Roni Vainer, réalisateur israélien, à Camera Pulitica : "J'aime cette île"

Written on 11/29/2025
Philippe Jammes

Le réalisateur israélien Roni Vainer a présenté trois fictions, trois court-métrages à l’occasion du festival du film engagé Camera Pulitica à Biguglia. CNI a voulu en savoir plus sur ce discret personnage du 7e art.

Roni Vainer et Béatrice Castoriano

C’est une trilogie du réalisateur que proposaient les organisateurs de cette 2e édition de Camera Pulitica avec ses courts sur la jeunesse israélienne : « Always, Already »* (2022), « Weight **» (présenté déjà au festival Arte mare en 2022) et « On tracks ***» (2023). Un regard sur la jeunesse israélienne…
Un grand merci à Béatrice Castoriano qui nous a servi d'interprète. 

- Roni Vainer, un mot sur votre parcours ..
- J'ai grandi en Russie, dans une famille pauvre, mais avec une culture très riche. Mon père avait une troupe de théâtre et depuis que je suis petit, je sais que je veux être un artiste.


-Qu'est-ce qui vous a séduit dans ce métier ?
- Le cinéma est le père, ou la mère, je ne sais pas, de tous les arts. Pour moi, c'est peut-être la plus dure des manières, mais aussi la plus belle, pour raconter des histoires sur ma société, ma propre société, et moi-même.


- Des acteurs ou des réalisateurs qui vous ont marqué …
-Des réalisateurs comme Andreï Tarkovski, Stanley Kubrick, la nouvelle vague du cinéma français et des cinémas contemporains aussi que j'ai découverts pendant ma formation à l'école de cinéma de Tel-Aviv. Par exemple le cinéma iranien ou le cinéma coréen de Bong Joon-ho. Les Roumains aussi. Un de mes films a aussi été inspiré par la réalisatrice Claire Denis.


- Vous présentiez trois courts, des fictions ?
- Trois films de fiction d’une vingtaine de minutes chacun. Ce ne sont pas vraiment des films qu'on peut cataloguer de politiques, ils sont contemporains, ils montrent vraiment l'époque contemporaine en Israël. Je me considère plus comme un existentialiste qu’un cinéaste politique.


- Avec votre regard sur cette jeunesse et sur le pays ?
- En Israël, les films sont considérés comme un regard puissant de la société.


- On parle beaucoup d’Israël sur le plan politique, qu’en est-il du culturel ?
- En tant qu'Israélien, je ne peux pas éviter de raconter notre situation. Jusqu'à ce que la guerre commence, les gens en Israël ne voulaient pas entendre parler de films comme celui-ci parce que, pour eux, le conflit a été résolu. Mais moi, je savais que les choses allaient exploser dans notre société et avec nos voisins.  


- Vos films peuvent-ils changer le regard des gens sur votre pays ?
- En fait, moi, je ne prends pas des chemins de traverse, je vais direct, je rentre dans le lard de la situation. Dans mes films je ne parle pas des autres, je parle de nous, de ce que je connais, de ce que j'ai vu. Le dernier film que je présente ici est un film que j'ai tourné dans le sud de Tel-Aviv et qui montre des immigrés qui sont clandestins, des Africains. C’est une réalité pure et dure.


- Est-ce que vous avez aujourd'hui le désir de passer au long-métrage ?
- Bien sûr. Les courts-métrages sont fascinants, mais, malheureusement, c'est difficile d'atteindre de l'audience avec des courts-métrages. Pour vraiment raconter l’histoire de mes amis et de ma communauté, j'avais besoin de faire une trilogie, pas juste une fiction. Chaque film fonctionne par lui-même, mais ils résonnent entre eux et ils ont voyagé dans le monde, dans les festivals.


- Quel regard portez-vous sur la Corse ?
- Je suis tombé amoureux de la Corse quand je suis venu ici il y a trois ans pour Arte Mare. J'ai vraiment l'impression que la Corse et les Israéliens se ressemblent beaucoup. On n'est pas tellement différents. Le comportement méditerranéen, l'île, l'idée d'île. Cette question d'insularité donne aussi beaucoup de ressemblances avec Israël, parce que ce sont des endroits où on ne peut arriver que par bateau ou par avion. Ici, il y a une puissance, j'aime vraiment cette île.

La « trilogie » de Roni Vainer

Roni Vainer, réalisateur israélien, à Camera Pulitica : "J'aime cette île"

"La trilogie" de Roni Vainer projetée à Biguglia.

*Always, Already
Fiction, 2022, Israël, 22 min
C’est un chaud été israélien. L’équipe 3-C de l’IDF’s, nouvellement recrutée, travaille dur lors d’un énième jour d’entrainement. L’exercice d’aujourd’hui est un rite de passage fondamental vers l’autel de la masculinité : la pratique ciblée au champ de tir. Le lieutenant de l'escouade décide de vêtir les cibles en civil. Il le fait pour rappeler aux jeunes recrues ce qui leur sera demandé à l’avenir. Les tirs commencent, mais le soldat Yirmi ne s’y résout pas. Son histoire, c’est la nôtre.
 
**Weight
Fiction, 2022, Israël, 25 min
À la suite d’une réunion houleuse avec sa famille et ses amis, Doovie décide sur un coup de tête de quitter le kibboutz où il vit après son exclusion de Tsahal, l’armée israélienne. Son road trip sans véritable but lui fait rencontrer Erez, un vendeur de glaces druze, puis deux autres soldats encore en poste. Une réflexion à la fois existentielle et politique.
 
***On tracks,
Fiction, 2023, Israël, 21 min
Un voyage nocturne à travers le centre-ville de Tel Aviv pour briser le privilège toxique de la masculinité israélienne et mettre en lumière la vie des demandeurs d'asile.