Le cardinal François-Xavier Bustillo a publié, il y a quelques jours aux Éditions Fayard, le premier tome des Carnets corses. Consacré à l’automne, cet ouvrage retrace, au fil d’un regard pastoral profondément ancré dans la vie de l’île, des rencontres, des visages, et des villages. Avec cette nouvelle série construite autour des saisons, plus qu’un livre, l’évêque d’Ajaccio propose une traversée de la Corse, de la foi et de la vie elle-même. Ce lundi, une rencontre était organisée à la cathédrale Santa Maria Assunta à Ajaccio, avec un temps d’échanges, une causerie et une séance de dédicaces. Auparavant, l'évêque de Corse a accordé une interview à CNI pour expliquer cette nouvelle démarche littéraire.
Votre série suit le rythme des saisons. Est-ce une manière de raconter la vie comme un cycle naturel presque spirituel ?
Absolument, parce que la vie dans notre société est devenue un peu mécanique. Elle va très vite et d'une manière pas très articulée. Et reprendre le rythme des saisons est une manière de rappeler que notre vie est organique. Il y a des saisons, il y a des temps et on grandit avec le temps et dans le temps. Il ne faut pas oublier la dimension aussi de la gradualité et la dimension aussi du rythme. On a besoin de rythme. J'ai pris les quatre saisons pour dire qu'on vit des choses différentes en Corse selon les moments et selon les temps.
On peut dire que la Corse justement accentue cette sensation de cycles ?
Absolument. Il y a quelques jours je partais de Bastia pour rentrer à Ajaccio, où le printemps est déjà là, mais à Vizzavona, c’était encore l’hiver. Il y a des rythmes différents, dans des lieux différents de l’île. Il faut respecter le cycle de la nature, le cycle de la culture comme le cycle de la spiritualité.
Dans ces chroniques, on sent quelque chose de très personnel. Est-ce que l'écriture est pour vous une forme de prière ou plutôt un espace de liberté ?
Je dirais plutôt un espace de liberté, parce que par l'écriture on raconte. Mon livre Réparation est plutôt une réflexion sur la société. Carnets Corses est un récit, je raconte ce que je vis, parce que je me suis rendu compte que beaucoup de personnes se posent la question c'est quoi un évêque ou un cardinal ? Ils ne savent pas. 90 % des gens vont voir peut-être le côté administratif, bureaucratique ou le côté cultuel. Ils savent qu’un cardinal ou un évêque fait des messes, mais pas ce qu’ils vivent vraiment, c’est-à-dire nos rencontres, l'animation pastorale, le contact avec les gens… Ce sont des choses qu’on ne voit pas. Aussi, je me suis dit qu’il serait intéressant de raconter qui je suis, ce que je vis, ce que la Corse m’apporte et ce que j’essaye d’apporter aux Corses.
Absolument, parce que la vie dans notre société est devenue un peu mécanique. Elle va très vite et d'une manière pas très articulée. Et reprendre le rythme des saisons est une manière de rappeler que notre vie est organique. Il y a des saisons, il y a des temps et on grandit avec le temps et dans le temps. Il ne faut pas oublier la dimension aussi de la gradualité et la dimension aussi du rythme. On a besoin de rythme. J'ai pris les quatre saisons pour dire qu'on vit des choses différentes en Corse selon les moments et selon les temps.
On peut dire que la Corse justement accentue cette sensation de cycles ?
Absolument. Il y a quelques jours je partais de Bastia pour rentrer à Ajaccio, où le printemps est déjà là, mais à Vizzavona, c’était encore l’hiver. Il y a des rythmes différents, dans des lieux différents de l’île. Il faut respecter le cycle de la nature, le cycle de la culture comme le cycle de la spiritualité.
Dans ces chroniques, on sent quelque chose de très personnel. Est-ce que l'écriture est pour vous une forme de prière ou plutôt un espace de liberté ?
Je dirais plutôt un espace de liberté, parce que par l'écriture on raconte. Mon livre Réparation est plutôt une réflexion sur la société. Carnets Corses est un récit, je raconte ce que je vis, parce que je me suis rendu compte que beaucoup de personnes se posent la question c'est quoi un évêque ou un cardinal ? Ils ne savent pas. 90 % des gens vont voir peut-être le côté administratif, bureaucratique ou le côté cultuel. Ils savent qu’un cardinal ou un évêque fait des messes, mais pas ce qu’ils vivent vraiment, c’est-à-dire nos rencontres, l'animation pastorale, le contact avec les gens… Ce sont des choses qu’on ne voit pas. Aussi, je me suis dit qu’il serait intéressant de raconter qui je suis, ce que je vis, ce que la Corse m’apporte et ce que j’essaye d’apporter aux Corses.
