Transports maritimes : L’Office des transports de Corse compensera la moitié des surcoûts liés à la Taxe carbone

Written on 04/19/2026
Nicole Mari

L’Office des Transports de Corse (OTC) annonce l’octroi d’une indemnisation de huit millions d'euros aux compagnies maritimes délégataires du service public – Corsica Linea et La Méridionale - pour amortir le choc lié à l’application de la norme européenne ETS, ou taxe carbone, qui a entraîné une hausse des coûts de fret de 12 à 20%. Cette mesure provisoire vise à compenser la moitié du surcoût pour 2026, mais sous condition. L’OTC appelle les autres parties concernées –transporteurs et distributeurs – à répercuter les prix à la baisse pour le consommateur, et l’Etat à accompagner la transition et à soutenir la demande d’exemption pour la Corse. Explications de Jean-Félix Acquaviva, président de l’Office des Transports de Corse (OTC).

- Pourquoi avez-vous décidé d’octroyer 8 millions € aux compagnies maritimes délégataires ?
- L’objectif est de compenser la hausse du coût du transport de fret, liée à l’application des normes européennes ETS (Echange de quotas d’émission). Cette directive de 2023 sur les taxes environnementales vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre en tarifiant le volume qui peut être émis par les compagnies maritimes. Dans le cadre du contrat de délégation service public (DSP) maritime, qui a débuté en 2023 et finit en 2029, l’Office des transports de la Corse (OTC) est déjà intervenu en 2024 et en 2025 pour compenser ces taxes qui montent en charge progressivement, à savoir 40 % sur les émissions de gaz en 2024 et 70 % en 2025. Nous avons déjà engagé 10 millions d’euros pour éviter les hausses de prix des denrées alimentaires et autres produits. C’est pour cela qu’il n’y a pas eu de répercussions sur le tarif fret en Corse. Sauf qu’en 2026, la hausse de la taxe atteint 100 %.
 
- C’était prévu par Bruxelles ?
- Oui ! Lors de ma première intervention politique en tant que président de l’OTC en avril 2025, dans le cadre de la COP, la réunion de la transition environnementale qui s’est tenue à Ajaccio, j’avais parlé de ces problèmes de taxes - la fameuse taxe TSBA (Taxe de solidarité sur les billets d’avion) et le système ETS de norme environnementale - qui sur-renchérissaient les prix. Je l’ai répété sans cesse depuis les Assises des transports en juin de la même année et expliqué que nous demandions des exemptions. Un Collectif socio-économique s’est constitué en fin d’année lorsque les socio-professionnels se sont rendus compte que le tarif fret allait vraiment augmenter. Les compagnies maritimes ont été obligées de répercuter cette hausse en 2026 : + 5 € le mètre linéaire pour les lignes de Bastia et Ajaccio et + 8 € sur Porto-Vecchio. Cette hausse s’est répercutée sur le transport routier qui l’a répercutée sur le distributeur qui l’a répercutée à son tour sur le prix des denrées alimentaires et des matériaux.
 
- Que demandez-vous exactement ?
- Nous demandons une exemption provisoire pour cinq ans de ces quotas et l’adaptation de la directive européenne à la spécificité corse. Il se trouve que les négociations sur la révision de cette directive s’ouvrent en juin jusqu’à la fin de l’année. L’État doit jouer franc du collier pour permettre cette exemption provisoire. L’idée est de décarboner, mais en adaptant les quotas payants à l’insularité et en les fléchant sur la Corse pour permettre des investissements dans l’électrification des ports, le zéro-émission pour les bateaux et les carburants durables dans l’aérien. Aujourd’hui, ce qui est payé part ailleurs. Cette demande politique, que nous faisons depuis un moment déjà, a été reprise par le Collectif socio-économique. En attendant que cette révision ait lieu, il faut des mesures transitoires pour faire baisser les tarifs et éviter leur répercussion sur le pouvoir d’achat des insulaires. Nous faisons ce geste, nous faisons la moitié du chemin en donnant 8 millions €. En 2026, le coût des normes ETS pour les compagnies maritimes, Corsica Linea et la Méridionale, s’élève à 16 millions €. Nous en donnons la moitié, mais nous appelons en même temps les autres parties, c’est-à-dire l’État, qui doit accompagner la transition, les transporteurs routiers et les distributeurs à prendre leurs responsabilités pour que le panier de la ménagère, le coût des matériaux pour les entreprises et le coût à l’export diminuent d’autant.
 
