Ce samedi 30 mai, Bonifacio accueille les XXVIIe journées universitaires de l’histoire maritime. A partir de 9 h à l’espace Saint-Jacques, des professeurs d’université, militaires, médecins ou doctorants évoqueront les liens qui unit la Corse aux Antilles, thématique retenue cette année. Un événement placé sous la direction scientifique de Michel Vergé-Franceschi. Ce professeur émérite des Universités, ancien directeur du Laboratoire d’Histoire maritime du CNRS à Paris IV-Sorbonne et ancien Président de la Commission française d’Histoire maritime, a répondu aux questions de Corse Net Infos.
- Comment sont nées ces journées universitaires ?
- Ça fait 27 ans que j'organise ce colloque, depuis 1998. Je dis toujours que c’est la même série qu'Astérix. C'est « la Corse et... » : la Corse et l'Angleterre, la Corse et l'Ecosse, la Corse et l'Espagne… On fait autant de volumes. C'est le volume 27 qui sortira sur la Corse et les Antilles. Et le précédent, on va le sortir le 30 mai : la Corse et Alger, de l'Antiquité au Second Empire. La raison de cette série, c’est que les Corses sont partout !
- Cap sur les Antilles cette année. Pourquoi ce choix ?
- Les Corses ont été notamment les initiateurs du commerce du café à partir de Marseille. C'était des Corses de Centuri qui ont introduit le café à Marseille. Il en est resté pendant très longtemps à Marseille la firme Nescafé, qui en était issue. Et les Corses ont toujours été attirés par les Antilles.
- Samedi, vous allez expliquer comment est né le mythe de la naissance de Christophe Colomb à Calvi…
- Dire que Christophe Colomb était Corse, c'est tout à fait faux. Il n'est pas né à Calvi vers 1451 ou 1453, comme on peut encore le lire sur des plaques. C’est le petit-fils de sa petite-fille qui est venu se marier à Calvi. Donc il y a bien une Casa Colombo. Mais cette Casa Colombo, ce n’est pas la maison natale de Christophe Colomb, c’est la maison de son arrière arrière petit-fils. Christophe Colomb était déjà mort depuis 74 ans quand l’arrière petit-fils a créé la Casa Colombo.
- Qui étaient les Corses qui prenaient la direction des Antilles ?
- Les Balanins et les Capcorsins ont été les premiers à aller aux Amériques. Au départ, ce n'étaient pas les Antilles, mais le Pérou. Il y avait une grosse colonie de Corses à Lima, dès 1540. Les Antilles, c'est surtout le XVIIe siècle. Il n’y avait pas de recensements de population à l'époque, c'étaient des états des âmes, notamment tous ceux des Capcorsins de 1667. Et on voit, surtout à Morsiglia et à Centuri, des chefs de famille qui sont marqués « in India ». Donc aux Indes. Il s'agit évidemment des Indes occidentales. Et c'est très souvent de la Martinique, qui était française, depuis Richelieu, et de la Guadeloupe. Les Corses qui étaient partis aux Antilles, c'était des aventuriers. Des aventuriers pas trop pauvres, de façon à pouvoir payer leur traversée qui pouvait durer entre 30 et 100 jours. Si le capitaine était bon, il pouvait arriver aux Antilles en 30 jours. S'il était moins bon, il arrivait en 100 jours. Ça dépendait aussi des vents, bien entendu. Les Corses qui partaient là-bas, c’était souvent des fils de notables. C'était le cas des Lucchetti, grande famille du Cap-Corse, ou des Cipriani, des gens très aisés en Balagne. Ces gens se sont enrichis dans les îles. Il y a eu des échanges commerciaux qui ont duré tout au long du XVIIe et du XVIIIe siècle. Le Corse le plus riche pendant une vingtaine d'années, ça a été Marco Franceschi, qui a transformé la grosse maison de Merlacce à Centuri, en véritable château qui existe toujours. Il s'était enrichi, lui, essentiellement, avec une douzaine de plantations de sucre.
