Le chantier du barrage de Figari progresse pour mieux affronter les futures sécheresses

Written on 06/12/2026
Julien Castelli

Les pluies abondantes de cet hiver n’ont pas fait oublier la sécheresse du dernier été et les restrictions d’usage de l’eau qui en ont découlé dans l’Extrême-Sud. C’est dans ce contexte climatique préoccupant que progresse le chantier de réhausse du barrage de Talza, à Figari. Débuté en 2024, il doit permettre à son achèvement (2028) de sécuriser l’approvisionnement en eau de la microrégion pour les vingt-cinq ans à venir. La première tranche de cet important chantier initié par la Collectivité de Corse vient d’être livrée.

Le seuil du coursier du barrage de Talza a été rallongé pour se mettre aux normes réglementaires. Ce qui doit permettre une évacuation des crues plus rapides si nécessaire.

En 2020, la Collectivité de Corse adoptait son grand plan d’aménagement hydraulique, Acqua Nostra 2050, qui jetait les bases de la politique de rattrapage infrastructurel pris par notre île vis-à-vis de la collecte et du stockage de la ressource. De par ses forts enjeux touristiques et agricoles, le Suttanacciu apparaissait comme particulièrement vulnérable face aux changements climatiques, ce qui était confirmé dans le rapport : les projections hydrologiques émises laissaient craindre un déficit en eau dès 2030, en cas de sécheresse estivale. La réalité s’est montrée plus cinglante encore, puisque les Porto-Vecchiais et Bonifaciens ont dû subir, dès la fin de l’été dernier, de longues semaines de restrictions d’usage de l’eau, par suite de la sécheresse qui s’était installée

Deux barrages dans le Suttanacciu et près de 11 millions de mètres cube de stockage à l’horizon 2028

« Il a manqué un milllion de mètres cube d’eau », estime aujourd’hui Henri Politi, le chef du service Exploitation à l'Office de l'Equipement Hydraulique de la Corse (OEHC). Ce million qui n’a pas pu être stocké, il sera en capacité de l’être en 2028, une fois que le barrage de Figari aura été réhaussé. Et plutôt deux fois qu’une, puisque le projet aboutira à un gain en volume de 2 millions de mètres cube (de 5,7 à 7,7 millions). Au total, avec le barrage de l’Ospedale (3,2 millions de m³), le Sud-Est de la Corse disposera demain d’une capacité de stockage de 10,9 millions de mètres cube. Ce qui le mettra à l’abri des années sèches. A court terme seulement : car en 2050, une aggravation de la situation est attendue, avec un déficit de 700 000 à 2 millions de mètres cube qui pourrait survenir, suivant l’étendue de la sécheresse.

Concrètement, le plan d’eau de Talza va être rehaussé de 2,60 m pour accueillir ces 2 millions de mètre cube supplémentaires. C’est la prochaine phase de ce chantier, qui a débuté il y a deux ans. La première phase s’est achevée en mai. Elle était consacrée à la mise en conformité et au recalibrage des crues et de son coursier. Le seuil a été élargi d’environ 8 mètres, et le coursier d’environ 6 mètres. Ce qui permettra à l’évacuateur de crues de passer d’un débit de 133 m3/seconde à 169 mètres cube/seconde, soit l’équivalent de quatre piscines olympiques qui se vident à la minute. Des aménagements nécessaires, étant donné que le barrage de Talza n’était pas conforme à la réglementation en vigueur.

 

Le président de la Collectivité de Corse, Gilles Giovannangeli et le sous-préfet, Anthony Barraco, découvrent le barrage qui a bénéficié d'une première tranche de travaux. La CTC (30 %) et l'Etat (70 %) sont les deux financeurs de ce projet d'envergure.

Un appel « à la sobriété des usages de l’eau »

En parallèle, la Collectivité de Corse mène un important travail d’interconnexions entre les différentes sources d’alimentation des barrages de Figari et de l’Ospedale. Ce réseau a pu se densifier suite à la construction d’un surpresseur à Porto-Vecchio en 2024. Quant au renforcement par l’interconnexion du Scupettu, chiffré à 7 millions d’euros, il doit permettre en 2027 d’alimenter la station de potabilisation de Nota à 100 % depuis le barrage de Figari. Ces interconnexions sont nécessaires car la nature ne peut pas subvenir à elle seule aux besoins en eau du territoire : « Les précipitations ne remplissent qu’environ un quart de la capacité de ces barrages », fait remarquer Henri Politi. Les trois quarts restants proviennent des captages en rivière (sur l’Asinau pour le barrage de l’Ospedale et sur l’Orgone pour le barrage de Figari) ou de retenues collinaires.

Des investissements qui dépassent les vingt millions d’euros, « mais la stratégie ne repose pas sur l’addition d’ouvrages hydrauliques », a mis en garde Vannina Chiarelli-Luzi, la présidente de l’OEHC, jeudi à Figari lors de la cérémonie de réception de la première tranche des travaux. Autrement dit, il est aussi question « de la sobriété des usages de l’eau », à savoir la responsabilisation de chacun face à la préservation de la ressource. « « Aujourd’hui, et notamment sur ce territoire, il y a un enjeu sur une meilleure consommation de l’eau, sur une vigilance sur la distribution, sur une vigilance sur la consommation pour faire en sorte qu’on ne soit pas dans une course à l’armement permanent, parce que cette ressource va devenir épuisable par les effets du changement climatique », complète Gilles Giovannangeli, le président de l’exécutif de la Collectivité de Corse. En tant que président de la communauté de communes du Sud-Corse, Jean-Christophe Angelini s’est senti un peu visé : « On peut avoir tendance à être regardé comme de grands consommateurs d’eau. On accepte le débat, mais la réalité, c’est qu’on est un territoire en pleine croissance. Et si on accueille chaque année des centaines de milliers de visiteurs, c’est pour le bien de l’ensemble de notre communauté. » S’il a tenu à apporter cette précision, l’élu porto-vecchiais n’en a pas moins appelé ses administrés à la vigilance, à l’approche de l’été.