Nazione exprime son « profond désaccord quant à l’avenir proposé à la Corse »

Written on 06/25/2026
MP

Après l'adoption à l'Assemblée nationale du projet de révision constitutionnelle issu du processus de Beauvau, le mouvement indépendantiste Nazione dénonce un texte qui, selon lui, entérine le statu quo institutionnel et ne répond en rien aux revendications historiques du peuple corse. Dans un long communiqué, le parti fustige une réforme qu'il considère comme une « régression » et appelle à la mobilisation des forces patriotiques.

 
L’adoption par l’Assemblée nationale du projet de révision constitutionnelle issu du processus de Beauvau continue de susciter des réactions dans l’île. Dans un long communiqué diffusé ce mercredi, le mouvement indépendantiste Nazione exprime son « profond désaccord » avec le texte et estime que l’avenir institutionnel proposé à la Corse ne répond pas aux revendications historiques du mouvement national.
 
Pointant « le long chemin parcouru » depuis plus de 50 ans par plusieurs générations de militants, d’élus et de patriotes corses pour obtenir la reconnaissance du peuple corse et son droit à décider de son avenir, le parti rappelle en parallèle qu’un « consensus historique s’était progressivement construit entre autonomistes et indépendantistes autour d’un principe clair : l’obtention d’un véritable pouvoir législatif, plein et entier ». « Sans ce pouvoir, aucune autonomie digne de ce nom ne peut exister », appuie Nazione. Or, reprend le mouvement, « aujourd’hui les propositions avancées ne répondent pas à cette exigence fondamentale ».
 
« Derrière les annonces et les discours officiels, la réalité reste celle d’une dépendance politique persistante à l’égard de l’État français », insiste-t-il considérant que la Corse demeurerait « privée des moyens juridiques indispensables pour décider elle-même dans les domaines essentiels qui concernent son avenir ».
 
Nazione critique également la notion de « communauté insulaire » retenue dans le texte. Une formulation « sans aucune consistance juridique » qui, selon les responsables du parti, « efface la dimension historique, culturelle et politique du peuple corse pour la diluer dans une définition administrative qui ne reconnaît aucun droit collectif spécifique ».  Le mouvement s’interroge ainsi sur la capacité de la future collectivité à protéger durablement la langue corse, à lutter contre la spéculation foncière ou encore à répondre aux enjeux démographiques sans disposer de véritables compétences législatives. « La question dépasse ainsi largement celle d’une simple réforme institutionnelle. Elle touche à la survie même du peuple corse en tant que peuple. En refusant de reconnaître ce peuple et de lui donner les moyens de maîtriser son développement, sa terre, sa langue et son destin, on organise progressivement son effacement. Demain, tous ceux qui s’installeront en Corse feront naturellement partie de cette « communauté insulaire » indistincte. Mais qu’adviendra-t-il alors du peuple corse, de sa singularité, de ses droits historiques et de son existence politique ? », fustige le parti. 
 
Dans ce droit fil, Nazione vise également les débats parlementaires ayant accompagné l’examen du texte. Le mouvement relève notamment « l’explication de texte donné par le député Bernalicis au soutien de l’amendement 111, voté y compris par les députés autonomistes, est claire : tous les habitants de la terre de Corse auront les mêmes droits, qu’ils soient « Corses depuis un jour ou Corses depuis toujours » ». « Comme Gérald Darmanin, en son temps, le rapport du texte, Florent Boudié a livré, durant les débats, une interprétation du texte très claire : « ces dispositions, à aucun moment, ne créerons les conditions d’instaurer ni un statut de co-officialité de la langue corse, ni un statut à proprement parler de résident, dont l’effet serait de créer deux catégories distinctes et discriminées de citoyens » », tance encore le parti indépendantiste expliquant qu’il ne peut de facto accepter « ce qui est présenté comme une avancée historique ». Et de marteler : « Une véritable autonomie suppose des pouvoirs réels, des garanties constitutionnelles solides, la reconnaissance du peuple corse et la capacité effective de décider de notre avenir collectif, c’est-à-dire son droit à l’autodétermination ».  
 
Dans ce contexte, Nazione estime que le « statut de Beauvau » constitue « depuis l'origine, une régression » puisqu'il « grave dans le marbre constitutionnel français un système qui nie les droits du peuple corse ». Le mouvement considère notamment que le texte « ne reconnaît nullement un véritable pouvoir législatif semblable à celui dont disposent a minima la plupart des régions européennes » et qu'il « ferme la porte au statut de résident, à l'officialité de la langue, à la corsisation des emplois ainsi qu'à un corps électoral spécifique ».
 
Le parti indépendantiste critique également les conditions dans lesquelles les Corses seront amenés à se prononcer sur l'évolution institutionnelle en cours. « C'est d'ailleurs le corps électoral actuel, faussé par les inscriptions massives issues de la colonisation de peuplement qui sera appelé à se prononcer sur l'évolution statutaire en cours », écrit-il.
 
Dès lors, Nazione considère que « derrière l'illusion du terme galvaudé d' autonomie, c'est la consécration du statu quo et de la politique de normalisation dans l'espace français ». Le mouvement assure par ailleurs que « l'emphase des déclarations "historiques" des promoteurs de Beauvau n'y changera rien », pas davantage que « la future loi organique présentée comme la solution miracle mais qui ne pourra défaire ce que l'article constitutionnel aura fait et mal fait ».
 
Face à cette situation, le parti affirme sa volonté de poursuivre le combat engagé « par plusieurs générations de patriotes ». « Il s'agit de défendre l'héritage de celles et ceux qui nous ont précédés et de transmettre aux générations futures une Corse toujours maîtresse de son destin », souligne-t-il, avant d'annoncer qu'il détaillera son analyse politique lors d'une conférence de presse dans les prochains jours.
 
« Hè ghjunta l’ora pe l’unità patriotta intornu à e nostre rivendicazione fundamentale. A storia ci insegna chì nunda ùn hè mai statu ottenutu senza determinazione, senza impegnu è senza perseveranza », lance encore le parti avant de conclure : « Per a nostra terra, per a nostra lingua, per u nostru populu è per e generazioni à vene, Nazione ùn rinuncerà micca ».