En ce premier jour de grève, les pilotes d’Air Corsica affirment ne pas avoir choisi le mouvement « par facilité » et renvoient la responsabilité du blocage à la direction. Ils disent toutefois rester disponibles immédiatement pour parvenir à une issue au conflit, tout en dénonçant deux années de dégradation de leurs conditions de travail, des salaires gelés et des alertes restées, selon eux, sans réponse sur les problèmes techniques.
Le conflit social entre Air Corsica et ses pilotes entre dans sa première journée. Alors que le préavis de grève déposé par les organisations représentatives des personnels navigants techniques court jusqu’au 16 octobre, les pilotes assurent vouloir reprendre les discussions pour mettre fin au mouvement dans un communiqué de presse signé par l'ensemble des personnels navigants techniques grévistes. « Les pilotes d’Air Corsica n’ont pas choisi la grève par facilité », écrivent-ils dans un nouveau communiqué diffusé ce vendredi. Ils décrivent une décision « exceptionnelle et douloureuse » pour une profession dont « une grande majorité est insulaire », et réaffirment leur attachement « à notre île, à notre compagnie et aux Corses que nous transportons chaque jour ». Au terme de leur texte, ils lancent un appel direct à la direction : « Nous sommes disponibles sans délai pour mettre fin à ce conflit dans l’intérêt de tous. »
Des concessions jugées insuffisantes
Les pilotes expliquent que « les limites ont été atteintes » après deux années, selon eux, de dégradation des congés, de gel des salaires et des conditions de travail. Ils évoquent également des « alertes répétées sur les problèmes techniques » ainsi que des moyens humains qu’ils estiment insuffisants « pour garantir la sécurité des vols ». Le différend porte notamment sur les mesures salariales présentées ces derniers jours par la direction. Air Corsica avait fait valoir une augmentation significative, en deux étapes durant l’année 2027, ainsi qu’un accompagnement de la rémunération des pilotes touchés par l’activité partielle liée à l’immobilisation des ATR. Les personnels navigants techniques contestent toutefois cette présentation. Ils estiment que le débat ne peut être réduit à « l’affirmation selon laquelle les pilotes gagneraient des milliers d’euros » et dénoncent une vision qui, selon eux, occulte « les concessions considérables » accordées depuis deux ans.
« Cette grève porte avant tout sur ce qui nous a déjà été retiré, sur des droits qui étaient acquis et promis, et sur la manière dont le dialogue social est aujourd’hui conduit », soutiennent-ils. Les pilotes affirment qu’un compromis restait envisageable mercredi. Ils indiquent avoir accepté « une restitution de certains de leurs avantages », mais accusent la direction d’avoir fait « volte-face » sur une proposition qu’elle aurait elle-même formulée quelques jours auparavant. « Comment construire un dialogue de confiance lorsqu’un compromis envisagé peut être retiré du jour au lendemain ? », interrogent-ils.
La crise des ATR comme point de tension supplémentaire
Le nouveau communiqué remet également au premier plan la crise technique qui affecte la flotte ATR de la compagnie. Cinq appareils sur sept sont actuellement immobilisés, dans l’attente de l’identification de l’origine des odeurs persistantes signalées dans certains cockpits. Les pilotes estiment que la question ne relève pas seulement d’une difficulté ponctuelle, mais d’alertes accumulées. Ils dénoncent également les conséquences économiques du recours aux affrètements, alors que la direction avait chiffré leur coût à un peu plus d’un million d’euros par mois au rythme actuel.
« Comment expliquer aux Corses que l’affrètement d’avions va coûter des centaines de milliers d’euros, alors que le respect des engagements pris par la direction serait dans une logique de préservation de l’emploi et de bon fonctionnement de la compagnie et coûterait la moitié des dépenses d’affrètement ? », avancent-ils. Les pilotes récusent par ailleurs l’idée qu’ils feraient peu de cas des difficultés rencontrées par les voyageurs, notamment les personnes contraintes de se rendre sur le continent pour des soins. « Nous les connaissons mieux que personne. Nous sommes Corses, nous sommes leurs pilotes, leurs voisins, leurs familles », écrivent-ils, rappelant mesurer ce que représente la continuité territoriale.
À leurs yeux, opposer les passagers aux grévistes serait une « manœuvre dommageable » pour l’île. « Faire des efforts doit être collectif », plaident-ils, en refusant « d’accepter indéfiniment de perdre du pouvoir d’achat et d’avoir des conditions de travail dégradées ». Les pilotes affirment ne pas réclamer un « traitement de faveur », mais demandent qu’Air Corsica « écoute ceux qui la font voler ». Ils estiment que le dialogue aurait dû permettre d’éviter la grève et se disent, désormais, disposés à le reprendre rapidement.
Dans le contexte du mouvement de grève des pilotes, Air Corsica affirme toujours "mobiliser des moyens exceptionnels afin de maintenir le plus grand nombre possible de liaisons." sans donner pour le moment un bilan chiffré aussi bien au niveau du nombre de pilotes grévistes qu'au niveau des perturbations. La compagnie insulaire ajuste chaque jour son programme des vols en mobilisant affrètements et bus pour permettre aux passagers concernés de rejoindre leur destination dans les meilleures conditions possibles.