Bonifacio baptise sa place Marie-José Nat, hommage à l’enfant du pays devenue grande actrice

Written on 04/22/2026
Julien Castelli

Elle aurait eu 86 ans ce mercredi 22 avril. Mais Marie-José Nat n’est plus, décédée le 10 octobre 2019. Néanmoins, l’actrice née à Bonifacio restera à jamais associée à sa ville, puisque la place du Marché, en bas de sa maison, vient d’être baptisée à son nom, en son honneur, et en présence de deux de ses fils et de son frère, qui ont remercié la municipalité pour ce geste : « Elle aurait été extrêmement fière. »

Autour du maire Jean-Charles Orsucci, Aurélien Drach, son épouse Clémentine et leurs deux enfants Rose et Marius. A droite, le frère de Marie-José Nat, Jean, et David Drach.

« Elle disait tout le temps, en contemplant cette vue : c’est un poème. Un tableau magnifique qui change à chaque instant. » Aurélien Drach, fils de Marie-José Nat et de Michel Drach, se souvient du bonheur qui étreignait sa mère, chaque fois qu’elle revenait chez elle, à Bonifacio. Fille d’Abdelkader Benhalassa, un militaire algérien et de Vincentine Biancarelli, une bergère bonifacienne, la petite Marie-José est née tout près de cette place qui porte désormais son nom, rue des Remparts, « dans un milieu extrêmement modeste », confie Aurélien. 

La plaque "Place Marie-José Nat", dévoilée par sa famille et le maire. Jean-Charles Orsucci tient dans ses bras Rose, la petite-fille de Marie-José Nat : "Quand je regarde son visage, j'ai l'impression de voir sa mère enfant..."

"Elle a eu raison de croire en ses rêves"

La petite fille de Bonifacio partira à Paris, des rêves plein la tête, pour devenir Marie-José Nat, une des grandes actrices du cinéma français de la Nouvelle Vague. Elle tournera avec Brigitte Bardot, Mireille Darc, Jean-Louis Trintignant ou Jean Marais. Sous la direction d’Henri-Georges Clouzot, André Cayatte, Jean-Pierre Mocky et bien sûr celui qui fut son mari, Michel Drach. Formée au cours Simon, elle a reçu en 1974 le prix d’interprétation féminine à Cannes, pour son rôle dans Les Violons du bal. Elle fut aussi décorée de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite. « Connaissant ma mère, je ne peux que sourire joyeusement à cet hommage, car elle aimait les honneurs et la reconnaissance, se souvient Aurélien Drach. Non par vanité, mais parce que chaque distinction était pour elle la preuve que la petite fille de la rue des Remparts avait eu raison de croire en ses rêves. »

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Marie-José Nat avait trois enfants : Aurélien, David et Julien. Les deux premiers étaient présents ce mercredi soir à Bonifacio, Julien étant retenu par ses obligations professionnelles. « C’est vraiment un moment émouvant pour notre mère et pour toute la famille, a salué David. C’est vrai que maman aimait particulièrement cet endroit et se sentait profondément bonifacienne. Elle aimait ce paysage absolument magnifique. » 

Au centre, la maison de famille de Marie-José Nat. Elle n'est plus habitée depuis 2022, et un arrêté préfectoral d'expulsion, pour cause de risques naturels liés à la falaise.

Péril en la demeure

Ce paysage, on ne le présente plus. Les falaises de calcaire, la mer. Le Grain de Sable. Et la Sardaigne au loin. C’est pour s’en émerveiller tous les jours un peu plus, encore et encore, qu’elle avait retapé une maison en ruine, sur la falaise. Cette maison, surplombant la mer d’un côté, la place Marie-José Nat de l’autre, fait toujours partie du sublime paysage. Mais la vie a quitté cette maison de famille il y a de cela quatre ans, depuis que la descendance de Marie-José Nat s’est vu signifiée, par le sous-préfet, un arrêté d’expulsion. Péril en la demeure, la falaise menace, et aujourd’hui toujours une mission d’inspection suit son cours. Aurélien Drach n’a pas occulté cette réalité dans son discours : « Je ne peux m’empêcher de sourire à l’ironie de ce moment. Notre maison de famille est aujourd’hui frappée d’un arrêté d’expulsion, pour un éventuel risque de décrochage de falaise à cent ans. Alors que les deux places de part et d’autres, celles-là même où nous nous trouvons, restent librement ouvertes au public. Ma mère, qui n’avait pas sa langue dans sa poche, aurait certainement eu un mot acerbe sur cette situation. Elle aurait préféré que sa famille puisse continuer à vivre dans sa maison. » Le maire Jean-Charles Orsucci lui a apporté son soutien : « S’il y a bien un endroit fantastique et magique à Bonifacio, c’est bien ici. Cette situation, je la regrette tout autant que vous. Et cette place portera désormais le message d’un destin, celui de cette petite Bonifacienne qui avait ses rêves et qui a réussi. C’est l’hommage minime que nous voulions lui rendre. »

Par la voix d’Aurélien, la famille de Marie-José Nat a vivement remercié le maire et son conseil municipal pour cet honneur :  « Aujourd’hui, vous lui faites un joli cadeau. Elle doit se sentir bien fière. La petite fille de Bonifacio n’aurait jamais pu imaginer un tel honneur, une place à son nom, ici, face à ce paysage qu’elle appelait un poème. Sincèrement, merci. »