"Nouveaux regards sur le Delta du Golo", l'art au service de la prise de conscience face à la montée des eaux

Written on 06/18/2026
Matteo Lanfranchi

Une exposition itinérante de la Maison de l'Architecture de Corse, visible à partir du 19 juin à l'université de Corse, à Corte, propose un regard photographique sur le recul du trait de côte dans le Delta du Golo et sur la manière d'habiter le littoral demain.

Comment continuer à vivre en bord de mer quand celle-ci gagne du terrain ? C'est la question que pose l'exposition "Nouveaux regards sur le Delta du Golo", fruit d'une résidence menée par Jérémy Gouellou, architecte, et Gaëtan Chevrier, photographe, à l'initiative de la Maison de l'Architecture de Corse. Visible dès le 19 juin à l'université de Corse, à Corte, elle voyagera ensuite à Lama lors du Festival du film, à Pioggiola pour les rencontres internationales de théâtre de l'ARIA, puis à Bastia.

Le projet est né d'un constat de terrain. "On a fait un atelier hors les murs avec des élèves de l'école d'architecture de Clermont-Ferrand sur la Marana, et on a vu ce delta qui est magnifique", explique Michèle Barbé, présidente de la Maison de l'Architecture de Corse. "On avait rencontré des personnes spécialisées sur la montée du trait de côte, et je me suis dit que c'est un sujet hyper actuel dont on ne parle pas tant que ça en Corse."

Plutôt qu'un rapport d'expert, l'association a fait le choix de l'image. "On pense que montrer des images permet souvent de mieux comprendre les choses qu'un long baratin, en tout cas pour les habitants", souligne Michèle Barbé. "Notre rôle, c'est de faire comprendre aux citoyens comment leur environnement risque d'être modifié dans les années qui viennent."


Une enquête de terrain

Pendant une semaine, au mois de février, les deux résidents ont arpenté le delta, à la rencontre des habitants et des acteurs locaux : Agence d'urbanisme, Conservatoire du littoral, musée de Biguglia. "C'est une sorte d'enquête qu'ils font sur le territoire ", détaille la présidente. "L'intérêt de la résidence, c'est qu'ils y sont et qu'ils y reviennent. Ils essayent de bâtir un récit, et c'est ce récit dont on fait l'exposition." Le résultat se décline en treize panneaux photographiques, de l'étang de Biguglia aux digues de fortune érigées par les riverains.

Car la menace est bien réelle. "On voit déjà les personnes qui habitent là voir la mer monter, et très souvent elles mettent des éléments de défense", observe Michèle Barbé. "Mais ça ne sera pas suffisant. J'ai l'intime conviction qu'il faut construire différemment demain." Au-delà du Delta du Golo, elle cite Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio ou encore les plages d'Ajaccio qui se réduisent, et appelle à dépasser la seule loi littoral. "Je ne suis pas sûre qu'on puisse toujours s'adapter. Il y a des lieux qui se vendent très cher et où les gens continuent à construire."

 


Provoquer le questionnement

L'exposition ne se veut pourtant pas un film catastrophe. "Les éléments de langage artistique sont parfois plus convaincants, de manière pas immédiate mais par porosité", estime Michèle Barbé. "C'est plutôt une première prise de conscience un peu poétique, qui n'est pas alarmiste. Cette expo, c'est plus pour provoquer du questionnement que pour donner des solutions." L'idée : que le visiteur reparte en se disant qu'il faudrait se renseigner, interroger sa mairie, consulter les documents d'urbanisme.

Le choix des lieux n'est quant à lui pas anodin. En s'installant dans des festivals et des espaces publics, la Maison de l'Architecture de Corse cherche à toucher un large public. "On se met dans des endroits où il y a déjà des gens qui viennent", explique sa présidente. "Le public qui vient pour le cinéma fait un pas de côté et voit de l'architecture. Je crois beaucoup à ces expositions dans des lieux ouverts, parce qu'elles s'adressent à tout le monde."