Champignons en Corse : une saison qui se prépare, et quelques précautions à garder en tête

Written on 11/02/2026
Jeanne Soury

Les pluies récentes sont favorables à la pousse des champignons, même si tous les secteurs de l’île ne sont pas au même stade. Présidente de la Société mycologique et botanique d’Ajaccio, Brigitte Ledentu observe une saison décalée et rappelle les bons réflexes à adopter pour profiter des cueillettes sans prendre de risques.

Pour les amateurs de champignons, les pluies sont une bonne nouvelle. Encore faut-il que les températures suivent. « Il faut que le sol soit mouillé, mais qu’il fasse bon », résume Brigitte Ledentu. Présidente de la Société mycologique et botanique d’Ajaccio (SMBA), elle suit de près cette saison qui s’installe progressivement sur l’île. En Castagniccia, les champignons sont déjà bien présents. Autour d’Ajaccio, il faudra encore patienter un peu. « On va être les derniers à en avoir », sourit-elle.

Mais d’une saison à l’autre, les repères changent. « Les poussées sont décalées d’un mois au moins », constate la mycologue, qui associe ce glissement au changement climatique et dit observer le même phénomène sur le continent. La pousse dépend de plusieurs facteurs, notamment de l’humidité, de la température et des arbres sous lesquels les espèces se développent.

Cette diversité, Brigitte Ledentu la connaît bien. Avec une centaine d’adhérents, la SMBA organise des sorties et des séances de formation pour apprendre à reconnaître les champignons, mais aussi à comprendre leur environnement. Un apprentissage qui n’a rien de superflu : une récolte peut réserver de mauvaises surprises, même à des cueilleurs qui ont déjà de l’expérience.

« Ça peut vous orienter », mais pas garantir une identification

Brigitte Ledentu en a récemment fait le constat : des cueilleurs ayant déjà participé aux sorties de l’association avaient mélangé des champignons comestibles et toxiques. « Pour moi, c’est la première chose à éviter », insiste-t-elle. Pour limiter les risques de confusion, elle conseille de séparer les espèces dès la cueillette. « On prend un panier avec un papier journal, et on essaie de faire deux compartiments : d’un côté ceux qu’on connaît bien, puis de l’autre côté ceux qu’on ne connaît pas. » Une façon de garder les champignons douteux à part, le temps de les faire identifier. Car même après plusieurs sorties sur le terrain, certaines confusions restent possibles. Et si les outils numériques peuvent donner une première indication, ils ne suffisent pas toujours à lever le doute.
 

Alors que certains cueilleurs se tournent vers l’intelligence artificielle pour identifier leurs trouvailles, la présidente de la SMBA appelle à la prudence. « L’intelligence artificielle peut vous orienter », reconnaît-elle. Mais une photographie ne donne pas nécessairement à voir tous les détails nécessaires : « Il y a les lamelles, le chapeau, le pied, tout dépend comment on a pris la photo, c’est pour cela qu’il y a eu beaucoup d’intoxications dues à l’intelligence artificielle. »  

Pour elle, reconnaître un champignon demande d’observer plusieurs caractéristiques, et pas seulement de se fier à une image ou à une réponse générée automatiquement. La SMBA propose justement des séances de détermination chaque lundi, de 17 heures à 19 h 30. Les cueilleurs peuvent y apporter leurs récoltes pour faire examiner les spécimens et apprendre à mieux distinguer les espèces.


Les photos de cueillette, une autre source d’inquiétude

Sur le terrain, quelques gestes permettent déjà de faciliter cette identification. « Si on le coupe, il y a des informations au bout du pied du champignon, qui sont importantes », explique Brigitte Ledentu. Mieux vaut donc conserver le champignon entier, afin de ne pas perdre des éléments utiles à sa reconnaissance. L’odeur ne suffit pas davantage à se prononcer. En cas de doute, le plus sûr reste de faire vérifier sa récolte avant de la consommer. 

Brigitte Ledentu s’inquiète aussi des photos de récoltes abondantes publiées sur les réseaux sociaux, qui peuvent attirer des cueilleurs vers les coins les plus fournis. Elle affirme avoir vu des personnes venues notamment d’Italie et de Roumanie ramasser des champignons en grande quantité, à bord de fourgonnettes. Une cueillette qui, rappelle-t-elle, s’inscrit aussi dans un marché commercial important.

En attendant que la saison se développe dans les différents secteurs de l’île, les amateurs peuvent aussi s’appuyer sur les associations mycologiques pour progresser. Les quatre associations corses, situées à Ajaccio, Bastia, Île-Rousse et Porto-Vecchio, participent à un travail de recensement des espèces : les spécimens sont conservés et documentés au Conservatoire botanique de Corse, à Corte, avec des informations sur leur localisation et leur environnement.

Avec une saison qui s’annonce progressivement dans les sous-bois, les amateurs peuvent ressortir leurs paniers. Brigitte Ledentu rappelle toutefois que la cueillette demande quelques connaissances, que les associations mycologiques sont là pour transmettre, et qu’en cas de doute, mieux vaut faire examiner sa récolte avant de la consommer.