In Giru : en Corse, le covoiturage cherche sa place

Written on 09/28/2026
Jeanne Soury

Pour se déplacer en Corse, la voiture reste souvent incontournable. Dans les villages éloignés des grands axes comme pour certains trajets entre les principales villes, les transports collectifs ne répondent pas toujours aux besoins de chacun. Lancée il y a trois mois, une plateforme de covoiturage 100 % corse tente de structurer une pratique qui existe déjà, mais souvent de manière informelle.

Depuis 3 mois, Paola Zerbi-Polloni a créé une plateforme de covoiturage 100% corse

Pour aller travailler, rejoindre une ville voisine, se rendre à l'aéroport ou simplement rentrer chez soi, la voiture reste souvent difficile à éviter en Corse. Les transports collectifs ne desservent pas tous les villages et, lorsqu'ils existent, leurs horaires ne correspondent pas toujours aux contraintes du quotidien.

Alors, lorsque l'on ne conduit pas ou que l'on cherche simplement à réduire ses frais de déplacement, il reste parfois le système D : demander à un proche, passer par son entourage ou rejoindre un groupe de covoiturage sur les réseaux sociaux.

C'est justement à partir de ce constat qu'a été lancée In Giru, une plateforme de mise en relation entre conducteurs et passagers. Depuis trois mois, elle permet aux Corses de proposer ou de rechercher un trajet sur l'île.

L'idée est née d'une situation vécue par sa fondatrice, Paola Zerbi-Polloni. Originaire de Zonza, âgée de 28 ans, elle vit aujourd'hui entre Ajaccio et son village. Confrontée elle-même à des difficultés de mobilité, elle cherche d'abord une solution existante. « Je connaissais bien BlaBlaCar sur le continent », raconte-t-elle. Mais en cherchant des trajets en Corse, elle constate qu'il y en a peu. « Je me suis dit : pourquoi BlaBlaCar marche sur le continent et pas ici ? »

Elle commence alors à s'intéresser aux déplacements sur l'île. « Il y a des problèmes de mobilité importants », estime-t-elle, notamment pour les étudiants, les seniors ou encore les saisonniers. « Il y a des villages qui sont parfois très ruraux, assez reculés aussi. Il est parfois plus simple de rejoindre le continent que son propre village. »

« Pourquoi BlaBlaCar marche sur le continent et pas ici ? »

À cela s'ajoute le coût des déplacements. « L'aspect économique, je pense que ça impacte tout le monde », souligne-t-elle, alors que le prix du carburant pèse sur les automobilistes. Le covoiturage permet aussi, selon elle, de réduire les émissions de CO2 en partageant un même trajet.

Trois mois après son lancement, 370 trajets ont été publiés sur la plateforme. Certains jours, elle enregistre jusqu'à 190 passage sur son site. Des premiers chiffres qui ont surpris sa fondatrice : « Honnêtement, je ne m'attendais pas à ça. » Les trajets les plus fréquents donnent surtout un aperçu des besoins. « Ce sont les trajets où le train ne passe pas », explique-t-elle, en citant notamment Ajaccio-Porto-Vecchio et Bastia-Bonifacio. Les aéroports et certains points de départ du GR20 ont également concentré des demandes pendant l'été.

Le covoiturage n'est pourtant pas nouveau en Corse. Il s'organise déjà entre proches ou sur des groupes de discussion. « Il y a beaucoup de groupes WhatsApp de covoiturage », constate Paola Zerbi-Polloni. Mais ces réseaux restent, selon elle, parfois difficiles à organiser. L'enjeu pour In Giru est donc de structurer une pratique qui existe déjà, tout en parvenant à réunir suffisamment de conducteurs et de passagers. « L'inconvénient du marketplace, c'est qu'il faut qu'il y ait assez de flux pour que ça marche », reconnaît-elle.

Des ambitions au-delà des trajets ponctuels

La fondatrice travaille désormais sur une deuxième version du service, avec une application destinée notamment à faciliter la mise en relation entre les demandes et les trajets proposés. Elle souhaite aussi développer le covoiturage domicile-travail, en nouant des partenariats avec des entreprises.

À plus long terme, elle vise une couverture de 75 % du territoire corse et environ 400 trajets par mois, soit près de 5 000 par an.

Depuis son lancement, près de 370 trajets ont été publiés sur la plateforme (© In Giru)

Et si le modèle trouve sa place sur l'île, elle imagine déjà pouvoir le développer ailleurs en Méditerranée, notamment en Sardaigne, avec laquelle elle voit des problématiques communes liées à l'insularité.

Mais avant de penser à cinq ans, un premier test attend la plateforme : l'hiver. Après les déplacements liés à la saison touristique, il faudra voir si les besoins du quotidien suffisent à maintenir suffisamment de trajets. « L'hiver, ça va être la grande question : est-ce qu'il y a une masse critique suffisante ? », reconnaît Paola Zerbi-Polloni.

Pour l'heure, In Giru n'en est donc qu'à ses débuts. Mais dans une île où la voiture reste souvent indispensable, le covoiturage pourrait constituer une solution supplémentaire pour faciliter certains déplacements, réduire leur coût économique mais aussi… écologique.