Quand Venaco s’ouvre aux livres d’histoire

Written on 05/23/2026
Philippe Jammes

« Histoire(s) en mai », Festival du livre d’Histoire et de la fiction historique, organisé par Arte Mare faisait halte à Venaco ce samedi 23 mai. Au programme, présentation de livres, d’auteurs, échanges avec le public, visite du village, le tout orchestré par Girandulibru, une association locale très dynamique…. CNI a voulu en savoir plus sur elle et a pris le train en marche.

Dominique Gaudin, présidente de Girandulibru, a accueilli à Venaco une étape de la 21ème édition d'Histoire(s) en mai.


Cette journée avait commencé à la gare de Bastia. Une soixantaine de participants s’étaient inscrits pour participer à cette désormais incontournable animation d’Histoire(s) en mai délocalisée dans le centre Corse, à Venaco.
7h50, coup de sifflet, le train s’ébranle tout doucement puis prend de la vitesse : Lupino, Furiani, Borgo… Casamozza, où encore une bonne dizaine de personnes viennent étoffer le groupe bastiais.
10 heures : Arrivée à Venaco où sur le quai, Dominique Gaudin, présidente de l’association Girandulibru souhaite la bienvenue aux participants.
« Girandulibru est une association, créée en 2017, qui gère la bibliothèque de Venaco » nous explique-t-elle sur le chemin qui mène à la magnifique église San Michele. « Nous avons un fonds très intéressant de littérature générale, de romans, des biographies, des ouvrages d'histoire. On essaye aussi d’être au fait de l’actualité littéraire. J'ajouterai que nous faisons partie du Prix des lecteurs de Corse. Et puis de plus en plus nous animons culturellement le village et les alentours en organisant des manifestations littéraires ».


Françoise Ducret, responsable de la politique d'animation des médiathèques territoriales, présentant les invités de la matinée, nous prenons congé, momentanément, de notre hôte : A l’ombre d’un chêne multi centenaire, Gilles Nadeau, éditeur, dont la mère est originaire de l’île, Paul de Brancion et Gilles Zerlini, écrivains passionnés d’histoire. « Notre maison d’édition est familiale, créée par mon père Maurice et que j’ai reprise à la suite » souligne Gilles Nadeau. « Nous sélectionnons les auteurs non par thème mais par qualité d’écriture, et ils sont de toutes nationalités ».
Paul de Brancion est un passionné d’histoire. Poète et romancier, il est aussi agriculteur bio, cavalier, dirigeant d’entreprise, producteur de radio... Il a publié plusieurs livres dont le dernier, « L’Armée des frontières » qui évoque un épisode méconnu de la guerre d’Algérie dans un récit d’action où la vision poétique domine.
Gilles Zerlini, auteur bien connu, originaire du Cap Corse, vit à Bastia. Professeur d’histoire, il est l’auteur de nombreux livres sur des personnages aux racines corses, dont son dernier, « Guyane » qui met en scène un nouvel épisode dramatique de son histoire familiale.


La pause méridienne nous permet de faire plus ample connaissance avec Girandulibru. « On se réunit assez souvent pour discuter des livres, pour partager nos coups de cœur » indique Dominique Gaudin. « Dans ce club de lecture nous partageons nos lectures et cela nous fait découvrir d'autres horizons littéraires. Nous sommes en relation avec la médiathèque de Corte, la bibliothèque régionale, la BDP que nous sollicitons lorsque nous voulons aborder un thème particulier. Grâce à Françoise Ducret, nous avons intégré le circuit des propositions culturelles de la Collectivité de Corse et notre municipalité a passé une convention avec elle. Celle-ci nous permet de programmer 4 animations ou spectacles par an au village ».
Parmi les rendez-vous organisés par l’association, un colloque historique sur le thème des femmes, les femmes de Corse et les femmes Corses, tous les 2 ans. « Ce festival programmé en juillet est chapeauté par Michel Vergé-Franceschi, c’est notre directeur scientifique et il se charge des thèmes et des intervenants ».
Autres rendez-vous, des séances de cinéma en plein air, avec des auteurs, des conférences et bien sûr depuis 4 ans cette escale d’Histoire(s) en mai. « C’est une ouverture très intéressante et fantastique pour nous parce que ça nous rapproche d'une autre association et c’est toujours bon de partager. Chaque année on les accueille de façon très originale ».


Dominique Gaudin est très diserte, parle avec passion et fougue de son association et avant de reprendre les présentations d’auteurs, nous avons tout juste le temps d’évoquer les projets, car ils sont nombreux. « Cette année nous avons un très gros projet au mois de juillet, le dimanche 19 juillet, en partenariat avec l'Association des Arts et Lettres de France et par l'intermédiaire de la déléguée Corse de cette association. Nous aurons un colloque dédié à l'archéologie de l'absence. Un thème qui peut paraître un peu curieux, un peu ardu, peut-être un peu mystérieux, mais qui est très simple. L'absence, c'est le vide, mais le vide plein. Parce que ce sont les traces, ce sont les empreintes, qu'elles soient généalogiques, dans les pierres, dans les maisons. Nous aurons des artistes de tous horizons : Peintres, sculpteurs, photographes, architectes, etc... Il y aura présentation de livres, exposition, conférences, en plein air, au stade du village. Autre projet qui nous tient à cœur aussi, au mois de juin, pour les enfants. Une autrice et éditrice viendra du continent pour animer des ateliers pour les enfants. Au mois d’octobre, un rendez-vous avec le polar, sur la place du village. Et puis, peut-être des surprises dans le courant de l'été ». Nous n’en saurons pas plus. 

Les invités de Françoise Ducret

Au micro de Françoise Ducret, auteurs et éditeurs ont partagé avec le public.

Françoise Ducret, micro en main, présente ses invités : l’auteur espagnol Vicente Luis Mora. Philosophe, écrivain il a déjà publié dix essais, huit recueils de poésie, trois recueils d’aphorismes et de fragments littéraires et six romans. Le dernier, « Mitteleuropa - Les carnets secrets de Redo », propose les prétendues mémoires d’un personnage dont on ne connaîtra la véritable identité que dans les toutes dernières pages. Sous la forme d’un pastiche romantique du XIXe siècle, l’auteur donne une description minutieuse d’une bourgade de l’Oderbruch et de la vie de ses habitants. Cette région a vu passer dans tous les sens les armées napoléoniennes, prussiennes, autrichiennes ou russes qui se sont livrées à de nombreuses batailles laissant des cadavres par milliers. Dans cette fausse autobiographie au style riche de l’époque, volontairement désordonnée, le narrateur fait preuve d’humour notamment dans la description de la lenteur et du manque d’initiative des responsables politiques prussiens. L’ouvrage a été traduit de l’espagnol par François-Michel Durazzo, présent sous le chêne ce samedi. Après une belle visite guidée du village, il sera l’heure de reprendre le train pour Bastia avec de belles images, de beaux propos plein la tête. A noter qu’Histoire(s) en mai se poursuivra jusqu’au vendredi 5 juin pour les scolaires avec notamment une rencontre avec Guillemette Resplandy-Taï. Docteur en pharmacie, elle a écrit une thèse sur la chimie des substances d’origine naturelle. Passionnée par la botanique, elle en fait l’un des thèmes favoris de ses romans jeunesse, en particulier la série des « Thomas L’Aristoloche » (éditions Le Pommier). Elle est également l’auteur de nouvelles et de récits historiques (éditions Montalant et Nouveau Monde).