En Corse, un nouveau parcours pour permettre aux danseurs professionnels de continuer à se former

Written on 10/13/2026
Léana Serve

Pour la première fois, un parcours de formation continue itinérant en danse contemporaine va être proposé aux professionnels de l’île. Porté par La Danzateria et la Compagnie Bal’Dilà, en partenariat avec le Centre national de la danse, le dispositif entend répondre à un manque identifié depuis longtemps : en Corse, les danseurs professionnels doivent encore largement quitter l’île pour continuer à se former.

Le chorégraphe Yuval Pick sera à Bastia du 18 au 20 octobre (Photo : Sébastien Érôme)

« On doit partir sur le continent et on n’a pas de training régulier. » Pour les danseurs professionnels installés en Corse, le constat est simple. Une fois leur formation terminée, les possibilités de continuer à s’entraîner, de rencontrer de nouveaux chorégraphes ou d’explorer d’autres pratiques restent limitées sur l’île. C’est notamment ce qu’a vécu Laetitia Brighi, rentrée en Corse après plusieurs années passées sur le continent. « Je suis rentrée en Corse il y a quelques années et j’ai souffert de ça », témoigne-t-elle. Pendant la période du Covid, les cours en visioconférence avaient permis de maintenir une certaine continuité. Mais lorsque ces dispositifs se sont arrêtés, le manque s’est rapidement fait sentir. « C’est compliqué de s’entraîner parce que s’entraîner seul, c’est un peu comme une équipe de foot qui ne serait pas coachée. On a besoin de cet entraînement, sinon on est moins performant physiquement. Et prendre des cours, avoir des intervenants, permet de favoriser l'imagination et d'échanger. »
 

Face à cette situation, l’idée a d’abord été de trouver des solutions localement, notamment en organisant des cours entre professionnels. Mais Laetitia Brighi et Mathéa Rafini, à l’origine de cette initiative, ont rapidement souhaité aller plus loin. Le choix s’est alors porté sur un partenariat avec le Centre national de la danse (CND). Une manière de faire venir en Corse des artistes reconnus tout en créant un lien durable avec le réseau chorégraphique national. « C'était vraiment l'occasion de créer un pont et des rencontres, et ça fait aussi partie de leur mission de développer ce genre de formation dans les lieux dépourvus de structures. En Corse, on a des formations pour se professionnaliser, mais après, on n’a plus rien. »
 

Le projet a été construit avec les équipes du CND de Paris et de Lyon. Un questionnaire diffusé auprès des professionnels de la danse de l’île a permis d'identifier leurs besoins : formats souhaités, périodes les plus adaptées ou encore intérêt pour des cours à distance. À partir de ces réponses, le CND a construit une programmation, dont la première session se déroulera du 18 au 20 octobre à Bastia, avec le chorégraphe Yuval Pick, autour de sa méthode Practice. « C’est vraiment une grande personnalité de la danse contemporaine, il a développé sa propre technique, et on a rarement l’occasion de pratiquer avec lui », s’enthousiasme Laetitia Brighi. « C’est aussi un échange avec les autres professionnels parce qu’on a rarement l'occasion de tous se réunir pour travailler ensemble. C'est vraiment chouette. » D’autres rendez-vous sont ensuite prévus avec Julien Monty, et à Ajaccio avec Prue Lang.
 

Un caractère itinérant du dispositif qui n’a rien d’anodin. « On est tous répartis sur l'île donc il fallait qu'il y ait un maximum de personnes qui puissent bénéficier de ce dispositif sans que ce soit toujours aux mêmes à se débrouiller pour venir ou financer un logement. » Derrière ce projet se joue aussi une question plus large : celle de l’avenir de la filière chorégraphique en Corse. « Il y a beaucoup de danseurs qui partent », affirme Laetitia Brighi. « C'est bien de partir parce que ça permet aussi de se confronter à ce qui se passe ailleurs, mais pas tout le monde n’a les moyens de le faire. On espère que ça va aussi permettre pour nous, pour les compagnies, de garder aussi nos bons danseurs ici. »
 

Le projet bénéficie cette année du soutien financier de la Collectivité de Corse et est présenté comme un dispositif pilote. À terme, les organisatrices souhaitent obtenir la certification Qualiopi, qui permettrait aux participants de faire prendre en charge ces formations au titre de la formation professionnelle. « J’espère qu’on va pouvoir continuer cette formation, et que les professionnels vont entendre parler de ce dispositif, parce qu’on n’arrive pas encore à tous les répertorier. » Entre quinze et vingt danseurs sont dores et déjà attendus lors de la première session.