Est-ce que certaines pages ont été plus difficiles que d'autres à écrire ?
Non, parce qu'un récit, c'est relativement simple. Si on regarde les pages de l'histoire, quand on parle de la Corse, que ce soit sur le continent ou ici, souvent, on va dire tout ce qui est sombre, parfois lourd, parfois difficile. Moi, dans mon ministère, je vois quand même des rencontres lumineuses. Je vois un côté merveilleux en Corse. Je ne suis pas ni naïf, ni angéliste, mais je me dis pourquoi ne pas raconter tout ce qui est bon et bien dans ce peuple ? Pourquoi ne pas raconter des rencontres superbes ? Pourquoi ne pas dire tout ce qui est lumineux et beau dans notre île ? Il ne s'agit pas d'être ni tout blanc, ni tout sombre, mais pouvoir dire aussi qu’il y a des points positifs, du potentiel, de l'espérance en Corse.
Est-ce que vous écrivez plutôt dans le silence ou dans le tumulte du quotidien ?
Plutôt dans le silence. J'ai besoin d'être posé pour écrire et pour revoir. Vous le savez, je prends souvent la voiture pour traverser la Corse. Ce sont des moments de silence qui, pour moi, sont très bénéfiques, je dirais presque thérapeutiques, parce que quand je suis avec des personnes, je les rencontre et je me donne totalement. Mais quand je suis seul dans la voiture, c'est un lieu de réparation. Ensuite, le soir, souvent quand je n'ai pas de réunion ou de déplacement, j’ai le temps d’écrire. Pour moi, le soir est un temps privilégié pour reprendre la journée, pour reprendre les rencontres et c'est très bénéfique pour l'écriture.
Votre regard sur la Corse est à la fois intime et universel. Qu'est-ce que cette terre vous a appris que vous n'auriez appris nulle part ailleurs ?
Déjà, cette terre m'apprend à être évêque puisqu’avant elle je ne l’étais pas. Quand je suis arrivé ici, j’ai commencé mon ministère épiscopal et j’ai découvert le peuple qui m'a été confié. Comme je l'ai souvent dit, je ne vois pas un évêque ou un pasteur qui soit loin des gens. Si je veux connaître et comprendre mon peuple, je dois plonger au milieu. Autrement, je ne connais pas ni leurs combats, ni leur espérance, ni rien du tout. Donc pour moi aller au milieu de mon peuple, quand je vais dans les villages, quand je vais à la Madunnuccia ou à la Saint Joseph, c’est une manière aussi de vivre l'incarnation. Il faut rencontrer les personnes, se laisser aussi déranger, provoquer par ce que les gens vivent. Et après, toi aussi, apporter ce que tu es et ce que tu as, comme les autres m'apportent ce qu'ils sont et ce qu'ils ont. On grandit ensemble.
Non, parce qu'un récit, c'est relativement simple. Si on regarde les pages de l'histoire, quand on parle de la Corse, que ce soit sur le continent ou ici, souvent, on va dire tout ce qui est sombre, parfois lourd, parfois difficile. Moi, dans mon ministère, je vois quand même des rencontres lumineuses. Je vois un côté merveilleux en Corse. Je ne suis pas ni naïf, ni angéliste, mais je me dis pourquoi ne pas raconter tout ce qui est bon et bien dans ce peuple ? Pourquoi ne pas raconter des rencontres superbes ? Pourquoi ne pas dire tout ce qui est lumineux et beau dans notre île ? Il ne s'agit pas d'être ni tout blanc, ni tout sombre, mais pouvoir dire aussi qu’il y a des points positifs, du potentiel, de l'espérance en Corse.
Est-ce que vous écrivez plutôt dans le silence ou dans le tumulte du quotidien ?
Plutôt dans le silence. J'ai besoin d'être posé pour écrire et pour revoir. Vous le savez, je prends souvent la voiture pour traverser la Corse. Ce sont des moments de silence qui, pour moi, sont très bénéfiques, je dirais presque thérapeutiques, parce que quand je suis avec des personnes, je les rencontre et je me donne totalement. Mais quand je suis seul dans la voiture, c'est un lieu de réparation. Ensuite, le soir, souvent quand je n'ai pas de réunion ou de déplacement, j’ai le temps d’écrire. Pour moi, le soir est un temps privilégié pour reprendre la journée, pour reprendre les rencontres et c'est très bénéfique pour l'écriture.
