Mercredi 8 juillet, à Tallone, I Viuluncelli di Moitainauguraient leur 26ème rencontre, en ouvrant leurs portes aufestival de CelloFan de Callian. De la musique avant toute chose... et la perspective réjouissante de trois autres concerts à venir d’ici la fin de la semaine !
Une institution dans le paysage musical corse
(Photos Jeanne Leboulleux-Leonardi)
Les Violoncelles de Moita sont devenus une institution dans le paysage musical de notre île, avec plus d’un quart de siècle de spectacles magiques, organisés par des bénévoles passionnés qui ne ménagent pas leur peine ni leurs heures. Une institution, certes, mais qui a su garder la fraîcheur, la fantaisie, la bonne humeur de sa prime jeunesse, malgré le professionnalisme et la qualité des interprètes qui s’y succèdent, démontrant s’il le fallait que l’exigence de qualité artistique n’est pas forcément synonyme de sérieux rébarbatif.
De Moita à Callian en Provence
Le spectacle donné à Tallone renouait avec cet esprit jubilatoire autour de l’amour de la musique. Invité par I Viuluncelli, le festival de CelloFan de Callian en Provence, est un peu le “frère cadet” de celui de Moita. Né en l’an 2000 de l’initiative de plusieurs musiciens, c’est déjà toute une histoire : « Nous nous étions connus au conservatoire de Nice quand nous étions enfants, explique Frédéric Audibert, violoncelliste de renom à la carrière internationale, et directeur artistique du festival Cellofan de Callian. Nous avions tous travaillé avec le même professeur dont mon père, Rolland, avait été l’élève puis l’assistant. » Les jeunes musiciens passent leur diplôme la même année et le hasard des engagements disperse le petit groupe.
Lorsqu’en l’an 2000, Frédéric Audibert organise les 6 suites de Bach, chacune interprétée par un violoncelliste différent, les anciens amis se retrouvent avec leurs instruments. « Et Paul-Antoine nous dit : “j’ai démarré quelque chose en Corse. Il faut que vous veniez !” ». Paul-Antoine de Rocca Serra est le directeur artistique des Viuluncelli di Moita qui, l’année précédente, viennent d’inaugurer leur premier festival. « Il m’a dit : “ça va être formidable !” Le “formidable” a mal tourné... Et on est là ce soir ! », sourit Frédéric Audibert, manifestement ravi de participer une fois de plus au festival corse. « Depuis 25 ans, on vient tous les ans. Il y a beaucoup d’échanges... ». D’ailleurs, Petru Guelfucci avait été l’invité du festival de Callian avec son fils et sa fille : « C’était la première fois qu’ils chantaient tous les trois ensemble ! », se rappelle Frédéric Audibert, soulignant la véritable « fraternité » qui unit les deux festivals. « On se considère comme la même famille, estime le musicien qui vient d’ailleurs avec son frère, violoncelliste également. On se retrouve avec une joie fantastique ! ».
De très belles œuvres contemporaines
Cette 26ème édition, comme cela semble devenue une sorte de marque de fabrique, propose encore un programme éclectique dont la variété devrait séduire tous les amateurs de musique... mais pas que !
Le spectacle inaugural dédié à « l’amicu Carlu », Charles Lepidi, 1er adjoint de Tallone, décédé en octobre dernier, était intégralement consacré aux violoncelles : une bonne dizaine de musiciens à la sensibilité et à la virtuosité toujours aussi remarquable. Ils ont fait voyager les spectateurs de l’Italie à la l’ancienne Union soviétique, en passant par la Belgique, l’Autriche... mais aussi l’Amérique. Une programmation qui faisait une place importante à des œuvres contemporaines : avec le Terra Aria du Sicilien Giovanni Sollima, un concerto de Dmitri Chostakovitch qui lui avait été commandé par son grand ami Rostropovitch, la Fuga Y Misterio de l’Argentin Ástor Piazzolla – à la partition si difficile à trouver qu’il a fallu la faire venir d’Allemagne –, ou encore le premier solo du concerto de Jules Deswert, compositeur belge de la fin du XIXe siècle : « Souvent, s’amuse Frédéric Audibert, nous jouons des pièces bien connues des violoncellistes, mais inconnues du public. Celle-ci est inconnue également desvioloncellistes ! » Comme plusieurs des morceaux interprétés durant le spectacle, la transcription pour petit orchestre avait été réalisée par Valentin Catil, un ancien étudiant de Frédéric Audibert qui a créé son propre ensemble de violoncelles.
