« Turchinu, Biancu… Neru ! » : Le livre-témoignage de Didier Grassi sur le 5 mai 1992

Written on 04/21/2026
Philippe Jammes

5 mai 1992 20h20 - Furiani – Stade Armand Cesari. Dans un bruit de ferraille, la partie haute de la tribune Nord de Furiani s’effondre. Pour le journaliste Didier Grassi et ses confrères, installés dans la tribune de presse qui n’en avait que le nom c’est le grand plongeon de 17 mètres….

Ce mardi 21 avril à 18h, Didier Grassi présentera son livre à la médiathèque Barberine Duriani au Centre Culturel L’Alb’Oru à Bastia.


Didier Grassi est un fervent supporter du S(E)CB. « Ma passion pour le Sporting est venue dans les années 70, en 72 plus précisément, à l’occasion d'une finale de Coupe de France contre l'Olympique de Marseille » déclare-t-il. « J'avais huit ans à l'époque. Mon père nous avait donné un petit peu de cette passion-là, puisqu'il avait suivi le quart de finale de cette Coupe de France 71-72, du côté d'Avignon, où le Sporting s'était qualifié. Et donc de 72, j'ai ce souvenir d'un petit garçon devant sa télé en noir et blanc en pleurs, parce que le Sporting avait perdu, injustement bien évidemment, cette finale. C'est là que le sang est devenu bleu ».

Didier ne quittera plus l’écharpe bleue et blanche. Adulte, il commente quelques matchs du Sporting à Furiani lorsque le journaliste titulaire n’est pas disponible. Et c’est en cette fin des années 80 qu’il est sollicité par Radio Corse International pour couvrir les matchs du club. Lors de la saison 1991/1992, à l’occasion d’un parcours en Coupe de France exceptionnel, sa voix fait vibrer les supporters derrière leur transistor.

Le 5 mai, dès midi, en direct de Furiani, en compagnie d’un autre journaliste de la radio, il fait monter peu à peu la pression avant le coup d’envoi de cette ½ finale qui va opposer les turchini aux champions marseillais, alors dominateurs du football en France et tutoyant les grandes formations européennes. L’OM de Tapie, Boli, Papin, Olmeta….. « En amont de ce match on avait rencontré et interviewé joueurs et staff et on leur avait demandé notamment de nous donner des titres de chansons qu’ils aimaient et on les avait passées tout l'après-midi à l’antenne. Je pense qu'on a dû être les premiers dans cette tribune de presse, en fait la dernière rangée de la tribune qui avait été construite, la tribune provisoire, et donc on était là-haut tous les deux, à préparer cette rencontre. Effectivement, c'était une fête qui était attendue car Bastia n'avait pas retrouvé ce niveau-là depuis bien des années, après l'épopée de la Coupe d'Europe en 77-78 ou la victoire en Coupe de France en 81. Et donc là, on retrouvait enfin un Sporting avec de l'ambition dans cette Coupe de France, mais potentiellement aussi pour retrouver la première division ».


Mais à 20h20, tout bascule en même temps que cette tribune. « Le témoignage que je rends dans ce livre, ce que j’ai vécu ce 5 mai, pendant très longtemps je n'ai pas réussi vraiment à l'exprimer publiquement. Ce récit retrace mon expérience personnelle de la tragédie, de l’avant à l’après, du chaos à la reconstruction, et du combat pour la mémoire collective. Une histoire intime, mais aussi un hommage à toutes celles et ceux qui ont été touchés ce soir-là et qui, depuis, se battent pour que jamais on n’oublie ».

Durant près de 20 ans Didier Grassi sera aux côtés du « Collectif des Victimes du 5 mai » pour obtenir la sacralisation du 5 mai, pour que plus aucun match de football ne se dispute en France ce jour-là. « 20 ans après la tragédie, au moment où la Fédération Française de Football envisageait de faire jouer une finale de Coupe de France ce 5 mai 2012, ça m'avait paru quelque chose de fou. Ça a provoqué chez moi, comme chez beaucoup de personnes, et notamment du côté du Collectif, auquel je n'appartenais pas à ce moment-là, un ressentiment de frustration, de colère. Comment pouvait-on envisager jouer une finale de Coupe de France le jour du 20e anniversaire de la tragédie. Et donc, ça m'a libéré, quelque part, en termes de paroles publiques ».
Ce mardi 21 avril à 18h, Didier Grassi présentera son livre à la médiathèque Barberine Duriani au Centre Culturel L’Alb’Oru à Bastia. Les bénéfices de la vente du livre seront reversés au Collectif des Victimes du 5/5/92 et de l’Associu Sporting Bastia 92.