À Bastia, les lycéens dans la rue pour réclamer une école à la hauteur de leurs ambitions

Written on 10/13/2026
Manon Venturi

Des lycéens se sont mobilisés devant les locaux de l'inspection d'académie de Haute-Corse de Bastia ce mardi 13 octobre, pour dénoncer le manque de moyens dans l’Éducation nationale. Bâtiments dégradés, absence de personnel, journées à rallonge : derrière les revendications nationales, les jeunes veulent aussi faire entendre les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien.

Ce mardi 13 octobre, des lycéens se sont rassemblés devant le rectorat à Bastia pour réclamer davantage de moyens et de meilleures conditions d’apprentissage.

"On ne peut pas continuer comme ça." À 17 ans, Aiden Angeli, élève de terminale au lycée Giocante-de-Casabianca, à Bastia, ne mâche pas ses mots. Comme d’autres lycéens mobilisés ce mardi 13 octobre, elle est venue défendre une école qu’elle estime aujourd’hui en difficulté. Depuis plusieurs semaines, les élèves multiplient les actions pour réclamer davantage de moyens et de meilleures conditions d’apprentissage. Cette fois, c’est devant le rectorat de l’académie de Corse qu’ils ont choisi de porter leur voix. Pour Aiden, la mobilisation dépasse largement les revendications sur le papier. Elle touche directement à son quotidien. Interne dans son établissement, elle décrit des locaux où la moisissure s’installe sur les murs et les plafonds: "À l’internat, on a de la moisissure sur les murs, sur le plafond. C’est sale de partout", déplore-t-elle.
 

Au-delà de l’état des bâtiments, c’est aussi le manque de personnel qui inquiète la lycéenne. Elle évoque notamment les difficultés d’accès à la psychologue scolaire et au conseiller d’orientation, présent seulement le jeudi matin: "Je crois qu’on est 1 200 ou 1 300 dans mon lycée. Ce n’est vraiment pas assez", estime-t-elle. Pour les élèves, ces absences ne sont pas anodines : elles pèsent sur leur accompagnement, leur santé et leur avenir.


"Je pense à tous les élèves de France"

La contestation ne se limite pas aux murs des établissements. Elle vise aussi les conditions d’enseignement et la charge de travail imposée aux élèves. Aiden pointe des emplois du temps parfois particulièrement lourds, avec des journées qui peuvent s’étirer jusqu’à 18 heures. Elle-même a cours le mercredi après-midi: "Les élèves sont épuisés par rapport au nombre d’heures qu’on nous soumet", observe-t-elle. Derrière ces difficultés, elle voit les conséquences d’un manque d’investissement dans l’éducation. Mais surtout, elle refuse de réduire le combat à sa propre situation: "Dans ma classe, il y a beaucoup d’élèves qui disent que, puisque ça ne leur fait rien dans la vie de tous les jours, ils ne vont pas se battre. Mais moi, je pense à ma condition, à tous les élèves de France et à tous les futurs élèves".
 

Sa petite sœur est encore à l’école primaire. Un détail qui donne à son engagement une dimension plus personnelle, tournée vers l’avenir: "J’ai envie qu’ils aient une meilleure éducation, parce que là, c’est vraiment déplorable", insiste-t-elle. Pour elle, les jeunes ne peuvent pas rester spectateurs de décisions qui déterminent leurs conditions d’apprentissage: "Les futures générations, c’est le futur du pays. Sans les jeunes, il n’y a plus rien. Il faut qu’on puisse se faire entendre".


"Nous cherchons à amplifier la pression"

À l’initiative de la manifestation, Joseph Battistelli, élève de terminale de 17 ans au lycée du Fango, assume son rôle dans le mouvement. Après les blocages organisés ces dernières semaines, le lycéen veut maintenir la mobilisation et empêcher que les revendications ne retombent dans l’oubli: "Nous cherchons actuellement à amplifier la pression, car nous savons que si nous la relâchons, le gouvernement pourra balayer nos revendications d’un revers de main", explique-t-il. Le choix de se rassembler devant le rectorat n’est pas anodin. Pour les jeunes mobilisés, il ne s’agit plus seulement d’interpeller les directions des établissements, mais de s’adresser directement à l’institution chargée de l’Éducation nationale: "Bloquer le lycée ne sert à rien, étant donné que nous avons déjà discuté avec notre proviseur. L’académie représente directement l’Éducation nationale. Nous allons donc chercher au cœur du problème", justifie le lycéen.


Dans le même établissement, les difficultés sont concrètes. Il cite notamment l’absence récurrente de l’infirmière, qui ne serait présente qu’une à deux fois par mois selon lui. Il évoque également des élèves restés plusieurs mois sans professeur de spécialité, ainsi que les problèmes rencontrés par les internes, entre chauffage défaillant, difficultés d’accès à l’eau et dégradations des plafonds. Pour autant, Joseph Battistelli tient à souligner que la mobilisation ne se résume pas aux problèmes propres à son lycée. Il reconnaît que le dialogue reste possible avec la direction de son établissement, mais estime que les revendications doivent être portées à une échelle plus large: "Nous avons malgré tout beaucoup de chance. Notre proviseur est à l’écoute", reconnaît-il. Une nuance qui n'affaiblit pas son engagement, bien au contraire : le lycéen revendique une solidarité avec les autres établissements corses et ceux du continent.


"Ils méritent d’être entendus"

Aux côtés des élèves, les personnels de l’Éducation nationale défendent eux aussi leurs revendications. Sonia Pruvot, secrétaire de la CGT Éducation et professeure d’histoire-géographie au lycée du Fango, estime que la situation n’a pas évolué malgré les annonces du gouvernement: "Dans la réalité, ce qu’on voit au budget, c’est une nouvelle diminution des moyens de l’Éducation nationale, avec 1 500 postes en moins l’année prochaine dans le second degré", affirme-t-elle. Pour l’enseignante, les annonces concernant les remplaçants ne suffisent pas à masquer les difficultés structurelles auxquelles les établissements sont confrontés.


Sonia Pruvot insiste sur la démarche des lycéens, qui ont choisi de se mobiliser malgré les pressions et la crainte de prendre du retard dans leurs programmes: "Ils sont venus, ils se sont déplacés, ils ont parfois désobéi. C’est avec courage qu’ils sont descendus, et ils méritent d’être entendus", souligne-t-elle. Les représentants de la mobilisation ont ainsi demandé à être reçus par les services académiques, afin que les jeunes puissent exposer directement leurs inquiétudes. Une rencontre qui permettrait, selon l’enseignante, de donner toute sa place au dialogue social. Reste à savoir si cette mobilisation permettra d’obtenir des réponses concrètes. Pour Aiden, l’enjeu est déjà clair : défendre une école qui donne aux jeunes les moyens d’apprendre, de se construire et de préparer leur avenir. Car derrière les murs dégradés, les heures de cours et les postes manquants, c’est bien la place accordée à la jeunesse dans la société qui se joue. Et les lycéens bastiais entendent bien ne pas laisser leur voix se perdre dans le silence des institutions.