Alors que le Sénat examine le projet de loi constitutionnelle sur l'autonomie de la Corse, une enquête de l'IFOP révèle un soutien majoritaire à l'échelle nationale, en hausse de cinq points par rapport à 2025. Sur l'île, 77 % des personnes interrogées se déclarent favorables à un statut d'autonomie de plein droit et de plein exercice.
Le soutien à l’autonomie de la Corse dépasse désormais les frontières de l’île. Selon une enquête de l'IFOP commandée par Régions et Peuples Solidaires auprès de 9 689 Français et complétée par une enquête spécifique auprès de 516 Corses, 57 % des Français se déclarent favorables à ce que la Collectivité de Corse bénéficie d'une autonomie de plein droit et de plein exercice. C'est cinq points de plus qu'en 2025, où cette proportion s'établissait à 52 %. L'adhésion concerne également le projet de loi constitutionnelle actuellement examiné au Sénat : 62 % des Français souhaitent que les sénateurs votent en sa faveur. Des résultats qui s’inscrivent dans un contexte plus large de demande de décentralisation. Selon les chiffres de l’enquête, 74 % des Français souhaitent que les décisions soient prises au niveau régional, parfois dans un climat de défiance vis-à-vis des autorités centrales parisiennes. Par ailleurs, 58 % se déclarent favorables à ce que d'autres régions puissent bénéficier d'un statut renforçant leurs spécificités.
Un soutien qui traverse les clivages politiques
Autre conclusion de l’étude : le soutien au projet d’autonomie ne se limite pas à une seule famille politique. Ainsi, 70 % des électeurs actuels de Jean-Luc Mélenchon, 63 % des électeurs de Marine Le Pen et 58 % des électeurs de Marine Tondelier se disent favorables à l’autonomie de la Corse. Un soutien un peu plus modéré pour les électeurs actuels de Raphaël Glucksmann (43 %), Gabriel Attal (52 %) ou Édouard Philippe (47 %). Selon François Kraus, directeur du pôle « Politique/Actualités » de l'IFOP, « cette enquête dessine une France où s’exprime un besoin de reconnaissance territoriale et institutionnelle des identités régionales autant qu’une demande de décentralisation générale ». « La demande de pouvoir local y est massive, transpartisane mais nourrie par le rejet de Paris. Ce soutien à une décentralisation différenciée observé dans l’enquête - « moins de Paris », rejet du « redécoupage », soutien au principe de « fédéralisme » - semble en effet boosté par une dynamique de rejet de l’État central, portée entre autres par une défiance générale à l’égard des institutions et la montée en puissance des votes protestataires (RN, LFI). »
En Corse, un soutien encore plus marqué
Sur l'île, l'adhésion au principe de l'autonomie est plus forte encore. Selon les résultats de l’enquête, 77 % des Corses interrogés se déclarent favorables à un statut d'autonomie de plein droit et de plein exercice. Ils sont également 66 % à souhaiter que les sénateurs votent en faveur du projet de loi constitutionnelle. Plusieurs dispositions recueillent des niveaux d'approbation élevés. Par exemple, la reconnaissance dans la Constitution d'une communauté insulaire corse, caractérisée notamment par son histoire, sa langue et sa culture, est soutenue par 87 % des répondants. La possibilité pour la Collectivité de Corse d'adapter certaines lois dans ses domaines de compétence recueille 82 % d'avis favorables.
La langue corse et le statut de résident, des différences qui persistent
Si le soutien à l'autonomie est majoritaire, toutes les mesures ne recueillent pas le même niveau d'adhésion en Corse et sur le continent. La co-officialité de la langue corse et du français est ainsi soutenue par 79 % des Corses interrogés, contre 54 % des Français. Le statut de résident, susceptible d'encadrer l'accès à la propriété, recueille quant à lui 72 % d'avis favorables en Corse, contre 49 % sur le continent. Mais selon François Alfonsi, président de Régions et Peuples Solidaires, cette étude montre quand même que les revendications régionales « sont en progression, et elles rencontrent un assentiment croissant au sein de la population française en général ».
« En bonne démocratie, ces aspirations, confirmées sondage après sondage, devraient générer un débat politique fructueux. En France, elles sont mises sous le boisseau jacobin, ou systématiquement diabolisées par les intégristes constitutionnalistes qui se sont notamment déchaînés contre l’autonomie de la Corse », affirme-t-il. « Il est plus que temps pour la France de sortir de sa posture jacobine, pour faire droit aux revendications démocratiques issues de la diversité de ses territoires. C’est le sentiment croissant d’une majorité de Français, et c’est la demande pressante de ces territoires dont on a jusque-là occulté l’Histoire, la langue et la culture au nom d’une vision uniformisante et factice de l’identité française. »