Vivaldi, avec son double concerto pour violoncelle interprété par six jeunes femmes – une fois n’est pas coutume ! – puis une sicilienne de l’Autrichienne Maria Theresia von Paradiscontemporaine de Mozart – ce morceau en hommage à Roland Pidoux, violoncelliste décédé cette année –, permettaient un petit retour dans les siècles antérieurs. Enfin, interprété en clôture du spectacle, le quatrième mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde du Tchécoslovaque Dvorak – une commande d’État devenu un tube planétaire –, a suscité l’enthousiasme du public : non seulement pour la qualité du jeu, mais également pour celle de la transcription qui en avait été réalisée, toujours par le violoncelliste Valentin Catil : au point de donner l’impression que c’était bien un orchestre symphonique qui l’interprétait.
De vendredi à dimanche, les concerts des jours prochains
Les trois concerts qui vont suivre devraient être à la hauteur. Vendredi 10 juillet, à Chjatra, les musiciens proposeront aux spectateurs « un spectacle magnifique », souligne le Directeur artistique, créé en janvier 2026 par Frédéric Onnis, comédien, metteur en scène et professeur au conservatoire, et la violoncelliste Emilie Rose : Echos d’amour, sonnets pour suites de Bach, en référence aux mots de Shakespeare : « Si musique et douce poésie s’accordent comme le doivent deux sœurs, alors nous devons bien nous aimer toi et moi, car tu aimes l’une et j’aime l’autre ». « Echos d’amour est une création enchanteresse qui fusionne la musique intemporelle des suites pour violoncelle seul de Bach avec la poésie passionnée de Shakespeare, Pétraque et Musset, explique Frederic Onnis. Ce voyage artistique explore le thème universel de l’amour qui touche le cœur et l’âme. Le violoncelle avec sa tessiture proche de la voix humaine, devient l’écho des petites merveilles poétiques. C’est une célébration de la beauté et de l’art ! ». Pièces de violoncelle seul, ou ensemble de violoncelles accompagneront ainsi les textes... avec quelques petites surprises qu’on ne dévoilera pas pour laisser le plaisir de la découverte aux spectateurs.
Le lendemain, I Viuluncelli di Moita accueilleront chez eux, à Moita-même, le groupe Tavagna, qui « depuis plus quarante ans, chemine à travers les différents univers artistiques et musicaux que l’on dit cloisonnés avec une ouverture d’esprit qui lui permet bien des innovations, bien des créations et même un titre mérité de précurseurs, lors des rencontres entre tradition et jazz, musique baroque ou orgue. » C’est un groupe qui tient une place toute particulière dans le cœur des organisateurs et interprètes réguliers du festival : l’hymne des Violoncelles, interprétée à l’ouverture de chaque spectacle depuis les origines, est un titre emblématique de Tavagna : Anniversariu di Minetta. Pourquoi ce choix ? Des organisateurs aux musiciens, tout le monde en a perdu la mémoire tant ce morceau s’est imposé comme une évidence : un vrai coup de cœur. Les violoncellistes accompagneront les chanteurs de Tavagna pour une soirée qui devrait être mémorable.
Enfin, dimanche 12 juillet, le traditionnel concert des familles clôturera le festival. S’y produiront, comme tous les ans, les musiciens qui, de père (ou mère) en fils (ou fille) perpétuent ce festival dont ils sont devenus les piliers. Ce dernier concert aura lieu à Matra, à l’église Saint Bernardin.
En pratique
Vendredi 10 juillet – 21h30 – Chjatra, place de l’église
Samedi 11 juillet – 21h30 – Moita, place du Campusantu
Dimanche 12 juillet – 11h – Matra, église Saint Bernardin
Entrée libre.
Le lendemain, I Viuluncelli di Moita accueilleront chez eux, à Moita-même, le groupe Tavagna, qui « depuis plus quarante ans, chemine à travers les différents univers artistiques et musicaux que l’on dit cloisonnés avec une ouverture d’esprit qui lui permet bien des innovations, bien des créations et même un titre mérité de précurseurs, lors des rencontres entre tradition et jazz, musique baroque ou orgue. » C’est un groupe qui tient une place toute particulière dans le cœur des organisateurs et interprètes réguliers du festival : l’hymne des Violoncelles, interprétée à l’ouverture de chaque spectacle depuis les origines, est un titre emblématique de Tavagna : Anniversariu di M
Enfin, dimanche 12 juillet, le traditionnel concert des familles clôturera le festival. S’y produiront, comme tous les ans, les musiciens qui, de père (ou mère) en fils (ou fille) perpétuent ce festival dont ils sont devenus les piliers. Ce dernier concert aura lieu à Matra, à l’église Saint Bernardin.
En pratique
Vendredi 10 juillet – 21h30 – Chjatra, place de l’église
Samedi 11 juillet – 21h30 – Moita, place du Campusantu
Dimanche 12 juillet – 11h – Matra, église Saint Bernardin
Entrée libre.
Un chapeau est à la disposition des spectateurs qui peuvent ainsi contribuer par leurs dons à l’organisation matérielle et logistique des spectacles