Votre regard sur la Corse est à la fois intime et universel. Qu'est-ce que cette terre vous a appris que vous n'auriez appris nulle part ailleurs ?
Déjà, cette terre m'apprend à être évêque puisqu’avant elle je ne l’étais pas. Quand je suis arrivé ici, j’ai commencé mon ministère épiscopal et j’ai découvert le peuple qui m'a été confié. Comme je l'ai souvent dit, je ne vois pas un évêque ou un pasteur qui soit loin des gens. Si je veux connaître et comprendre mon peuple, je dois plonger au milieu. Autrement, je ne connais pas ni leurs combats, ni leur espérance, ni rien du tout. Donc pour moi aller au milieu de mon peuple, quand je vais dans les villages, quand je vais à la Madunnuccia ou à la Saint Joseph, c’est une manière aussi de vivre l'incarnation. Il faut rencontrer les personnes, se laisser aussi déranger, provoquer par ce que les gens vivent. Et après, toi aussi, apporter ce que tu es et ce que tu as, comme les autres m'apportent ce qu'ils sont et ce qu'ils ont. On grandit ensemble.
Est-ce que la foi se vit différemment ici qu'ailleurs ?
La foi se vit différemment dans chaque lieu. Moi, je pense qu'à Paris, à Rome, à New York ou en Corse, on la vit différemment. Mais ici, quand même, il y a une spécificité parce qu'il y a une visibilité. Peut-être que les Corses ne vont pas tous les dimanches à la messe, mais il n'y a pas d'hostilité idéologique. Il y a une facilité de contact, une facilité aussi pour rencontrer les personnes et pour participer, par exemple, aux processions. Quand on voit le monde qu’il y a à la Saint Joseph à Bastia ou à la Madunnuccia à Ajaccio on voit qu’il y a une manière décomplexée, sereine de vivre la foi. Moi, je pense que cela apporte beaucoup parce que quelque part, dans nos manifestations et dans nos processions, on véhicule le sacré dans l'espace public, mais en respectant ceux qui ne croient pas. On n'est pas dans la domination ni dans la séduction. C'est une expression de la foi populaire. Je trouve que cela est très sain.
Le premier tome de vos Carnets corses, consacré à l’automne, est paru il y a quelques jours. Qu'avez-vous ressenti en vous livrant ainsi au public, non pas comme cardinal, mais comme un homme ?
C'est un homme qui partage avec sa famille ce qu'il vit et je trouve que j'ai fait des rencontres magnifiques. J'ai un très bel accueil chez les Corses. Je sens que les gens ont beaucoup de facilité de contact avec leur cardinal. Donc je trouve qu'il est intéressant aussi de pouvoir raconter quelque chose. Je ne suis pas dans le calcul, je ne suis pas dans la stratégie, mais je suis dans le côté naturel. Je raconte des situations ou des personnes qui attirent mon attention et que je les trouve intéressantes, parce qu'il y a du positif. On véhicule un message constructif pour les autres.
Entre automne, hiver et printemps, été, il y a une idée de chute, puis de renaissance. Est-ce que vos carnets racontent aussi quelque chose de votre propre chemin intérieur ?
Effectivement, quand on vit une vie spirituelle, humaine et de responsabilités comme la mienne il y a des temps d'hiver où la sève se retire, où c'est plus calme, où on est plus à l'intériorité. Il y a aussi des temps de printemps et d'été où on se donne à fond et on essaye d'être actif. La sève monte et donc il y a la passion, il y a la mission et on se donne. Il y a des temps comme l'automne, où on ramasse les fruits, tout ce qu'on a semé pendant les vendanges. C’est durant l'automne qu’on rassemble tout ce qu'on a essayé de donner pendant le printemps et l'été.
À qui s'adresse cette série des Carnets corses ?
Du moment que c'est un récit assez personnel, cela peut intéresser des personnes qui sont en recherche, des personnes qui ne connaissent pas trop la mission d'un évêque et qui veulent mieux comprendre ce que nous sommes, ce que nous faisons. Et cela s'adresse bien sûr aux Corses, parce que c'est avec eux que je vis cette aventure. Mais puisque cette aventure est originale, elle peut aussi intéresser d'autres réalités qui cherchent à vivre une mission à la manière des Corses, donc dans la liberté, dans la simplicité et dans le côté familial.
Vous espérez toucher ceux qui sont loin de la foi ?
