Julie Sansonetti, la macagna comme terrain de jeu

Written on 08/30/2026
Manon Perelli

Avec ses vidéos qui détournent les clichés ajacciens et insulaires, elle fait rire ses dizaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux. Plus loin que ce seul univers, Julie Sansonetti construit aussi depuis deux ans sa place sur scène. Mais l’Ajaccienne ne compte pas aux seuls spectacles de stand-up et prépare aujourd’hui son premier one-woman-show avec son énergie débordante.

Il suffit d'un tic de langage, d'une attitude ou d'une scène un peu trop familière pour attirer son attention. « J'observe beaucoup les gens, leur manière de parler », sourit Julie Sansonetti. Dans la rue, autour d'une table ou au détour d'une conversation, l’Ajaccienne regarde les personnages qu'elle croise et garde en mémoire les situations qui pourraient un jour lui servir. « Quand je vis des scènes un peu insolites ou clichés, ça reste dans un coin de ma tête », s’amuse la pétillante jeune femme de 34 ans. Depuis un an, ces petits morceaux de quotidien nourrissent notamment les vidéos qu'elle publie sur les réseaux sociaux. Des contenus qui cartonnent où les clichés ajacciens et plus largement insulaires occupent une place de choix, toujours avec la macagna comme fil conducteur. Une recette qui lui permet aujourd'hui de rassembler plusieurs dizaines de milliers d’abonnés.
 
Un succès qui n'a pourtant pas été immédiat. Avant de trouver son ton, Julie Sansonetti cherche, teste différents contenus, sans véritablement parvenir à trouver son public. Jusqu'à une vidéo qui va changer la donne. « Un jour où j'ai doublé un Disney en version corse qui a cartonné. Les retours des gens ont été très positifs », raconte-t-elle.  Restait à trouver comment poursuivre sans reproduire éternellement la même recette. « Je ne voulais pas proposer que des voix off pour ne pas m'enfermer dans un seul format », souffle-t-elle. Peu à peu, à force de travail et d’imagination, elle trouve sa marque de fabrique malgré la difficulté particulière qui existe lorsqu'il s'agit de manier l'autodérision nustrale. « C'est difficile de faire rire en Corse. On a ce truc de la macagna, mais il faut savoir doser l'humour, ne pas aller trop loin, doser l'image qu'on veut donner de la Corse pour ne pas être trop dans le cliché », explique-t-elle en confiant s’astreindre sans cesse à rechercher la limite entre ce dont on peut rire et la caricature dans laquelle elle ne veut pas tomber. « La difficulté, c'est de trouver de la finesse sur quelque chose d'un peu pas élégant. On est toujours irrévérencieux quand on fait de l'humour, mais d'un autre côté, je veux que ça n'entache personne », assure-t-elle avec toute la malice qui la caractérise.
 

 
Faire rire, ça se travaille
 
Si ses vidéos lui ont permis de se faire connaître sur Internet, c'est pourtant sur scène que Julie Sansonetti travaille son humour depuis deux ans. Une activité qui tranche avec la vie professionnelle qu'elle menait encore quelques années auparavant. Née et élevée à Ajaccio, après avoir quitté l'île pour poursuivre ses études à Paris la jeune femme entre rapidement dans le milieu de la mode comme journaliste et styliste photo, et collabore notamment avec des titres prestigieux comme Gala et L'Express. « C'était très chouette, j'ai vécu des trucs assez fous. J'ai eu beaucoup de chance de vivre tout cela, d'assister à des défilés dans des lieux merveilleux », glisse-t-elle. À l'époque, tout semble tracé. Jusqu'au Covid. Après plusieurs années dans la capitale, la pandémie la conduit à revoir ses priorités. « Je ne voyais plus mon avenir dans le journalisme mode. Il est arrivé un moment où je me suis dit : OK, j'ai fait le tour de tout cela. Et puis je mettais ma vie privée de côté par rapport à ma vie professionnelle et ce n’est pas ce que je voulais ».
 
