Au lendemain du rejet du projet d’évolution institutionnelle de la Corse par le Sénat, Josepha Giacometti, conseillère territoriale sans étiquette à l’Assemblée de Corse, estime que cet échec était prévisible. L'indépendantiste pointe les limites du processus de Beauvau et appelle à reconstruire un véritable rapport de force politique.
Au lendemain du rejet du projet d’évolution institutionnelle de la Corse par le Sénat, Josepha Giacometti, conseillère territoriale sans étiquette à l’Assemblée de Corse, estime que cet échec était prévisible
- Le rejet du texte par le Sénat est-il une surprise pour vous ?
- C’est tout simplement la concrétisation de ce qui était attendu, dans le sens où le péché originel, c’est la façon dont le processus de Beauvau a été engagé. Tout a déjà été sacrifié dès l’entame de ce processus, qui était bien bien loin des aspirations. Il faut se rappeler que cela émanait des mobilisations de 2022, à la suite de l’assassinat d’Yvan Colonna, et de la mobilisation de la jeunesse. On a entamé un processus de Beauvau où avait été entérinées des lignes rouges, où l’on considèrait que certaines choses ne pourraient pas faire l’objet d’évolutions. Que pouvait-il rester au Sénat, alors qu’il ne restait déjà plus rien ? Je n’attendais rien du Sénat, mais j’ai vu qu’on avait eu moins que rien.
- Vous estimez donc que le problème vient des bases mêmes du processus de Beauvau ?
- Oui, le péché originel a été commis dès le début du processus de Beauvau, qui était bien loin de ce qu’il aurait dû être. On a neutralisé toutes les possibilités ensuite. J’ai eu l’occasion de l’exprimer à l’Assemblée de Corse, en rappelant les moments où nous aurions pu créer des rapports de force, négocier autrement, avoir d’autres exigences, notamment un accord politique qui fasse mention du peuple. On nous a dit que le peuple, c’était impossible. C’est faux. On nous a également expliqué que les compétences dans lesquelles la collectivité pourrait exercer ses prérogatives ne pouvaient pas figurer dans un texte constitutionnel. C’est faux aussi. Il n’y a qu’à regarder les autres articles de la Constitution, notamment ceux qui concernent la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie : les matières y sont précisées. Nous, on a tout renvoyé à la loi organique, en nous disant que cela se ferait plus tard. Sauf que la loi organique nourrit les illusions, parce qu’elle ne peut pas autoriser ce que la Constitution interdit.
- La ministre Françoise Gatel souhaite recevoir rapidement les élus corses et les représentants du Parlement. Cette concertation peut-elle faire avancer les choses ?
- Françoise Gatel est dans son rôle. Le gouvernement respecte le processus de Beauvau, les engagements qui ont été pris dans ce cadre et, visiblement, la lettre des écritures constitutionnelles. Le problème, c’est bien ça : ces écritures ne pouvaient donner que ce résultat-là. Madame Gatel a également précisé que la communauté, telle qu’elle figure dans le texte constitutionnel, ne donnait aucun droit juridique. Elle a expliqué qu’il s’agissait d’une communauté insulaire. En fait, on nous reconnaissait dans ce texte que nous étions une île. Voilà où nous en sommes. On a quand même tenté un jeu d’illusionniste.
- Faut-il désormais abandonner ce processus d’autonomie et repartir de zéro ?
- Ce n’est pas aujourd’hui que je le dis. Le processus a été très mal entamé. On ne peut pas être surpris d’un résultat lorsque l’on connaît la façon dont il a été élaboré. Maintenant, il convient surtout de cesser de s’illusionner et de bâtir la suite. Il faut lancer une véritable démarche nouvelle, rentrer dans autre chose. Si on sacrifie tout dès le départ, tout ce qui constitue l’essentiel des raisons pour lesquelles on est entré en négociation, on ne peut pas s’étonner qu’il n’en reste plus rien à l’arrivée.
- Comment voyez-vous la suite ? Sur quoi faut-il désormais s’appuyer pour relancer le débat institutionnel ?
- Il faut maintenant s’atteler à rebâtir les bases d’un véritable rapport de force. Quand je parle de rapport de force, je parle d’un véritable rapport politique. Il faut revenir à l’essentiel, à ce qui a été sacrifié, et rappeler pourquoi les nationalistes ont été portés aux responsabilités il y a maintenant une décennie. Il y avait un certain nombre de revendications qui relevaient de la mise en œuvre d’une accession à la souveraineté. C’est sur ces revendications qu’il faut revenir et s’atteler à bâtir aujourd’hui, avec les outils qui sont à notre disposition et dont on n’a pas fait usage. Il faut rebâtir en reposant les termes d’une vraie négociation. Et une vraie négociation, c’est reposer les termes d’un véritable rapport de force politique.
