Moins de trois semaines après le lancement du chantier d'été, l'association Fighjula I Petri a bouclé la deuxième tranche de restauration du canal de l'Àghjara, à Bastelica. En avance sur le calendrier, les bénévoles s'apprêtent désormais à remettre progressivement l'ouvrage en eau avant d'attaquer la dernière phase des travaux début août.
Le chantier de restauration du canal de l'Àghjara poursuit sa progression à un rythme soutenu. Après une première tranche réalisée au printemps, l'association Fighjula I Petri, porteuse du projet aux côtés de la commune de Bastelica, de l'association U Canale, de Rempart, de la Fondation du patrimoine et de l'Agence du tourisme de la Corse, vient d'achever la deuxième phase des travaux. Un cap important qui rapproche un peu plus cet ouvrage hydraulique du XIXe siècle de sa remise en service.
Débuté le 12 juillet, le chantier d'été concernait la section comprise entre la fontaine située en aval de la prise d'eau et le col où le sentier montant de Bastelica rejoint le canal. Une portion d'environ un kilomètre qui a été entièrement remise en état en seulement deux semaines. « Nous avons complètement terminé cette deuxième tranche. Nous avons retiré tous les résidus qui encombraient le canal : la terre, les pierres, le sable, les branches. Nous avons également terminé les travaux de maçonnerie qui restaient à réaliser et repris plusieurs zones d'étanchéité », explique Olivier Simonpietri, président de Fighjula I Petri.
Un mur en pierre sèche restauré
En parallèle du curage, les équipes ont également entrepris la restauration d'un élément patrimonial situé au-dessus du canal. « Nous avons installé des pare-éboulis en bois et commencé à reconstruire un mur en pierre sèche de douze mètres de long, partiellement dégradé, situé au début du chemin qui rejoint le canal », précise le président de l'association. L'ouvrage, construit en 1875 par les habitants de Bastelica, avait progressivement été rendu inutilisable après plusieurs années sans entretien, aggravées par les tempêtes successives et l'accumulation de matériaux dans son lit. L'étape suivante est désormais très attendue : la remise en circulation de l'eau. « Nous allons ouvrir les vannes dimanche ou lundi afin que l'eau recommence à circuler. Cela nous permettra de tester l'étanchéité des réparations, de repérer d'éventuelles nouvelles fuites et de vérifier si le débit est suffisant pour alimenter les portions restaurées », indique Olivier Simonpietri.
Le faible niveau actuel de la rivière impose toutefois de la patience. « Le débit est relativement faible en cette période. Comme le canal remonte à plusieurs endroits, il faudra probablement près d'une semaine pour que l'eau atteigne l'extrémité de cette deuxième tranche, si tout fonctionne correctement. » Les vannes, entièrement démontées ces derniers mois, ont d'ailleurs été remises à neuf. « Elles ont été nettoyées, repeintes, regraissées et leurs mécanismes ont été entièrement remis en état. Elles sont désormais parfaitement opérationnelles. »
Trois à quatre jours d'avance sur le calendrier
Bonne nouvelle pour les bénévoles : le chantier avance plus vite que prévu. « Nous avons environ trois à quatre jours d'avance sur le planning, explique Olivier Simonpietri. Cela nous permet déjà d'intervenir sur une zone très dégradée située entre les première et deuxième tranches. Nous l'avons curée et nous allons désormais reprendre la maçonnerie afin de consolider définitivement ce secteur. » Cette dégradation serait la conséquence directe des intempéries. « Un châtaignier s'est déraciné lors d'une tempête et les pierres sont tombées dans le canal. Nous avions déjà remis le chemin en état au printemps, mais il restait cette réparation à effectuer. »
Comme lors de la première phase, le chantier repose avant tout sur une importante mobilisation humaine. « Nous accueillons en moyenne une vingtaine de bénévoles chaque semaine. Près de 95 % viennent grâce au réseau de l'association Rempart. Nous avons reçu des scouts et des bénévoles venus de Belgique, de Bordeaux, de Montpellier ou encore de la région parisienne. Des adhérents de Fighjula I Petri sont également venus donner un coup de main. »
Pour faire face aux fortes chaleurs estivales, les journées sont aménagées. « Nous quittons Bastelica à 7 heures pour être sur le chantier vers 8 heures. Nous faisons une pause en milieu de matinée puis nous travaillons jusqu'à 12 h 30. Après, même à l'ombre, il devient impossible de poursuivre les travaux. » Fort de cette avance, le calendrier reste inchangé, voire légèrement accéléré. « Si tout va bien, nous commencerons la troisième et dernière tranche entre le 5 et le 10 août. L'objectif est de terminer l'ensemble du chantier le 24 août. »
Après plusieurs années d'abandon, le canal de l'Àghjara retrouve ainsi progressivement sa fonction originelle. Au-delà de la sauvegarde d'un patrimoine hydraulique emblématique de Bastelica, cette restauration ouvre également des perspectives pour l'irrigation des terres agricoles en contrebas et la valorisation d'un savoir-faire ancestral, grâce à une mobilisation collective qui ne faiblit pas depuis le lancement du projet.