquoi ne les faites vous pas ? ». A sa suite, Marie-Anne Pieri attire l’attention sur la fiscalité des biens et les droits de mutation à titre onéreux : « Vous prévoyez 92 millions € pour 2026, vous êtes optimiste ». Elle s’élève contre la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, demandant de « faire la dichotomie entre les résidences basiques et les résidences familiales qui pourraient bénéficier d’une exonération ». Idem pour la taxe sur les logements vacants : « Le fait d’avoir mis la totalité de la Corse en zone tendue est une pression fiscale pour les Corses qui s’abat sur les communes et les propriétaires ».
Si l’opposition est consciente des difficultés liées à l’instabilité nationale, elle ne ménage pas ses questions et ses critiques sur les choix de l’Exécutif. La droite, par la voix de Georges Mela, tire un peu sur tous les fronts. Sur les choix de l’Exécutif, ce qu’elle nomme, « la quadrature du cercle » : « On ne peut pas faire plus avec moins ! ». Sur le comportement de l’Exécutif, il fustige « la bouderie » dans l’affaire du PTIC. Sur la DCT : « N’est-ce pas le moment de revoir le mode de gestion ? ». Sur la dette : « La dette contractée sur les ratios de fonctionnement est alarmant avec un risque de non solvabilité si la CdC continue de s’endetter. La dette devient structurelle car on emprunte toujours plus pour un investissement constant ». Sur la masse salariale : « Il faut limiter le remplacement des départs à la retraite et envisager des redéploiements ». Il demande un audit sur la gestion RH pour mieux gérer la masse salariale. Sur les ratios : « Les indicateurs définissent une trajectoire morose, ce n’est pas faute de vous alerter. Il appartiendra aux Corses de juger ». Sur les marqueurs économiques : « L’emploi recule de 10% sur la tranche des moins de 35 ans, cela veut dire que les entreprises s’engagent moins ». Il tacle une année blanche pour l’aide aux communes. « C’est un DOB qui n’est pas à la hauteur des Corses. Nos recettes sont faibles, nos dépenses sont au-dessus de nos moyens. Il faut faire des choix courageux. Pourquoi ne les faites vous pas ? ». A sa suite, Marie-Anne Pieri attire l’attention sur la fiscalité des biens et les droits de mutation à titre onéreux : « Vous prévoyez 92 millions € pour 2026, vous êtes optimiste ». Elle s’élève contre la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, demandant de « faire la dichotomie entre les résidences basiques et les résidences familiales qui pourraient bénéficier d’une exonération ». Idem pour la taxe sur les logements vacants : « Le fait d’avoir mis la totalité de la Corse en zone tendue est une pression fiscale pour les Corses qui s’abat sur les communes et les propriétaires ».
Pas de grands espoirs
Côté nationaliste, le groupe Avanzemu n’est pas plus tendre. « On est en plein doute sur le DOB et sur l’intention. On est encore dans l’idéalisation de ce mieux. On est à 4% d’autosuffisante agricole, on est hors sol. La politique linguistique, on est loin du compte. Il y a beaucoup de nouveautés qui n’en sont pas et des choses qui ne sont pas de nature à nous inspirer de grands espoirs. J’aurais voulu voir le mot logement : la jeunesse corse est en attente avec 4000 et 5000 personnes qui arrivent chaque année dans notre pays, ça me pose problème. Aujourd’hui, les Corses ont du mal à remplir le frigidaire », déclare Saveriu Luciani. Lui aussi fustige les errances. Sur la DCT ? « On est en train de nous maintenir dans une logique d’assistanat alors que c’est un droit historique. On est en train de se flageller. On est dans l’incertitude ». Sur le PTIC ? « 190 millions sur la table. On peut s’interroger sur le manque de projets ». La trajectoire budgétaire ? « Les seuils d’alerte seront atteint en 2028. Vous nous menez progressivement dans le mur. L’évolution des recettes est incertaine, votre approche prudente est déjà optimiste. On n’a pas innové pour améliorer cette situation. Je ne sais pas si la réorganisation des services va y répondre. Il y a une réflexion à porter sur les satellites, le devenir et l’optimisation des agences et offices ». Pour lui, l’important est de savoir « si ce chemin aura un impact sur la vie des Corses. L’intention n’entraine pas la vertu et investir à coups d’idéal ne garantit pas l’avenir de ce pays ».
