Après deux semaines de grève à l'ESAT U Licettu, le bras de fer se poursuit entre les salariés mobilisés et la direction de l'ADAPEI 2A. Au cœur du conflit : deux procédures disciplinaires contestées, des accusations de management autoritaire et une demande de médiation adressée au préfet. Les grévistes doivent être reçus par l'Agence régionale de santé lundi.
Le conflit social qui secoue l'ADAPEI 2A depuis le 22 mai ne montre aucun signe d'apaisement. Réunis en assemblée générale après une nouvelle rencontre avec la direction mercredi, les salariés grévistes ont décidé de poursuivre leur mouvement, estimant ne pas avoir obtenu de réponses satisfaisantes sur leurs principales revendications.
Selon Rudy Albertini, délégué syndical CGT de Corse-du-Sud, la réunion avait pour objectif d'examiner les réponses du conseil d'administration aux différents points du cahier revendicatif. Si la direction a répondu point par point aux demandes formulées par les salariés, un sujet demeure particulièrement sensible : le maintien de deux procédures disciplinaires visant des salariés de l'association.
« C'est aujourd'hui le principal point de blocage », explique le représentant syndical. « Ces procédures sont directement liées aux questions de management et aux risques psychosociaux que nous dénonçons depuis plusieurs mois. »
Une procédure jugée révélatrice d'un management contesté
L'un des dossiers concerne un responsable ayant organisé en urgence le remplacement d'une salariée absente afin d'assurer la continuité du service. Une initiative qui lui serait aujourd'hui reprochée au motif qu'il n'aurait pas obtenu l'accord préalable de la direction générale. Pour la CGT, cette procédure illustre un mode de fonctionnement excessivement centralisé.
« On demande aux responsables d'assumer leurs responsabilités pour garantir le fonctionnement des services, mais lorsqu'ils prennent une initiative pour répondre à une urgence, ils se retrouvent sanctionnés », estime Rudy Albertini. « Cela crée un climat où plus personne n'ose prendre de décision. »
Le syndicat dénonce plus largement un management qu'il qualifie d'« autoritaire », générateur de tensions et de risques psychosociaux au sein de l'établissement.
La direction maintient sa position
De son côté, le conseil d'administration de l'ADAPEI 2A campe sur ses positions. Dans un communiqué publié le 3 juin, l'association rappelle qu'elle accompagne près de 300 personnes en situation de handicap, dont 220 travailleurs d'ESAT, et souligne que les procédures engagées « font suite à des faits signalés à la direction et susceptibles de constituer un manquement aux règles applicables dans l'établissement ».
La direction affirme que les deux salariés concernés ont bénéficié de toutes les garanties prévues par le droit du travail et précise que « les procédures suivent leur cours ». Elle rejette également toute idée de « chasse aux sorcières » ou de « vengeance personnelle », qualifiant le dossier de simple « conflit employeur-employés ». L'association assure par ailleurs que la continuité de l'accompagnement des personnes accueillies est pleinement assurée malgré le mouvement social.
Une médiation demandée au préfet
Face à l'absence d'avancée, les représentants du personnel ont officiellement sollicité l'intervention du préfet de Corse-du-Sud afin de mettre en place une médiation.
« À la sortie de la réunion, nous avons réuni les salariés en assemblée générale et la décision a été prise de demander une médiation préfectorale », indique Rudy Albertini. « Nous sommes désormais dans l'attente d'un retour de l'État. »
Les syndicats ont également sollicité l'Agence régionale de santé (ARS) de Corse. Une délégation de grévistes doit être reçue lundi matin afin d'exposer ses inquiétudes sur le climat social au sein de l'établissement.
Le climat reste tendu autour de l'ESAT U Licettu. Selon la CGT, les forces de l'ordre sont intervenues ce vendredi matin sur le site à la demande de la direction afin de demander à certains grévistes de quitter les locaux. Aucun incident n'aurait toutefois été constaté.
Les salariés non grévistes de l'ADAPEI Corse-du-Sud prennent la parole
" Sur environ 140 salariés que compte notre association, près de 120 professionnels poursuivent chaque jour leurs missions auprès des personnes en situation de handicap. La majorité des travailleurs accompagnés au sein de l'ESAT continue également son activité dans les ateliers. Ce sont ces réalités-là qui méritent d'être entendues", écrivent-ils en indiquant ne pas se reconnaitre "dans les communications diffusées au nom des salariés de l'ADAPEI". "Les revendications portées ne reflètent ni nos préoccupations ni nos positions. Nous refusons que l'image de notre association soit réduite à un mouvement qui ne représente qu'une fraction limitée des effectifs", insistent-ils.
Par ailleurs, ils indiquent constater "un climat profondément dégradé depuis le début du conflit". "Des échanges autrefois cordiaux ont laissé place à des tensions, des ruptures de dialogue, des mises à l'écart et des comportements que de nombreux collègues vivent comme des pressions. Certains professionnels ayant souhaité s'engager dans la représentation du personnel lors des élections du CSE en 2024 ont renoncé face à ce climat d'intimidation. Nul ne devrait avoir à choisir entre ses convictions et le maintien de relations professionnelles respectueuses. Cette récurrence des conflits, portés depuis des années par les mêmes acteurs indépendamment des directions en place, appelle une réflexion collective que nous ne pouvons plus éluder", dénoncent-ils encore.
Sur le fond, ils indiquent également que "les contrôles récents de l'Inspection du travail n'ont révélé aucune anomalie majeure". "Les évaluations HAS ont conclu à un niveau de qualité très satisfaisant. Nous constatons quotidiennement la présence de la Directrice générale et des équipes d'encadrement, leur écoute et leur engagement réel en faveur du dialogue et de l'amélioration continue", affirment-ils encore avant de conclure : " Notre priorité demeure inchangée : accompagner avec professionnalisme et humanité les personnes en situation de handicap qui nous font confiance chaque jour. C'est pour elles que nous continuons à exercer nos missions. C'est pour elles que nous faisons entendre notre voix aujourd'hui".