À Ajaccio, le MEDEF Corsica lance son réseau féminin pour donner plus de voix aux dirigeantes

Written on 07/04/2026
Jeanne Soury

Ce jeudi, la Cité Grossetti d'Ajaccio a accueilli le lancement officiel du réseau « Femmes du MEDEF Corsica ». Une initiative qui entend fédérer les entrepreneures de l'île, leur offrir un espace d'échanges et renforcer leur place dans les instances économiques. Au-delà de l'inauguration, les intervenantes ont défendu une conviction commune : les femmes n'ont pas moins envie d'entreprendre que les hommes, mais elles ne disposent pas toujours des mêmes leviers pour passer à l'action.

Elles étaient une trentaine à avoir pris place, jeudi en fin d'après-midi, dans les locaux de la Cité Grossetti d'Ajaccio. Cheffes d'entreprise, dirigeantes, créatrices d'activité ou futures entrepreneures, toutes avaient répondu à l'invitation du MEDEF Corsica pour assister au lancement officiel du réseau « Femmes du MEDEF Corsica », déclinaison régionale d'une initiative nationale née en 2019. L'objectif est clair : créer un espace où les femmes entrepreneures pourront partager leurs expériences, développer leur réseau et porter collectivement leur voix sur les grands enjeux économiques du territoire.

Pour Jean-Louis Albertini, président du MEDEF Corsica, cette création répond à une réalité insulaire. « Nous avons beaucoup de femmes chefs d'entreprise sur notre territoire. En revanche, elles ne s'investissent pas toutes dans la vie patronale et dans l'engagement économique », observe-t-il. À travers ce nouveau réseau, il espère donc « susciter des vocations ». Dans les prochains mois, des groupes de travail et des rencontres seront organisés autour de diverses thématiques.

Paola Fabiani, vice-présidente du MEDEF national et présidente de sa commission Entrepreneuriat, voit dans cette implantation corse un signal fort. Cheffe d'entreprises entre Paris et Ajaccio, elle estime que l'île regorge « de véritables pépites » entrepreneuriales, notamment féminines : « On voit de plus en plus de jeunes femmes créer leur entreprise. Il y a une vraie dynamique », souligne-t-elle, tout en rappelant que le succès d'un projet repose aussi sur « le bon réseau et le bon écosystème ».

Inspirer les futures générations

Selon elle, ce nouveau collectif permettra justement aux dirigeantes de rompre l'isolement inhérent à la fonction. « Être chef d'entreprise, c'est aussi avoir besoin d'échanger avec ses pairs, de confronter ses idées, de demander conseil. Ce réseau peut accélérer les projets des entrepreneures corses. » L'élue nationale s'appuie également sur une étude menée chaque année par le MEDEF sur les intentions d’entreprendre : « La volonté d'entreprendre est identique chez les femmes et chez les hommes », insiste-t-elle. La différence apparaît au moment du passage à l'acte. « Les femmes attendent en moyenne douze ans d'expérience professionnelle avant de créer leur entreprise, soit près de deux fois plus longtemps que les hommes. Beaucoup attendent également que leurs enfants aient grandi. »

Pour Paola Fabiani, ces chiffres montrent que la question n'est pas celle de l'envie, mais des conditions permettant de se lancer.

À la tête du réseau national « Femmes du MEDEF » depuis 2024, Patricia Vialle rappelle que la Corse figurait parmi les territoires où la création d'un réseau était particulièrement attendue : « Avec le nombre de femmes chefs d'entreprise ici, c'était presque étonnant qu'il n'existe pas encore », sourit-elle.

Au-delà de l'accompagnement des dirigeantes, elle insiste sur la nécessité de rendre visibles celles qui réussissent. « Cela permet de créer des modèles pour les jeunes filles qui voudraient entreprendre. Pendant longtemps, les femmes ont pensé qu'elles étaient mieux dans un second rôle. Aujourd'hui, elles prennent aussi les rênes des entreprises. »

Porter la voix des femmes dans le débat économique

Aussi, le réseau se veut être un levier de mixité économique. Depuis sa création, le mouvement national poursuit un objectif de féminisation des instances dirigeantes du MEDEF. « En 2019, le conseil exécutif national ne comptait que 2 % de femmes. Aujourd'hui, nous sommes à 30 %. Ce n'est plus un concept, c'est une réalité », souligne Patricia Vialle.

Au fil des échanges, un message revient avec insistance : les femmes entrepreneures doivent être davantage représentées dans les lieux où se prennent les décisions. Pour Paola Fabiani, cette création intervient à un moment stratégique : « À moins d'un an de l'élection présidentielle, il est important que la parole des femmes chefs d'entreprise soit pleinement présente dans le débat public. » Une première pierre, en somme, pour un réseau qui entend désormais rassembler celles qui entreprennent.