- C’est tout simplement la concrétisation de ce qui était attendu, dans le sens où le péché originel, c’est la façon dont le processus de Beauvau a été engagé. Tout a déjà été sacrifié dès l’entame de ce processus, qui était bien bien loin des aspirations. Il faut se rappeler que cela émanait des mobilisations de 2022, à la suite de l’assassinat d’Yvan Colonna, et de la mobilisation de la jeunesse. On a entamé un processus de Beauvau où avait été entérinées des lignes rouges, où l’on considèrait que certaines choses ne pourraient pas faire l’objet d’évolutions. Que pouvait-il rester au Sénat, alors qu’il ne restait déjà plus rien ? Je n’attendais rien du Sénat, mais j’ai vu qu’on avait eu moins que rien.
- Vous estimez donc que le problème vient des bases mêmes du processus de Beauvau ?
- Oui, le péché originel a été commis dès le début du processus de Beauvau, qui était bien loin de ce qu’il aurait dû être. On a neutralisé toutes les possibilités ensuite. J’ai eu l’occasion de l’exprimer à l’Assemblée de Corse, en rappelant les moments où nous aurions pu créer des rapports de force, négocier autrement, avoir d’autres exigences, notamment un accord politique qui fasse mention du peuple. On nous a dit que le peuple, c’était impossible. C’est faux. On nous a également expliqué que les compétences dans lesquelles la collectivité pourrait exercer ses prérogatives ne pouvaient pas figurer dans un texte constitutionnel. C’est faux aussi. Il n’y a qu’à regarder les autres articles de la Constitution, notamment ceux qui concernent la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie : les matières y sont précisées. Nous, on a tout renvoyé à la loi organique, en nous disant que cela se ferait plus tard. Sauf que la loi organique nourrit les illusions, parce qu’elle ne peut pas autoriser ce que la Constitution interdit.
- La ministre Françoise Gatel souhaite recevoir rapidement les élus corses et les représentants du Parlement. Cette concertation peut-elle faire avancer les choses ?
- Françoise Gatel est dans son rôle. Le gouvernement respecte le processus de Beauvau, les engagements qui ont été pris dans ce cadre et, visiblement, la lettre des écritures constitutionnelles. Le problème, c’est bien ça : ces écritures ne pouvaient donner que ce résultat-là. Madame Gatel a également précisé que la communauté, telle qu’elle figure dans le texte constitutionnel, ne donnait aucun droit juridique. Elle a expliqué qu’il s’agissait d’une communauté insulaire. En fait, on nous reconnaissait dans ce texte que nous étions une île. Voilà où nous en sommes. On a quand même tenté un jeu d’illusionniste.
- Faut-il désormais abandonner ce processus d’autonomie et repartir de zéro ?
- Ce n’est pas aujourd’hui que je le dis. Le processus a été très mal entamé. On ne peut pas être surpris d’un résultat lorsque l’on connaît la façon dont il a été élaboré. Maintenant, il convient surtout de cesser de s’illusionner et de bâtir la suite. Il faut lancer une véritable démarche nouvelle, rentrer dans autre chose. Si on sacrifie tout dès le départ, tout ce qui constitue l’essentiel des raisons pour lesquelles on est entré en négociation, on ne peut pas s’étonner qu’il n’en reste plus rien à l’arrivée.
- Comment voyez-vous la suite ? Sur quoi faut-il désormais s’appuyer pour relancer le débat institutionnel ?
- Il faut maintenant s’atteler à rebâtir les bases d’un véritable rapport de force. Quand je parle de rapport de force, je parle d’un véritable rapport politique. Il faut revenir à l’essentiel, à ce qui a été sacrifié, et rappeler pourquoi les nationalistes ont été portés aux responsabilités il y a maintenant une décennie. Il y avait un certain nombre de revendications qui relevaient de la mise en œuvre d’une accession à la souveraineté. C’est sur ces revendications qu’il faut revenir et s’atteler à bâtir aujourd’hui, avec les outils qui sont à notre disposition et dont on n’a pas fait usage. Il faut rebâtir en reposant les termes d’une vraie négociation. Et une vraie négociation, c’est reposer les termes d’un véritable rapport de force politique.