SC Bastia : l’Être et le Néant

Written on 10/26/2026
Christophe Giudicelli

Après dix journées de Ligue 3, le Sporting Club de Bastia affiche un bilan de 12 points, trois victoires, trois matchs nuls et quatre défaites, sans le moindre succès à domicile. Éliminés au 6e tour de la Coupe de France, les Turchini peinent à convaincre. Entre le poids d’un passé glorieux et les réalités sportives et économiques, les bastiais doivent désormais trouver les moyens de se réinventer

Dans le cœur et la mémoire des supporters du Sporting Club de Bastia, on retrouve l’épopée européenne de 78, la Coupe de France de 1981, les parcours en Coupe de la Ligue, les joies des montées successives et des noms comme Claude Papi, Michael Essien, François Modesto, Sébastien Squillaci, pour ne citer qu’eux. C’est le Sporting qu’on aime, celui qui procure des émotions et crée des souvenirs dans les travées d’Armand-Cesari. Celui qui fut et celui qu’on aimerait qu’il soit encore.

Aujourd’hui, la réalité est pourtant tout autre. Après dix journées en Ligue 3 et une élimination au 6e tour de la Coupe de France, le jeu bastiais est proche du néant. Seulement 12 points pris en 10 journées, trois victoires, trois nuls, quatre défaites et l’impossibilité de gagner à la maison. Avec seulement 8 buts à leur actif pour 12 encaissés, les Bastiais ne sont pas des foudres de guerre sur le terrain : « dans les 30 derniers mètres », comme l’explique à longueur de journée l’entraîneur Laurent Peyrelade. Peut-être pire encore, selon les sites de statistiques, les Turchini se placent à la dernière place des tirs cadrés avec seulement 2,8 par match. Là non plus, pas vraiment de quoi inquiéter les défenses adverses et de marquer des buts.

Et quand le Sporting mène au score, le mental flanche très, trop rapidement, et les Bastiais se font logiquement revenir au score et se distinguent par le nombre de cartons reçus. Le début de saison et les victoires en trompe-l’œil à l’extérieur ont pris fin en septembre dernier sur la pelouse du Paris 13 Atletico. Les lacunes se retrouvent dans tous les compartiments du jeu et, si des individualités se détachent selon les rencontres, elles ne parviennent pas à porter le groupe.

Le clou a été enfoncé ce samedi 24 octobre avec l’élimination par l’AS Furiani, pensionnaire de National 1, au 6e tour de la Coupe de France. Sur un but de Christophe Vincent, l’ancien capitaine des Turchini. Un symbole quasi prévisible…

Cette situation, incompréhensible aux yeux du peuple bleu, est pourtant la réalité. Il y a ce que le Sporting « est » et représente par son histoire, sa place dans le football corse et français, et ce qu’il est aujourd’hui: une ligne dans un championnat de troisième division parmi les centaines d’autres clubs anonymes du continent européen qui se battent à leur niveau pour se maintenir à flot dans un football qui vacille sur le plan économique.

Alors, on cherche les responsabilités du côté des dirigeants, de l’entraîneur, des joueurs. Économiquement, la crise des droits télé, les relégations ont mis du plomb dans l’aile des budgets et les actionnaires bastiais n’ont pas les moyens de leurs homologues du Golfe ou des fonds cotés en bourse. On discute des choix, et souvent à juste titre, de l’entraîneur. On en vient à parler d’erreurs de casting. Avions-nous réellement la possibilité d’asseoir sur le banc qui nous voulions ? Sur le terrain, on juge le jeu, la technique, la mentalité des joueurs en oubliant peut-être que deux divisions nous séparent désormais de l’élite ? Que le Sporting doit vivre avec un effectif au jour le jour et jongler entre les blessures, les suspensions et prier pour que les « pépites » restent encore quelques semaines de plus pour engranger quelques points.

Alors oui, le Sporting a été. Aujourd’hui, il n’est plus ce qu’il fut. Et peut-être est-ce là son plus grand drame : devoir sans cesse se mesurer à ce qu’il n’est plus. Plutôt que de chercher à redevenir ce qu’il a été. Il lui appartient désormais de trouver les solutions pour construire ce qu’il veut redevenir.