- Ça fait 27 ans que j'organise ce colloque, depuis 1998. Je dis toujours que c’est la même série qu'Astérix. C'est « la Corse et... » : la Corse et l'Angleterre, la Corse et l'Ecosse, la Corse et l'Espagne… On fait autant de volumes. C'est le volume 27 qui sortira sur la Corse et les Antilles. Et le précédent, on va le sortir le 30 mai : la Corse et Alger, de l'Antiquité au Second Empire. La raison de cette série, c’est que les Corses sont partout !
- Cap sur les Antilles cette année. Pourquoi ce choix ?
- Les Corses ont été notamment les initiateurs du commerce du café à partir de Marseille. C'était des Corses de Centuri qui ont introduit le café à Marseille. Il en est resté pendant très longtemps à Marseille la firme Nescafé, qui en était issue. Et les Corses ont toujours été attirés par les Antilles.
- Samedi, vous allez expliquer comment est né le mythe de la naissance de Christophe Colomb à Calvi…
- Dire que Christophe Colomb était Corse, c'est tout à fait faux. Il n'est pas né à Calvi vers 1451 ou 1453, comme on peut encore le lire sur des plaques. C’est le petit-fils de sa petite-fille qui est venu se marier à Calvi. Donc il y a bien une Casa Colombo. Mais cette Casa Colombo, ce n’est pas la maison natale de Christophe Colomb, c’est la maison de son arrière arrière petit-fils. Christophe Colomb était déjà mort depuis 74 ans quand l’arrière petit-fils a créé la Casa Colombo.
- Qui étaient les Corses qui prenaient la direction des Antilles ?
- Les Balanins et les Capcorsins ont été les premiers à aller aux Amériques. Au départ, ce n'étaient pas les Antilles, mais le Pérou. Il y avait une grosse colonie de Corses à Lima, dès 1540. Les Antilles, c'est surtout le XVIIe siècle. Il n’y avait pas de recensements de population à l'époque, c'étaient des états des âmes, notamment tous ceux des Capcorsins de 1667. Et on voit, surtout à Morsiglia et à Centuri, des chefs de famille qui sont marqués « in India ». Donc aux Indes. Il s'agit évidemment des Indes occidentales. Et c'est très souvent de la Martinique, qui était française, depuis Richelieu, et de la Guadeloupe. Les Corses qui étaient partis aux Antilles, c'était des aventuriers. Des aventuriers pas trop pauvres, de façon à pouvoir payer leur traversée qui pouvait durer entre 30 et 100 jours. Si le capitaine était bon, il pouvait arriver aux Antilles en 30 jours. S'il était moins bon, il arrivait en 100 jours. Ça dépendait aussi des vents, bien entendu. Les Corses qui partaient là-bas, c’était souvent des fils de notables. C'était le cas des Lucchetti, grande famille du Cap-Corse, ou des Cipriani, des gens très aisés en Balagne. Ces gens se sont enrichis dans les îles. Il y a eu des échanges commerciaux qui ont duré tout au long du XVIIe et du XVIIIe siècle. Le Corse le plus riche pendant une vingtaine d'années, ça a été Marco Franceschi, qui a transformé la grosse maison de Merlacce à Centuri, en véritable château qui existe toujours. Il s'était enrichi, lui, essentiellement, avec une douzaine de plantations de sucre.
- Diriez-vous que les Corses et les Antillais eurent le même rapport à la colonisation ?
- Absolument pas. On n'était pas une colonie. Depuis la domination française, on a toujours été une province française, divisée en deux départements (le Golo et le Liamone et puis après la Haute-Corse et la Corse du Sud). Mais on n'a jamais jamais été une colonie. Alors qu'en 1914, les Martiniquais ne sont pas partis à la guerre. On ne les a mobilisés qu'un an plus tard en 1915, sous un label militaire des anciennes colonies. Alors que les Corses, ils étaient mis souvent en première ligne sur le front, non pas comme on le lit un peu partout parce qu'on voulait supprimer les Corses. En réalité, c'est que les Corses ont toujours demandé, depuis l’époque de François 1er, à être en première ligne pendant les guerres ! On les mettait donc en première ligne parce qu'on disait : « Un Corse ne recule jamais. »
- Et comment les Corses étaient-ils perçus par les Antillais ?
