À Bastia, une Maison de protection des familles pour mieux accompagner les victimes de violences

Written on 05/06/2026
Léana Serve

Inaugurée ce mercredi 6 mai, au sein de la gendarmerie de Montesoro, la Maison de protection des familles de Bastia vise à améliorer la prise en charge des victimes de violences intrafamiliales. Entre accompagnement, écoute et prévention, ce dispositif entend offrir un cadre plus adapté aux personnes vulnérables.

La Maison de protection des familles a été inaugurée ce mercredi

(Photos Gérard Baldocchi)


Accompagner les victimes de violences intrafamiliales : c’est le but de la Maison de protection des familles de Bastia, inaugurée ce mercredi matin, 6 mai, au sein du groupement de gendarmerie de Montesoro. Opérationnel depuis le 1er janvier 2023, l’établissement est un dispositif de la gendarmerie, créé à la suite du Grenelle contre les violences conjugales organisé en 2019. « Il y en a une par département, et le but est de mieux recueillir la parole des personnes victimes de violences au sein des familles, comme les adultes pour les violences conjugales ou les enfants », explique l’adjudante-chef Cendrine Delattre, qui commande la Maison de protection des familles.
 

Quatre gendarmes sont ainsi présents au sein de la structure afin « d’être un appui » pour les victimes souhaitant se confier mais ne voulant pas le faire dans une brigade, « par exemple parce qu’elles pensent que tout le monde le saurait, ou bien parce qu’elles sont tellement vulnérables et fragiles que la vue d'un uniforme peut les faire reculer ». « On est beaucoup là aussi en appui des auditions des enfants, puisque pour auditionner un enfant, il faut être deux gendarmes », précise l’adjudante-chef. « C'est une audition qui ne va pas durer très longtemps, mais qui va être filmée. Les gendarmes des Maisons de protection des familles sont formés à l'audition des mineurs, mais les gendarmes des brigades de terrain le sont aussi grâce au protocole canadien NICHD [National Institute of Child Health and Human Development, ndlr] ».
 

Du côté de la justice, Jean-Philippe Navarre, procureur de la République de Bastia, estime que la Maison de protection des familles exprime « une prise de conscience collective ». « Pendant de trop nombreuses années, on parlait encore de crimes passionnels. On évoque aujourd'hui de manière explicite des féminicides. De la même manière, on parle encore parfois, pour les enfants, de victimes collatérales, alors qu'elles sont des victimes totales. Et c'est tout cela qui doit être pris en considération avec un devoir absolu de protection de toutes les victimes ».

Alors que 200 personnes sont condamnées chaque année par le tribunal correctionnel de Bastia pour des faits de violences intrafamiliales, le but d’un tel endroit est, selon lui, « d’ouvrir toutes les portes de nos administrations et d’accompagner dignement les victimes dans leur parcours judiciaire ». « Le chiffre des violences intrafamiliales demeure malheureusement toujours stable et à un niveau préoccupant. Ce qu’il faut surtout, plutôt que de rechercher le zéro victime qui pourrait paraître illusoire, c'est surtout de rechercher le zéro victime laissée pour compte. »


Des ateliers de prévention

Jean-Philippe Navarre, procureur de la République, Ange-Pierre Vivoni, président de l'Association des maires de Haute-Corse, et Pierre-Yves Argat, directeur de cabinet du préfet étaient présents

Pour les associations, l’ouverture de la Maison de protection des familles permet également de mieux accompagner les publics vulnérables. « C'est un dispositif précieux parce que les victimes de violences hésitent souvent pour de multiples raisons à déposer une plainte », souligne Marie-Pierre Finalteri, directrice du centre d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) de Haute-Corse. « Quand elles viennent nous voir, on les prépare et on leur dit qu'il existe la Maison de protection des familles, et que c’est une structure qui va leur permettre de s’exprimer librement et de faire une déclaration. » Mais au-delà de l’accompagnement des victimes de violences, les gendarmes agissent aussi dans une mission de protection, qui passe par la prévention. « Il faut pouvoir mettre des mots sur des maux, connaître le mécanisme de la violence et savoir comment on peut s’en sortir pour ne pas rester dedans », explique l’adjudante-chef Cendrine Delattre.

« Quand on parle de prévention, tout de suite, on pense aux écoles. Il y a des gendarmes dans les unités de gendarmerie sur toute la Haute-Corse qui sont référents scolaires et qui font de la prévention dans les écoles à la demande. Mais notre but à nous, c'est d'être là où on n'a pas l'habitude de voir un gendarme et de faire de la prévention vers les personnes qui, statistiquement, sont le plus concernées par les violences », précise-t-elle avant de donner un exemple d’une prévention faite au sein d’un établissement France Travail. « J’ai été me présenter à la directrice de France Travail à Corte, et elle m’a dit qu’elle avait des jeunes entre 16 et 25 ans qui devaient faire des ateliers. Je lui ai proposé d’organiser des ateliers sur le mécanisme des violences, et ça s’est fait. Tout passe par la prévention. »