Oui parce qu'ils me touchent, et que j'essaye de les toucher, non pas, encore une fois, ni par la séduction, ni par la domination, mais plutôt par la simplicité d'une communication à travers laquelle je dis mon expérience, tout simplement.
Si vous deviez résumer votre vie en Corse en une seule image ou un seul souvenir, lequel choisiriez-vous ?
Les rencontres. Parce que quand on est nommé évêque on croit qu’on va faire plein de choses et gérer plein de choses et on le fait. Mais ce qui apporte le plus, ce sont les rencontres dans la diversité des personnes et des situations. Comme j'essaye de raconter dans des mondes extrêmement différents, on rencontre des personnes formidables.
La foi se vit différemment dans chaque lieu. Moi, je pense qu'à Paris, à Rome, à New York ou en Corse, on la vit différemment. Mais ici, quand même, il y a une spécificité parce qu'il y a une visibilité. Peut-être que les Corses ne vont pas tous les dimanches à la messe, mais il n'y a pas d'hostilité idéologique. Il y a une facilité de contact, une facilité aussi pour rencontrer les personnes et pour participer, par exemple, aux processions. Quand on voit le monde qu’il y a à la Saint Joseph à Bastia ou à la Madunnuccia à Ajaccio on voit qu’il y a une manière décomplexée, sereine de vivre la foi. Moi, je pense que cela apporte beaucoup parce que quelque part, dans nos manifestations et dans nos processions, on véhicule le sacré dans l'espace public, mais en respectant ceux qui ne croient pas. On n'est pas dans la domination ni dans la séduction. C'est une expression de la foi populaire. Je trouve que cela est très sain.
Le premier tome de vos Carnets corses, consacré à l’automne, est paru il y a quelques jours. Qu'avez-vous ressenti en vous livrant ainsi au public, non pas comme cardinal, mais comme un homme ?
C'est un homme qui partage avec sa famille ce qu'il vit et je trouve que j'ai fait des rencontres magnifiques. J'ai un très bel accueil chez les Corses. Je sens que les gens ont beaucoup de facilité de contact avec leur cardinal. Donc je trouve qu'il est intéressant aussi de pouvoir raconter quelque chose. Je ne suis pas dans le calcul, je ne suis pas dans la stratégie, mais je suis dans le côté naturel. Je raconte des situations ou des personnes qui attirent mon attention et que je les trouve intéressantes, parce qu'il y a du positif. On véhicule un message constructif pour les autres.
Entre automne, hiver et printemps, été, il y a une idée de chute, puis de renaissance. Est-ce que vos carnets racontent aussi quelque chose de votre propre chemin intérieur ?
Effectivement, quand on vit une vie spirituelle, humaine et de responsabilités comme la mienne il y a des temps d'hiver où la sève se retire, où c'est plus calme, où on est plus à l'intériorité. Il y a aussi des temps de printemps et d'été où on se donne à fond et on essaye d'être actif. La sève monte et donc il y a la passion, il y a la mission et on se donne. Il y a des temps comme l'automne, où on ramasse les fruits, tout ce qu'on a semé pendant les vendanges. C’est durant l'automne qu’on rassemble tout ce qu'on a essayé de donner pendant le printemps et l'été.
À qui s'adresse cette série des Carnets corses ?
Du moment que c'est un récit assez personnel, cela peut intéresser des personnes qui sont en recherche, des personnes qui ne connaissent pas trop la mission d'un évêque et qui veulent mieux comprendre ce que nous sommes, ce que nous faisons. Et cela s'adresse bien sûr aux Corses, parce que c'est avec eux que je vis cette aventure. Mais puisque cette aventure est originale, elle peut aussi intéresser d'autres réalités qui cherchent à vivre une mission à la manière des Corses, donc dans la liberté, dans la simplicité et dans le côté familial.
Vous espérez toucher ceux qui sont loin de la foi ?
Oui parce qu'ils me touchent, et que j'essaye de les toucher, non pas, encore une fois, ni par la séduction, ni par la domination, mais plutôt par la simplicité d'une communication à travers laquelle je dis mon expérience, tout simplement.
Si vous deviez résumer votre vie en Corse en une seule image ou un seul souvenir, lequel choisiriez-vous ?
Les rencontres. Parce que quand on est nommé évêque on croit qu’on va faire plein de choses et gérer plein de choses et on le fait. Mais ce qui apporte le plus, ce sont les rencontres dans la diversité des personnes et des situations. Comme j'essaye de raconter dans des mondes extrêmement différents, on rencontre des personnes formidables.