César, un crématorium animalier pour accompagner le deuil en Corse

Written on 11/07/2026
Jeanne Soury

Né d'une expérience douloureuse, le projet César doit permettre aux propriétaires d'animaux de compagnie de faire incinérer leur compagnon en Corse-du-Sud, sans avoir à envoyer sa dépouille sur le continent. Porté par Marion Morini et son associée Sandra Gaggioli, le centre a déjà son bâtiment, situé sur la commune de Peri. Son ouverture est espérée fin janvier 2027, sous réserve des dernières autorisations.

L'ouverture du premier crématorium pour animaux en Corse est espéré pour la fin janvier 2027 (© Marion Morini)

Pour Marion Morini, le projet César est avant tout une histoire personnelle. Il y a un peu plus de trois ans, après la perte de son chien, elle doit envoyer sa dépouille sur le continent pour qu'il y soit incinéré. Elle ne récupérera ses cendres que deux mois plus tard, sans pouvoir s'assurer qu'il s'agit bien de celles de son animal. Une épreuve qui lui fait prendre conscience de l'absence de structure adaptée en Corse et lui donne l'idée de créer son propre centre, situé sur la commune de Peri, avec son associée Sandra Gaggioli.

Le nom du projet, César, est d'ailleurs celui de son chien. « C'est plus qu'un hommage que je lui rends. J'aurais tellement voulu, moi, avoir ce service », confie-t-elle.

Jusqu'à présent, les dépouilles des animaux étaient prises en charge par une entreprise continentale, dont les collectes pouvaient n'avoir lieu que tous les quinze jours, voire une fois par mois. Une organisation contraignante pour les cliniques vétérinaires, mais aussi pour les propriétaires, confrontés à de longs délais avant de récupérer les cendres de leur compagnon.

En lançant son projet, Marion Morini ne s'attendait pas à susciter autant de réactions. « Je pensais pas que ça puisse créer autant d'émulation. Pour certaines personnes, un animal, c'est un membre à part entière de la famille », souligne-t-elle.

César entend ainsi réduire l'attente à environ une semaine, avec des collectes du lundi au vendredi et une crémation organisée dans la foulée. Les propriétaires pourront récupérer les cendres chez leur vétérinaire ou à domicile, mais aussi se rendre directement sur place pour assister à la crémation.

Autre enjeu central pour la fondatrice : la traçabilité. Chaque animal devra être identifié tout au long de sa prise en charge. « Il est hors de question que l'animal qui revient chez le propriétaire ne soit pas le bon animal. Il sera identifié, ce sera tracé de l'enlèvement jusqu'à la crémation », assure-t-elle.

Un lieu pour se recueillir et faire ses adieux

Au fil des échanges avec les propriétaires, le projet s'est aussi construit autour d'une dimension plus intime : celle du deuil. « Les gens nous ont demandé un jardin du souvenir avec un olivier, une salle de recueillement. C'est un truc de dingue, parce qu'en fait, ils demandent exactement la même chose que pour un être humain », raconte Marion Morini. Les services d’un conseiller funéraire seront également disponibles. 
 

Jusqu'à présent, les dépouilles des animaux étaient prises en charge par une entreprise continental

La question du prix fait également partie de ses priorités. Elle évoque des factures pouvant atteindre 400 à 500 euros pour la crémation d'un chien de dix kilos, selon les prestations proposées sur le contient. César souhaite pratiquer des tarifs légèrement inférieurs à ceux du continent, tout en affichant clairement les prix facturés aux particuliers comme aux cliniques vétérinaires. « Au moins, c'est clair par rapport aux gens. Personne ne pourra faire du gras là-dessus », insiste-t-elle.

Une ouverture espérée début 2027

Si le bâtiment est désormais construit, le centre doit encore franchir plusieurs étapes réglementaires, notamment une enquête publique dans le cadre de la procédure environnementale. Pour les deux associées, le plus difficile a été de trouver un terrain et une commune prête à accueillir le projet. L'implantation doit notamment respecter des distances minimales de 100 mètres par rapport aux habitations et de 30 mètres par rapport aux cours d'eau. Mais ces critères ne suffisent pas à garantir l'aboutissement du projet : selon Marion Morini, l'opposition d'une commune peut à elle seule bloquer l'installation, même lorsque le terrain est disponible et que les distances réglementaires sont respectées. « La lourdeur administrative est terrible », résume-t-elle.

Le dossier a été déposé en préfecture le 25 septembre, après une phase d'instruction engagée en juin. L'enquête publique doit encore avoir lieu avant une autorisation d'ouverture, espérée pour la fin janvier 2027.

Un second projet serait également en préparation du côté d'Aléria, en Haute-Corse. Une perspective que Marion Morini accueille favorablement, au regard des sollicitations reçues sur l'ensemble de l'île.