Corte - Pierre-François di Cara et le domaine Saint-Jean : "s’agit-il véritablement du château d’Ugo Colonna ?"

Written on 09/16/2026
Mario Grazi

Dans le cadre des Journée Européennes du Patrimoine, la Société Historique de Corte propose une conférence de Pierre-François di Cara sur le site de Poggio del Palazzo du Domaine Saint-Jean. A cette occasion, le doctorant va présenter les résultats des dernières recherches concernant le site et surtout la présence du supposé château d’Ugo Colonna, décrit dans la Chronique de Giovanni della Grossa. Une conférence particulièrement intéressante qui va dévoiler beaucoup de choses surprenantes…

Les célébrations religieuses ont encore lieu dans l'éghlise de Saint-Jean, comme ici à l'occasion des célébrations en l'honneur de Notre-Dame de Fatima. (Mario Grazi)

Pierre-François di Cara est doctorant à l’UMR Liza 6240, un des laboratoires de l’Université de Corse. Il poursuit une thèse sur les élites du nord-est de la Corse entre les XIIe et XIIIe siècles, c’est-à-dire l’époque médiévale. Un travail qu’il réalise sous la direction de Mavina Marchi-Van Cauwenaert, professeur à l’Université de Corse, et Daniel Istria, archéologue, directeur de recherches au CNRS.


Dans le cadre de cette thèse, il accompagne ses directeurs sur des travaux qu’ils mènent personnellement à travers des fouilles sur le site de Poggio del Palazzo, sur le Domaine Saint-Jean de Corte, haut lieu du Moyen-Âge en Corse car durant très longtemps les archéologues et les historiens ont pensé que ce site renfermait le siège, le château d’Ugo Colonna, qui aurait été un prince romain, selon la célèbre chronique de Giovanni della Grossa.


« Ce dernier était un chroniqueur du XVe siècle sur lequel a travaillé ma directrice de recherches durant plusieurs années. Elle a d’ailleurs monté un projet européen qui a eu des financements permettant de faire une édition numérique de cette chronique. La suite de ce travail a été d’aller interroger les lieux mentionnés dans cette chronique pour vérifier si Giovanni della Grossa a raison sur cette période assez reculée de l’histoire de la Corse, c’est-à-dire entre l’écriture de la chronique, au XVe siècle, et le début du IXe siècle, date pour laquelle a été retenu ce lieu. Et bien sûr la question de savoir s’il s’agit bien du château d’Ugo Colonna, a été soulevée », a développé Pierre-François di Cara. Ce lieu de fouilles est situé sur la colline à l’ouest du baptistère, face à l’ancien camp de détention de la Légion Etrangère.


Outre donc la présence de l’église pievane et du baptistère, il existe les ruines d’un bâtiment pour lequel deux générations d’historiens se « déchirent » sur ces ruines qui « auraient pu être celles du château d’Ugo Colonna. Des ruines qui avaient été mises au jour par Geneviève Moracchini-Mazel, archéologue et historienne de l’art, lors d’une première campagne au début des années 1970. Elle en avait déduit qu’il s’agissait bien du château d’Ugo Colonna ».
Plus récemment d’autres archéologues et historiens étaient revenus sur ces conclusions en soutenant que ces ruines correspondaient en fait « à un entrepôt agricole datant du XVIIe siècle ou au XVIIIe siècle.»
«L’archéologie et ses méthodes d’investigation ont énormément changé depuis et mes directeurs de recherches se sont mis d’accord pour investir à nouveau les lieux à travers un projet pluridisciplinaire archéologique et d’histoire dont le but est aujourd’hui de répondre à cette question : s’agit-il véritablement du château d’Ugo Colonna ? », a poursuivi Pierre-François di Cara.


Ainsi, depuis 2024, les fouilles se poursuivent sur le site. Mais est ce que les moyens archéologiques et techniques actuels permettent de répondre à cette question ?
Cette nouvelle campagne de fouilles va se poursuivre durant plusieurs années puisque le site est déjà mieux connu qu’auparavant, il est largement plus grand que ce que pouvaient imaginer les archéologues. « En fait tout le site a été occupé par des humains et ce dès l’Antiquité puisqu’il y a énormément de ruines romaines dont des termes qui ont été découverts en 2025. Il y a des maisons, du mobilier et sur le sommet de l’Opidum les chercheurs ont découvert des vestiges romains, mais pas du Haut Moyen Age. Du charbon a été trouvé dans les murs du prétendu Palazzu et il a pu être daté non pas du IXe siècle mais du VIIe ou VIIIe siècle, donc plus ancien qu’Ugo Colonna », a détaillé Pierre-François di Cara.
Beaucoup de bâtiments romains ont donc été trouvés ici et cette année, sur les limites du domaine, dans la plaine immédiatement au nord du baptistère, « sur 36 tranchées qui ont été ouvertes, 34 se sont avérées positives ».


Le personnage d’Ugo Colonna a-t-il réellement existé ?
Pour le doctorant, pour l’heure il ne s’agirait que d’un mythe « puisque nous n’avons pas pu le vérifier encore, tout comme pour le Palazzu. On pense que c’est un mélange de plusieurs personnages réels créés par Giovanni della Grossa, ou créé par des chroniqueurs avant lui ».
Toutes ces informations seront développées plus en détails par Pierre-François di Cara qui expliquera également, au cours de sa conférence, la possible origine d’Ugo Colonna, nom du Pape Martin V, qui mit fin au schisme dans l’Europe chrétienne…
Une conférence qui aura lieu le samedi 19 septembre à 16 30 en la chapelle Sainte-Croix.