À Ajaccio, Isulimondi choisit l’Irlande comme nouvelle escale pour un festival tourné vers les îles

Written on 09/19/2026
Jeanne Soury

Du 24 au 27 septembre, le festival Isulimondi consacre sa quatrième édition à l’Irlande. Depuis sa création, l’association fait le choix d’une autre île chaque année pour mettre en regard les cultures, les histoires et les identités insulaires. Une façon de découvrir ailleurs des questions qui résonnent ici.

(L'équipe d'Isulimondi Photo : FloraYVN)

Pour parler de la Corse, Isulimondi aime prendre le large. Chaque année, l’association choisit une autre île du monde et l’invite, le temps de quelques jours, à dialoguer avec la sienne. Après l’Islande, le Japon et les îles portugaises, c’est donc l’Irlande qui sera au cœur de la quatrième édition du festival, du 24 au 27 septembre à la Cité Grossetti, à Ajaccio.

L’idée peut sembler paradoxale. Elle constitue pourtant le cœur du projet : ne pas parler de la Corse seule, mais la regarder à travers une autre expérience insulaire. « On part d’un territoire avec une forte identité, et on essaie de travailler à partir des points communs, des ressemblances, mais aussi des différences entre deux îles », explique Anne-Marie Luciani, aujourd’hui présidente d’Isulimondi. Après avoir été adjointe à la culture d’Ajaccio de 2001 à 2014, elle souhaitait poursuivre son engagement dans ce domaine. Mais dans une île où les rendez-vous culturels sont déjà nombreux, le festival devait trouver sa propre voie. Isulimondi l’a trouvée dans cette ouverture vers d’autres territoires insulaires : « Il fallait trouver une certaine originalité », résume Anne-Marie Luciani.

L’Irlande, une autre histoire de langue et d’identité

Cette année, le choix de l’Irlande donne une résonance particulière à cette démarche. Les deux territoires n’ont évidemment ni la même histoire ni la même trajectoire politique. Mais ils partagent des interrogations autour de la langue, de la transmission, du patrimoine et de la préservation d’une identité culturelle.

Mais l’objectif d’Isulimondi n’est pas de chercher systématiquement des ressemblances. C’est justement la confrontation qui fait l’intérêt du projet. « C’est cette mise en résonance qui est intéressante », estime la présidente, parce qu’elle permet à chaque territoire de regarder l’autre, mais aussi de se regarder lui-même.

Cette volonté de faire dialoguer plutôt que simplement présenter se retrouve dans la programmation. Pendant quatre jours, littérature, poésie, musique, photographie, peinture et ateliers permettront d’aborder l’Irlande sous différents angles. La musique occupera notamment une place importante, avec une rencontre entre traditions musicales corses et irlandaises.

Mais le temps fort sera peut-être ailleurs, sur un terrain plus politique. Dimanche 27 septembre, la politiste Ornella Graziani et le chercheur Hadrien Holstein croiseront leurs travaux sur les trajectoires militantes en Corse et en Irlande du Nord. Leur question : que deviennent les militants nationalistes lorsque la prison appartient au passé, lorsque les conflits se transforment ou lorsque l’accès aux responsabilités devient possible ?

Du patrimoine aux trajectoires nationalistes

« On a essayé de dire quelque chose de très différent de ce qu’on voit d’habitude », explique Anne-Marie Luciani. Une manière, une nouvelle fois, de faire de l’Irlande un point d’appui pour interroger une réalité qui concerne aussi la Corse.

Cette recherche de résonances explique aussi la diversité du festival. Chaque édition est élaborée à partir d’un territoire choisi collectivement, puis travaillée par plusieurs groupes consacrés à la littérature, au cinéma ou au spectacle vivant.

L’équipe cherche, fouille, lit, contacte des intervenants et construit progressivement un programme qui ne soit pas une simple succession de rendez-vous. « On ne veut pas que ce soit un empilage, un enchevêtrement de choses. Il faut quand même qu’il y ait un fil conducteur », insiste la présidente.

Pour cette nouvelle édition, Isulimondi quitte le Lazaret pour investir la Cité Grossetti. Un changement de décor qui accompagne une nouvelle étape pour le festival, désormais installé au cœur d’Ajaccio. Au fond, le voyage proposé par Isulimondi ne consiste donc pas seulement à faire découvrir l’Irlande aux Corses. Il s’agit de prendre une autre île comme miroir, d’y observer des histoires parfois proches et parfois radicalement différentes.