- Au vu de l’état financier de la Collectivité, avez-vous les moyens d’un tel geste ?
- Oui ! Nous pouvons faire ce geste parce que nous avons eu une bonne gestion des contrats de service public grâce à notre comité de suivi qui compare tous les trois mois le prévisionnel de départ et le réalisé des compagnies délégataires. Nous avons fait quelques économies et récupéré des sommes sur le carburant et l’exploitation pour les exercices 2024 et 2025. Attention, cela ne veut pas dire que chaque année, nous pourrons récupérer ces sommes ! Si le prix du carburant explose, nous ne pourrons pas les récupérer. Cette gestion conjoncturelle nous permet de faire ce geste conjoncturel pour l’année 2026. Nous l’avons acté au budget prévisionnel, cela a été adopté à l’unanimité des administrateurs lors du Conseil d’administration de l’OTC, le 15 avril. Le dossier sera présenté à l’Assemblée de Corse fin mai. Ce geste est, j’insiste, un appel à contribution pour que les autres acteurs fassent l’autre moitié de l’effort et un appel à l’engagement politique de l’Etat pour obtenir l’adaptation de la directive.
 
- Pensez-vous que les compagnies, les transporteurs et les distributeurs baisseront les tarifs ?
- En tout cas, les compagnies se sont engagées à le faire. Nous avons signé un protocole d’accord avec Corsica Linea, mais nous n’avons pas encore réglé le problème avec La Méridionale qui a une gestion trop juridique des contrats et qui veut éviter de payer ses obligations contractuelles. Nous souhaitons qu’elle signe au plus vite ce protocole et s’engage à rebaisser les tarifs. Nous aurons une réunion avec le Collectif socio-économique pour que les distributeurs et les transporteurs routiers s’y engagent aussi. Nous appelons aussi l’État à mettre en place des mesures d’accompagnements financiers pour que les compagnies maritimes bénéficient de crédits d’impôts qui leur permettront de décarboner plus vite et de diminuer le coût des ETS, en attendant l’exemption. Nous lui demandons aussi de s’engager à défendre avec nous la Corse à Bruxelles.
 
- Quand verserez-vous les 8 millions € ?
- Entre juin et décembre. Nous avons la disponibilité financière, nous pouvons agir rapidement. Nous allons voir les compagnies pour rentrer dans les modalités d’application, mais nous ne paierons pas d’un coup les 8 millions €. Nous conditionnerons les versements en fonction des résultats des tarifs. Je le répète, chacun doit prendre ses responsabilités. Nous sommes dans notre rôle. Notre objectif est de défendre le pouvoir d’achat des Corses, la compétitivité des entreprises à l’import pour les matériaux et à l’export pour les viticulteurs ou les agriculteurs. Si les tarifs ne baissent pas, ce ne sera pas de notre fait puisque nous faisons ce qu’il faut.
 
- Qu’avez-vous prévu pour les taxes qui touchent l’aérien ?
- Les normes ETS touchent aussi l’aérien et surenchérissent le tarif résident et le tarif général. Toutes les compagnies sont concernées. Nous avons demandé à l’État l’exonération de la Taxe de solidarité sur les billets d’avion. Il peut le faire parce que c’est une taxe gouvernementale de 14,8 € aller-retour. D’autant que se pose aujourd’hui la question du carburant dans l’aérien. Il faut donner le temps de trouver des carburants durables.
 
Propos recueilli par Nicole Mari.