Côté nationaliste, le groupe Avanzemu n’est pas plus tendre. « On est en plein doute sur le DOB et sur l’intention. On est encore dans l’idéalisation de ce mieux. On est à 4% d’autosuffisante agricole, on est hors sol. La politique linguistique, on est loin du compte. Il y a beaucoup de nouveautés qui n’en sont pas et des choses qui ne sont pas de nature à nous inspirer de grands espoirs. J’aurais voulu voir le mot logement : la jeunesse corse est en attente avec 4000 et 5000 personnes qui arrivent chaque année dans notre pays, ça me pose problème. Aujourd’hui, les Corses ont du mal à remplir le frigidaire », déclare Saveriu Luciani. Lui aussi fustige les errances. Sur la DCT ? « On est en train de nous maintenir dans une logique d’assistanat alors que c’est un droit historique. On est en train de se flageller. On est dans l’incertitude ». Sur le PTIC ? « 190 millions sur la table. On peut s’interroger sur le manque de projets ». La trajectoire budgétaire ? « Les seuils d’alerte seront atteint en 2028. Vous nous menez progressivement dans le mur. L’évolution des recettes est incertaine, votre approche prudente est déjà optimiste. On n’a pas innové pour améliorer cette situation. Je ne sais pas si la réorganisation des services va y répondre. Il y a une réflexion à porter sur les satellites, le devenir et l’optimisation des agences et offices ». Pour lui, l’important est de savoir « si ce chemin aura un impact sur la vie des Corses. L’intention n’entraine pas la vertu et investir à coups d’idéal ne garantit pas l’avenir de ce pays ».
Un chantage volontaire
Côté indépendantiste, l’analyse est plus nuancée et renvoie à la responsabilité de l’Etat. « Ma prédiction de finir dans le rouge à la fin de la mandature est une triste réalité qui s’annonce. Le problème est lié à l’inadaptation du volet recettes du budget qui est indexé sur tout et n’importe quoi. Le blocage de la TVA nous grève d’une partie des recettes. Avec la fusion, on a superposé les taxes et les charges alors qu’on a une stagnation des recettes et un besoin complémentaire de 20 millions € chaque année », commente Paul-Félix Benedetti, président de Core in Fronte. S’il n’est pas contre le recours à l’emprunt pour compenser le maintien des investissements, il pointe la hausse des taux d’intérêt : « Chaque euro emprunté n’a pas le même impact sur l’économie ». Les solutions ? « On n’en a pas. Il n’y a pas beaucoup de pistes. Le dernier levier est d’augmenter les carburants, heureusement, vous ne l’avez pas fait ! ». Il préconise de réduire les dépenses de fonctionnement : « La valeur ajoutée travail de la CDC dans l’esprit des Corses n’y est pas, tout le monde se plaint. Le mammouth est en train de se fossiliser ». La seule vraie piste, pour lui, est d’engager un rapport de forces avec l’Etat pour compenser la hausse des dépenses, notamment dans le social et les infrastructures hydrauliques. « Cette mise à jour de ce qu’on nous devrait est la seule solution. Il faut mettre le droit légitime à toutes les sauces. Il n’est jamais trop tard pour faire des réajustements. Même si la France est en déshérence budgétaire, ce n’est pas 100 millions € à la Corse qui va la faire plonger ». Il propose d’établir « une charte de revendication politicoéconomique qui ne soit pas basée sur des clivages politiciens, mais qui soit articulée sur nos besoins à 20 ans. Il faut le faire maintenant, ou à la limite lever un emprunt d’un seul coup de 500 millions €. On a encore une petite richesse, qu’on s’en serve de bras de levier. N’attendons pas la fin d’un cycle où toutes les banques vont nous fermer la porte. Faisons le chantage volontaire au surendettement pour imposer un rééquilibrage politique ».