Avec son compagnon, elle quitte finalement Paris pour Nice, une ville où vivent certains de leurs proches et qui leur permet de se rapprocher de la Corse. Elle décide alors de reprendre le théâtre, qu’elle avait pratiqué plus jeune, et tombe sur un cours de one-man-show. Un petit clin d’œil du destin pour l’Ajaccienne, pour qui l’humour n’a rien de nouveau. Dans la sphère privée, elle assure en effet avoir toujours été « un peu rigolote ». Étudiante, elle écrivait d’ailleurs déjà des chroniques humoristiques, exercice qu'elle renouvellera ensuite sur les ondes d’une radio associative. « J'avais des questions un peu tirées par les cheveux. J'adorais ce côté écriture d'humour », se remémore-t-elle, un large sourire aux lèvres.
 
Quelques mois après son arrivée dans son cours de one-man-show, on lui conseille de participer à l'open mic du Bobar Comedy Club à Nice. Elle monte pour la première fois sur scène fin mars 2024. Et comprend rapidement que faire rire ne repose pas uniquement sur une bonne idée et nécessite au contraire de longues heures de travail. « Quand on écrit un texte, c'est un bloc d'argile, et plus on monte sur scène, plus on arrive à le façonner », indique-t-elle en précisant qu’une virgule, un mot, une intonation ou même un silence peuvent modifier la réaction d'une salle. Alors elle joue, recommence, modifie ses textes et les confronte à des publics différents. « Parfois, une blague est très drôle sur le papier, mais elle peut faire un bide complet sur scène si la personne n'est pas dedans, n'est pas à l'aise, n'assume pas la vanne, bégaye ou même accroche sur l'intonation », poursuit la jeune humoriste en ajoutant qu’à cela s'ajoute une autre donnée qu'aucun texte ne permet totalement d'anticiper : le public.
 

« La connexion nous porte »
 
« Si le public n'est pas accroché à la personne qui monte sur scène, c'est très dur de faire passer un message et d'avoir la réaction attendue », explique-t-elle. Et toutes les salles ne réagissent pas de la même façon. Certaines rient fort, d'autres beaucoup moins, sans que cela signifie nécessairement que le spectacle ne leur plaît pas. « On peut tomber sur des salles hyper attentives, qui sont un peu pudiques, mais qui ne vont pas faire de gros éclats de rire et qui pourtant vont ressortir enchantées du spectacle », résume Julie Sansonetti.  D'où la nécessité, selon elle, de confronter encore et encore un même texte au public. Les interactions lui permettant aussi de récupérer certains éléments, d'en écarter d'autres et parfois même de changer de direction en plein passage lorsqu'elle sent qu'un univers ne fonctionnera pas ce soir-là. « J'essaye de faire rire depuis deux ans, mais je n'y arrive pas tout le temps et c'est admis parce que cela fait partie du travail ».
 
Depuis ses débuts, Julie Sansonetti multiplie donc les scènes chaque semaine. Le plus souvent au Bobar Comedy Club devant quelques dizaines de spectateurs, parfois devant plusieurs centaines. Et même, début juillet, devant plus de 4 000 personnes lors de la Kermesse Festival à Ajaccio. Un travail de fond qui doit désormais lui permettre de franchir une nouvelle étape puisqu'elle écrit actuellement son propre one-woman-show. Sur scène, pas question toutefois de reproduire exactement ce qui fonctionne sur Instagram. « Je ne fais pas d'humour corso-corse, mais il y a toujours des références à l'identité, rien que du fait de mon accent », glisse-t-elle.  Elle ne compte pas davantage investir le terrain politique ou les sujets engagés. Son registre, elle le préfère ailleurs, dans les situations quotidiennes, l'observation et une certaine forme d'absurde. Une façon de faire qui renvoie à ses premières références. « J'ai été biberonnée aux Inconnus. C'est gentil et un peu débile », s’amuse-t-elle. Et lorsqu'il s'agit de résumer ce qu'elle aime dans l'humour, Julie Sansonetti a d’ailleurs une formule toute trouvée : « J'adore dire : soyons débiles ».