- Comme faisant partie, à part entière, d'une province française et non pas comme un autre peuple colonisé. Les Corses étaient des gens, par essence, très tolérants. Paoli l’avait montré vis-à-vis des juifs ou des musulmans. On n’était pas esclavagistes. Et Il n’y avait pas de communauté de destin, si je puis dire, avec les Guadeloupéens et les Martiniquais qui eux étaient colonisés, et qui n’avaient pas du tout les mêmes droits par rapport aux Corses.
- Les Corses ont-ils participé à l'expansion coloniale française dans les Caraïbes ?
- Oui, ils ont participé, au même titre que les Français. S'ils avaient des rafiots trop petits à partir de Centuri pour affronter l'Atlantique, eh bien ils partaient sur des bateaux plus gros, qui partaient soit de Marseille, de Barcelone et surtout de Cadix.
– Et qu'est-ce qui rapproche aujourd'hui l’Outre-Mer de la Corse, selon vous ?
- Alors aujourd'hui, c'est ce bourrage de crânes qui fait qu'on a créé depuis 50 ans cette image des Kanaks et Corses colonisés, en mettant en valeur le mot de peuple. C'est la naissance de cette idée de peuple corse après Aléria, de façon à pouvoir être assimilé aux peuples qui ont droit à l'indépendance. J'ai vu naître, après Aléria, cette volonté de nous assimiler aux colonies. Ce qui n'a jamais été le cas. Pascal Paoli a écrit dans un très grand nombre de lettres : « J'aime l'union avec la France. » A l’époque, Pascal Paoli ne pouvait pas défendre la langue corse puisqu'elle n'était pas attaquée. Tout le monde parlait corse.
- Le lien le plus évident entre la Corse et les Antilles, c’est l’insularité. Quelles en étaient les spécificités ?
- Tout insulaire est regardé par tout continental à travers les siècles. Vous aviez exactement les mêmes réactions en Corse que dans l’île de Sein, qui est toute petite, ou dans l’île d’Ouessant. Et on avait toujours mauvaise presse. Dans une île, on manque de tout. Et donc on avait la réputation d’être des naufrageurs. Pourquoi ? Parce qu’on allait piller les épaves. Les Corses, comme les gens de l’île d’Ouessant, étaient des gens qui étaient opposés à la création des premiers phares, qui sont apparus à partir de Louis-Philippe. Eh bien, on était furieux, parce que s'il n'y avait plus de naufrages, on n'allait plus pouvoir récupérer le bois du bateau, les voiles du bateau et puis tout l'intérieur ! Donc, ce que l'on a de commun, c'est ce statut d'insulaire. L'insulaire vit dans un éloignement qui est à la fois protecteur – parce que la mer protège. Mais la mer vous amène forcément des tas de gens qui, en Corse, ont été les Carthaginois, les Phocéens qui fuyaient les Perses, les Génois, les Français, les Anglais... Autre chose qu’on a en commun, c’est l’éloignement dû à l’insularité, et par conséquent un véritable retard technologique. En Corse, on arrivait à faire les manches en bois des haches, mais après, on avait besoin de faire venir le fer de quelque part…
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XXVIIe journées universitaires d’histoire maritime de Bonifacio, ce samedi 30 mai à partir de 9 heures à l’espace Saint-Jacques. La programmation complète est à retrouver ici.