Côté indépendantiste, l’analyse est plus nuancée et renvoie à la responsabilité de l’Etat. « Ma prédiction de finir dans le rouge à la fin de la mandature est une triste réalité qui s’annonce. Le problème est lié à l’inadaptation du volet recettes du budget qui est indexé sur tout et n’importe quoi. Le blocage de la TVA nous grève d’une partie des recettes. Avec la fusion, on a superposé les taxes et les charges alors qu’on a une stagnation des recettes et un besoin complémentaire de 20 millions € chaque année », commente Paul-Félix Benedetti, président de Core in Fronte. S’il n’est pas contre le recours à l’emprunt pour compenser le maintien des investissements, il pointe la hausse des taux d’intérêt : « Chaque euro emprunté n’a pas le même impact sur l’économie ». Les solutions ? « On n’en a pas. Il n’y a pas beaucoup de pistes. Le dernier levier est d’augmenter les carburants, heureusement, vous ne l’avez pas fait ! ». Il préconise de réduire les dépenses de fonctionnement : « La valeur ajoutée travail de la CDC dans l’esprit des Corses n’y est pas, tout le monde se plaint. Le mammouth est en train de se fossiliser ». La seule vraie piste, pour lui, est d’engager un rapport de forces avec l’Etat pour compenser la hausse des dépenses, notamment dans le social et les infrastructures hydrauliques. « Cette mise à jour de ce qu’on nous devrait est la seule solution. Il faut mettre le droit légitime à toutes les sauces. Il n’est jamais trop tard pour faire des réajustements. Même si la France est en déshérence budgétaire, ce n’est pas 100 millions € à la Corse qui va la faire plonger ». Il propose d’établir « une charte de revendication politicoéconomique qui ne soit pas basée sur des clivages politiciens, mais qui soit articulée sur nos besoins à 20 ans. Il faut le faire maintenant, ou à la limite lever un emprunt d’un seul coup de 500 millions €. On a encore une petite richesse, qu’on s’en serve de bras de levier. N’attendons pas la fin d’un cycle où toutes les banques vont nous fermer la porte. Faisons le chantage volontaire au surendettement pour imposer un rééquilibrage politique ».
Une posture de dépendance
Pour Josepha Giacometti-Piredda, élue de Nazione, le malheur est d’être « encore amarré à un pays à la dérive, la France. On se retrouve dans une dépendance totale, voire accrue. Une part de la dépendance ne nous incombe pas, elle est structurelle ». Pour elle, il est urgent de changer de méthode, de système et de posture. Sur la DCT, « il faut faire droit à ce qu’on nous doit. Il faut discuter la mise en place d’un autre système parce qu’on ne va pas pouvoir continuer longtemps comme ça ». Sur le PTIC, « il y a le problème de gouvernance de départ et la nécessité de la codécision. Je ne vous reproche pas de négocier avec Paris, mais d’avoir tout misé sur Paris et d’attendre éternellement les réponses. Au final, le PTIC avance sans la CdC ». Sur le pacte budgétaire, « il faut faire des démonstrations concrètes de ce qu’on nous doit, sinon on sait très bien comment ça va se terminer, à l’aune des deux exemples précédents. On ne va pas aller bien loin ». Elle tacle le retard sur la mise en œuvre des outils et appelle, elle aussi, au combat. « On est déjà très en retard. Les défis et les enjeux sont en face de nous, les moyens d’action sont, soit à l’étude, soit en attente de réponse de l’autre côté de la mer. Il serait temps de se mettre en mode combat ».
