Feux de forêt : la Corse-du-Sud se prépare à une saison à haut risque

Written on 06/25/2026
Jeanne Soury

Alors que le département fait face à un printemps historiquement sec et à une canicule précoce, les autorités lancent la campagne 2026 de lutte contre les incendies avec un dispositif aérien renforcé. Principale nouveauté : l'arrivée d'un hélicoptère bombardier d'eau lourd basé à Figari.

À quelques jours du lancement officiel de la campagne feux de forêt, prévu le 8 juillet, l'heure est déjà à la mobilisation générale en Corse-du-Sud. Face à un risque incendie particulièrement élevé cette année, les services de l'État et les acteurs de la sécurité civile ont présenté ce jeudi matin, un dispositif renforcé, marqué par l'arrivée d'un nouvel hélicoptère bombardier d'eau lourd qui sera stationné à Figari du 1er juillet au 31 août.

« C'est une excellente nouvelle », s'est réjouie Véronique Arrighi, présidente du Service d'incendie et de secours de Corse-du-Sud . « Les maîtres mots sont la prévention et l'anticipation. Je me réjouis que la Corse-du-Sud puisse disposer d'un moyen lourd basé sur Figari. »

Cet appareil viendra compléter le dispositif aérien habituel composé de deux Canadair et d'un hélicoptère bombardier d'eau. À partir du 15 juillet, un second hélicoptère bombardier d'eau lourd rejoindra également Corte, comme lors de la précédente campagne, mais avec une présence prolongée jusqu'au 30 septembre.

Pour les responsables opérationnels, ce renforcement doit permettre d'améliorer encore la rapidité d'intervention sur les départs de feu. « Il y aura une liberté d'appréciation beaucoup plus importante dans l'engagement des moyens aériens. On va gagner en réactivité », a souligné le colonel Gauthier Carra, directeur du SIS 2A.

Jean-Yves Noisette, inspecteur général et chef d'état-major de la zone Sud, a également mis en avant les progrès réalisés sur les temps d’alerte des équipages, qui peuvent désormais préparer les appareils en amont, avant la validation du centre national. « On sait qu’un Canadair nécessite environ trente minutes de préparation avant son décollage. Si l’on gagne quinze minutes, c’est tout à fait notable ». Cette anticipation doit permettre de réduire les délais de départ et d’accélérer l’arrivée des moyens aériens sur les feux.

L'enjeu est d'autant plus important que la géographie de l'île complique souvent les interventions terrestres. « Lorsqu'on est à plus de 1,2 kilomètre d'une route, nous considérons que nous sommes sur un secteur inaccessible aux moyens terrestres. Cela représente près de 70 % du territoire de la Corse-du-Sud », précise le colonel. D'où le rôle essentiel des moyens aériens dans la stratégie de lutte contre les incendies.

Un printemps parmi les plus secs jamais enregistrés

Si les autorités renforcent leur dispositif, c'est avant tout parce que les conditions météorologiques sont particulièrement inquiétantes. « Notre printemps est le troisième plus sec depuis 2000 et le plus chaud depuis que Météo-France enregistre les données en Corse », a alerté le préfet de Corse-du-Sud, Eric Jalon. Depuis le mois d'avril, les températures élevées et le déficit de précipitations ont fortement fragilisé les sols et la végétation. « Nous faisons suite à deux mois qui ont rendu le terrain particulièrement sensible », a poursuivi le représentant de l'État.

La situation est d'autant plus préoccupante que les premiers incendies se sont multipliés avant même le lancement officiel de la campagne estivale. Avant l'incendie qui a parcouru près de 50 hectares sur le secteur de Porto-Vecchio, les sapeurs-pompiers étaient déjà intervenus sur une cinquantaine de départs de feu. 

Les relevés effectués par l'Office national des forêts confirment cette dégradation rapide des conditions. Depuis mardi, les équipes de l'ONF ont repris leurs prélèvements sur quatre sites de référence du département. Les premiers résultats sont sans équivoque. « Nous sommes déjà à 4 sur une échelle de 1 à 5 en termes de sensibilité de la végétation », indique Frédérique Lapina, cheffe de service de l'ONF.

Le secteur d'Ajaccio concentre les plus fortes inquiétudes. « Nous constatons déjà un taux de mortalité des végétaux sur pied. Aujourd'hui, nous observons un niveau de sécheresse que nous rencontrons généralement à la fin du mois de juillet. » Plus préoccupant encore, l'indice relevé cette semaine atteint un niveau inédit. « Depuis 1996, nous n'avions jamais enregistré un taux d'humidité aussi bas sur le secteur d'Ajaccio », souligne la responsable de l'ONF.

Une canicule qui entretient les inquiétudes

Les prochains jours ne devraient pas améliorer la situation. Météo-France prévoit des températures dépassant largement les 35°C avec des pointes pouvant atteindre 39°C, notamment sur le littoral. La vigilance orange canicule demeure maintenue et les services de l'État surveillent particulièrement la journée de dimanche, marquée par un renforcement attendu du vent. La combinaison de la chaleur, de la sécheresse et du vent constitue en effet le scénario le plus redouté par les spécialistes du feu de forêt.

Pour faire face à cette menace, les effectifs seront renforcés tout au long de l’été. Sept sections de sapeurs-pompiers seront mobilisées sur le terrain. Depuis le 1er juin, le SIS 2A a déjà augmenté le nombre d'agents mobilisables afin de répondre à la hausse du risque. « En cette avant-saison, nous sommes intervenus à peu près deux fois plus qu'en 2025 », note le colonel Carra.

Au plus fort du dispositif, jusqu'à 80 véhicules et 476 personnels pourront être engagés. Deux pélicandromes seront également armés pour assurer le ravitaillement rapide des avions bombardiers d'eau. Malgré l'importance des moyens déployés, les autorités rappellent que la prévention demeure le premier rempart contre les incendies. « Neuf feux sur dix sont d'origine humaine », a insisté le préfet Eric Jalon.

L'État entend donc poursuivre les actions de sensibilisation tout au long de l'été, mais également renforcer la réponse judiciaire contre les auteurs de départs de feu. « Ceux qui provoquent des incendies, volontairement ou par négligence, doivent rendre des comptes », a prévenu le préfet. Une instruction réglementant l'emploi du feu est d'ailleurs en vigueur depuis le 15 juin et le restera jusqu'au 30 septembre.