Alors que la Corse cherche des solutions pour sécuriser son avenir énergétique, plusieurs acteurs locaux plaident pour le développement de l’hydrogène sur l’île. Parmi eux, Bertrand Ciavaldini, délégué régional France Hydrogène et militant du PNC, organise une conférence ce jeudi à Monticello pour présenter sa vision d’une filière capable de répondre aux enjeux de mobilité, de décarbonation et d’autonomie énergétique du territoire.
Alors que la question énergétique devient un enjeu central pour la Corse, plusieurs acteurs locaux plaident pour le développement d’une filière hydrogène sur l’île. C’est notamment le cas de Bertrand Ciavaldini, délégué régional France Hydrogène en Corse et militant au sein du Partitu di a Nazione Corsa (PNC) qui organise une conférence ce jeudi soir à la mairie de Monticello. Une rencontre qui s’inscrit dans la continuité des réflexions engagées par Georges Guironnet avec la publication d’un livre autour de l’énergie sur l’île. « Il est président d'une nouvelle association, Acqua Sole, dont l’objectif est de sensibiliser la population aux enjeux de l'énergie et du potentiel des ressources naturelles de l'île, notamment le soleil et l'eau, pour développer l'autonomie et sécuriser l'accès à l'énergie », explique Bertrand Ciavaldini. « Dans la continuité, je reprends le sujet sous un angle un peu plus technique, et je développe le sujet hydrogène. »
Lors de la conférence, Bertrand Ciavaldini va notamment présenter un projet centré sur les trains à hydrogène en Balagne. « Je défends un projet qui consiste à faire fonctionner des trains à hydrogène, mais également à assurer les infrastructures énergétiques en amont pour avoir de l'hydrogène compétitif sur l'île, et j'utilise le train pour le distribuer. C’est basé dans le Regino, en Balagne, mais l’objectif est de mettre à disposition de l'hydrogène compétitif sur une grosse partie de l'île. » Au-delà du transport ferroviaire, il défend la création d’une véritable filière énergétique locale, alors que l’hydrogène n’est encore que très peu utilisé à l’échelle de la Corse. « Il y a un premier projet expérimental qui avait été développé par l’Université de Corse sur Ajaccio, mais c'était vraiment plus sous un angle lié à la recherche. Le lycée maritime de Bastia a aussi inauguré récemment son bateau L'Alba, qui marche à l'hydrogène, mais sinon, on ne s’en sert quasiment pas en Corse. »
Une nouvelle énergie pour répondre aux contraintes de l’île ?
Si l’hydrogène reste encore peu développé en Corse, Bertrand Ciavaldini estime qu’il pourrait néanmoins répondre à plusieurs défis propres au territoire insulaire. « On en consomme quand même 100 millions de tonnes par an depuis 150 ans, c’est quelque chose d’assez connu. En revanche, ce qui est moins connu, c'est que jusqu'à aujourd'hui, on le fabriquait à partir de gaz naturel, donc de façon polluante. Aujourd'hui, on veut profiter de tout le mouvement de décarbonation pour en faire de l'hydrogène propre bas carbone. Et ça, on peut le fabriquer un peu partout parce qu’on a juste besoin d'eau et de soleil. En Corse, on est quand même assez bien placé pour pouvoir se positionner sur ce marché. »
Selon Bertrand Ciavaldini, l'hydrogène pourrait servir dans plusieurs usages, à commencer par le transport. « C'est un nouvel usage qu'on appelle les carburants de synthèse, c’est-à-dire de l'hydrogène bas carbone qu'on combine à du CO2 recyclé. Ça pourra servir de carburant pour les avions et pour les gros navires, en sachant qu’on n’a pas beaucoup d'alternatives pour faire fonctionner ces gros véhicules. On a aussi une utilité sur la mobilité lourde ou intensive, quand la batterie ne convient plus. » L’hydrogène pourrait aussi être utile à l’heure où « on parle de limitations du système électrique en Corse ». « Avec la crise en Iran, on parle de désélectrification, mais c'est un mouvement de fond qui s'accélère avec la crise du pétrole aujourd'hui. En Corse, on a des capacités électriques qui sont ce qu'elles sont et qui vont progresser, mais de façon limitée et qui ne pourront jamais satisfaire une électrification totale des usages actuels de tout ce qui est au carburant. L'hydrogène est donc une alternative qui peut être vraiment pertinente. »
Selon lui, « en faisant des bons projets d'hydrogène bien montés, on arrivera à faire de l'hydrogène tout à fait compétitif dans cet environnement-là ». « La Corse a besoin de l'énergie de demain et je pense qu'on ne pourra pas faire sans l'hydrogène. C'est un sujet stratégique et compétitif », conclut-il.