- Absolument pas. On n'était pas une colonie. Depuis la domination française, on a toujours été une province française, divisée en deux départements (le Golo et le Liamone et puis après la Haute-Corse et la Corse du Sud). Mais on n'a jamais jamais été une colonie. Alors qu'en 1914, les Martiniquais ne sont pas partis à la guerre. On ne les a mobilisés qu'un an plus tard en 1915, sous un label militaire des anciennes colonies. Alors que les Corses, ils étaient mis souvent en première ligne sur le front, non pas comme on le lit un peu partout parce qu'on voulait supprimer les Corses. En réalité, c'est que les Corses ont toujours demandé, depuis l’époque de François 1er, à être en première ligne pendant les guerres ! On les mettait donc en première ligne parce qu'on disait : « Un Corse ne recule jamais. »
- Et comment les Corses étaient-ils perçus par les Antillais ?
- Comme faisant partie, à part entière, d'une province française et non pas comme un autre peuple colonisé. Les Corses étaient des gens, par essence, très tolérants. Paoli l’avait montré vis-à-vis des juifs ou des musulmans. On n’était pas esclavagistes. Et Il n’y avait pas de communauté de destin, si je puis dire, avec les Guadeloupéens et les Martiniquais qui eux étaient colonisés, et qui n’avaient pas du tout les mêmes droits par rapport aux Corses.
- Les Corses ont-ils participé à l'expansion coloniale française dans les Caraïbes ?
- Oui, ils ont participé, au même titre que les Français. S'ils avaient des rafiots trop petits à partir de Centuri pour affronter l'Atlantique, eh bien ils partaient sur des bateaux plus gros, qui partaient soit de Marseille, de Barcelone et surtout de Cadix.
– Et qu'est-ce qui rapproche aujourd'hui l’Outre-Mer de la Corse, selon vous ?
- Alors aujourd'hui, c'est ce bourrage de crânes qui fait qu'on a créé depuis 50 ans cette image des Kanaks et Corses colonisés, en mettant en valeur le mot de peuple. C'est la naissance de cette idée de peuple corse après Aléria, de façon à pouvoir être assimilé aux peuples qui ont droit à l'indépendance. J'ai vu naître, après Aléria, cette volonté de nous assimiler aux colonies. Ce qui n'a jamais été le cas. Pascal Paoli a écrit dans un très grand nombre de lettres : « J'aime l'union avec la France. » A l’époque, Pascal Paoli ne pouvait pas défendre la langue corse puisqu'elle n'était pas attaquée. Tout le monde parlait corse.
- Le lien le plus évident entre la Corse et les Antilles, c’est l’insularité. Quelles en étaient les spécificités ?
- Tout insulaire est regardé par tout continental à travers les siècles. Vous aviez exactement les mêmes réactions en Corse que dans l’île de Sein, qui est toute petite, ou dans l’île d’Ouessant. Et on avait toujours mauvaise presse. Dans une île, on manque de tout. Et donc on avait la réputation d’être des naufrageurs. Pourquoi ? Parce qu’on allait piller les épaves. Les Corses, comme les gens de l’île d’Ouessant, étaient des gens qui étaient opposés à la création des premiers phares, qui sont apparus à partir de Louis-Philippe. Eh bien, on était furieux, parce que s'il n'y avait plus de naufrages, on n'allait plus pouvoir récupérer le bois du bateau, les voiles du bateau et puis tout l'intérieur ! Donc, ce que l'on a de commun, c'est ce statut d'insulaire. L'insulaire vit dans un éloignement qui est à la fois protecteur – parce que la mer protège. Mais la mer vous amène forcément des tas de gens qui, en Corse, ont été les Carthaginois, les Phocéens qui fuyaient les Perses, les Génois, les Français, les Anglais... Autre chose qu’on a en commun, c’est l’éloignement dû à l’insularité, et par conséquent un véritable retard technologique. En Corse, on arrivait à faire les manches en bois des haches, mais après, on avait besoin de faire venir le fer de quelque part…
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XXVIIe journées universitaires d’histoire maritime de Bonifacio, ce samedi 30 mai à partir de 9 heures à l’espace Saint-Jacques. La programmation complète est à retrouver ici.