Ce mercredi 6 mai, l’inquiétude était palpable sur le port de Calvi. Privés de carburant après la fermeture de la station d’avitaillement, plusieurs socioprofessionnels de la mer se sont rassemblés pour afficher leur soutien au gérant de la Société calvaise d’avitaillement marin et alerter sur les conséquences économiques à venir à l’approche de la saison estivale.
Le professionnel affirme travailler à perte depuis la signature de la DSP en septembre 2021. En cause selon lui, un système de redevance calculé sur un pourcentage du chiffre d’affaires hors taxes, devenu intenable avec l’explosion des prix du carburant.
« Le contrat a été fait par rapport à un pourcentage sur mon chiffre d’affaires. Ça ne peut pas être viable. Mon expert-comptable et celui de la mairie ont dit la même chose : la DSP n’était pas viable », poursuit-il. « Je voudrais renégocier le contrat pour pouvoir sortir de cette situation. Mais ça traîne depuis des années».
Le gérant évoque également une impasse financière majeure. « Je vais me retrouver à devoir 300 000 euros que je ne gagne pas. Je ne peux pas faire la saison dans cet état-là de mes finances».
Une économie portuaire fragilisée
Autour de lui, les professionnels de la mer ont tenu à afficher une solidarité sans ambiguïté. Tous redoutent l’impact immédiat d’une fermeture prolongée de la station d’avitaillement, indispensable au fonctionnement du port.
Parmi eux, Éric Villain, pêcheur et représentant de la prud’homie des pêcheurs de Balagne, alerte sur l’absence totale d’alternative.
« Pas de gasoil, pas de sortie en mer. Il n’y a pas d’alternative », résume-t-il. « La station n’a pas fermé par plaisir. Elle a été contrainte. Certains bateaux sont venus faire des pleins en urgence juste avant la fermeture».
Le représentant des pêcheurs insiste sur l’importance collective de cette infrastructure portuaire. « Le cœur de cette économie maritime, c’est forcément la station d’avitaillement. Que ce soit pour les pêcheurs, les promenades en mer, les clubs de plongée ou les plaisanciers de passage. Là, c’est un problème collectif et populaire».
Même inquiétude du côté des compagnies de promenades en mer. Florent Rocca Serra, représentant de la société Trà mare è monti, décrit une situation critique à quelques semaines du début de saison.
« On tient deux jours et après on ne sait pas du tout où on va », explique-t-il. « Nous, on a des programmes à respecter. On ne peut pas aller faire le plein dans d’autres ports comme L’Île-Rousse ou Porto. C’est beaucoup trop loin et ça nous coûte de l’argent supplémentaire».
Pour les professionnels, l’action menée ce mercredi n’avait pas vocation à bloquer le port mais à rendre visible leur inquiétude.
« Ce n’était pas un blocage. On voulait surtout montrer qu’on était présents et concernés. On est solidaires avec la station d’essence de Calvi parce que ça nous impacte directement».
La mairie reconnaît un contrat “à perte”
Du côté de la municipalité de Calvi, le problème est reconnu. Marie-Laure Guerini, adjoint au maire en charge du port, confirme que la commune travaille depuis plusieurs mois sur ce dossier complexe.
« Avec les augmentations successives des coûts du carburant et maintenant le contexte international, on se retrouve dans une situation où le délégataire a des coûts monstrueux dus à ce pourcentage »,explique-t-il.
La mairie affirme avoir engagé un expert-comptable ainsi qu’un avocat afin d’étudier des solutions juridiques permettant de modifier le contrat.
« Le délégataire travaille à perte, c’est une réalité », reconnaît l’élu. « Le problème aujourd’hui, ce sont les procédures administratives et les délais imposés par un dossier public».
La commune assure également avoir demandé au Trésor public l’arrêt des poursuites engagées contre le délégataire le temps de trouver une issue.
Reste désormais l’urgence de la saison touristique qui approche. Interrogé sur la possibilité pour les professionnels et plaisanciers de pouvoir s’approvisionner cet été à Calvi, l’adjoint au maire se veut prudent mais rassurant.
« On espère une réouverture très rapide. Nous sommes aux côtés du délégataire pour trouver une solution le plus rapidement possible».
En attendant, sur les quais du port de Calvi, la fermeture de la station d’avitaillement fait déjà planer une lourde incertitude sur toute l’activité maritime locale.