Un appel à l’unité
La majorité monte au créneau pour ramener les critiques à un principe de réalité. Louis Pozzo-di-Borgo rappelle aux élus locaux que la situation financière des communes et intercommunalités n’est guère plus brillante. « Toutes les collectivités poussent un cri d’alarme et sont dans des situations dramatiques. 70 % des dépenses sont non pilotables. Ici dans le territoire le plus pauvre de France, on n’est pas mieux loti qu’ailleurs. Les communes et intercos, que l’Etat met au pain sec et à l’eau, vont se tourner vers la CdC ». Il pointe du doigt les 5000 arrivants chaque année qui impactent les dépenses sociales, « la dépense sociale est en train de se transformer en contrainte. Argent ou pas, on doit assumer des responsabilités et faire des choix forts, prendre des risques. Notre volonté n’est pas d’aller faire les poches des Corses ». Il lance un appel : « L’horizon commence à s’assombrir, on a de moins en moins de marges de manœuvre, on n’a pas de possibilité de générer des recettes nouvelles, il faut un pacte budgétaire et fiscal. On a besoin de tout le monde. On doit avancer ensemble. La sagesse doit nous mener sur certains sujets pour parler de la même voix au gouvernement ». Un appel relayé par Gilles Giovannangeli : « La situation est difficile, le cadre nous contraint, la crise française n’est pas terminée, raison de plus de rester mobilisés pour obtenir l’autonomie pour laquelle on se bat depuis tant d’années ». L’Assemblée de Corse a pris acte.
N.M.
Pour Josepha Giacometti-Piredda, élue de Nazione, le malheur est d’être « encore amarré à un pays à la dérive, la France. On se retrouve dans une dépendance totale, voire accrue. Une part de la dépendance ne nous incombe pas, elle est structurelle ». Pour elle, il est urgent de changer de méthode, de système et de posture. Sur la DCT, « il faut faire droit à ce qu’on nous doit. Il faut discuter la mise en place d’un autre système parce qu’on ne va pas pouvoir continuer longtemps comme ça ». Sur le PTIC, « il y a le problème de gouvernance de départ et la nécessité de la codécision. Je ne vous reproche pas de négocier avec Paris, mais d’avoir tout misé sur Paris et d’attendre éternellement les réponses. Au final, le PTIC avance sans la CdC ». Sur le pacte budgétaire, « il faut faire des démonstrations concrètes de ce qu’on nous doit, sinon on sait très bien comment ça va se terminer, à l’aune des deux exemples précédents. On ne va pas aller bien loin ». Elle tacle le retard sur la mise en œuvre des outils et appelle, elle aussi, au combat. « On est déjà très en retard. Les défis et les enjeux sont en face de nous, les moyens d’action sont, soit à l’étude, soit en attente de réponse de l’autre côté de la mer. Il serait temps de se mettre en mode combat ».
Un appel à l’unité
La majorité monte au créneau pour ramener les critiques à un principe de réalité. Louis Pozzo-di-Borgo rappelle aux élus locaux que la situation financière des communes et intercommunalités n’est guère plus brillante. « Toutes les collectivités poussent un cri d’alarme et sont dans des situations dramatiques. 70 % des dépenses sont non pilotables. Ici dans le territoire le plus pauvre de France, on n’est pas mieux loti qu’ailleurs. Les communes et intercos, que l’Etat met au pain sec et à l’eau, vont se tourner vers la CdC ». Il pointe du doigt les 5000 arrivants chaque année qui impactent les dépenses sociales, « la dépense sociale est en train de se transformer en contrainte. Argent ou pas, on doit assumer des responsabilités et faire des choix forts, prendre des risques. Notre volonté n’est pas d’aller faire les poches des Corses ». Il lance un appel : « L’horizon commence à s’assombrir, on a de moins en moins de marges de manœuvre, on n’a pas de possibilité de générer des recettes nouvelles, il faut un pacte budgétaire et fiscal. On a besoin de tout le monde. On doit avancer ensemble. La sagesse doit nous mener sur certains sujets pour parler de la même voix au gouvernement ». Un appel relayé par Gilles Giovannangeli : « La situation est difficile, le cadre nous contraint, la crise française n’est pas terminée, raison de plus de rester mobilisés pour obtenir l’autonomie pour laquelle on se bat depuis tant d’années ». L’Assemblée de Corse a pris acte.
N.M.
