Anthony Morganti : « Le cinéma corse apporte une couleur unique au cinéma français »

Written on 03/18/2026
Océane Baldocchi

Originaire de Brando, Anthony Morganti incarne cette nouvelle génération d’acteurs corses qui s’imposent progressivement dans le paysage cinématographique. À 42 ans, il construit un parcours marqué par l’authenticité, entre racines insulaires, passion du jeu et projets ambitieux. Rencontre avec un comédien qui avance avec humilité, mais avec une vision claire de son métier.


En couple avec une infirmière libérale, père de César, six mois, il accorde une importance particulière au bien-être familial. Engagé, il est également devenu le parrain de l’association E Donne di Corsica, succédant à Michel Ferracci, qui occupait ce rôle depuis 2020.
 
Une passion née dans l’enfance
Pour Anthony Morganti, le goût du cinéma remonte à l’enfance.
« Depuis enfant, avec un ami, nous étions passionnés par le cinéma : la science-fiction, les films d’horreur, puis plus tard les polars. Nous louions des films et nous passions des heures à en discuter. On rêvait beaucoup. »
Comme beaucoup, il s’imagine acteur, sans vraiment y croire.
« Je me disais que ce serait mon rêve d’être acteur. Mais je n’ai rien fait pour le devenir. Je pensais que ce métier était réservé aux habitants de la capitale, à ceux qui avaient suivi un parcours théâtral. En Corse, cela me paraissait impossible. »
 
Un parcours d’autodidacte
Anthony Morganti débute finalement de manière autodidacte. Aujourd’hui, il poursuit sa progression en se formant davantage au jeu d’acteur.
Son identité corse influence profondément son travail.
« C’est une identité très forte. J’ai grandi dans une culture où la mémoire, la famille et la transmission sont essentielles. Cela nourrit ma manière d’aborder les émotions, les silences et les relations entre les personnages. »
La Corse, selon lui, est aussi une terre de récits.
« Entre son histoire, ses traditions et la force de son identité, il y a une véritable matière dramatique. »
Cette identité a facilité ses débuts dans le cinéma corse, mais peut aussi constituer un frein.
« L’accent est parfois trop présent. Je travaille dessus avec un orthophoniste. »
Malgré cela, il insiste sur la richesse apportée par les acteurs insulaires.
« Même sans accent, les Corses apportent une couleur spécifique au cinéma français. »
 
Les acteurs corses dans le cinéma français
Pour lui, les comédiens corses ont une place à part, mais rien n’est acquis.
L’essentiel reste le travail et la capacité à se transformer.
« Être corse est une richesse, une couleur supplémentaire, mais il faut rester ouvert à tous les univers. »
Avec l’émergence de récits issus des territoires, il estime que cette place est appelée à se renforcer.
 
Un cinéma corse en mouvement
Le dynamisme actuel du cinéma corse lui semble réel, mais fragile.
« Si le cinéma d’auteur ne s’éteint pas et que l’intelligence artificielle ne prend pas le relais, alors oui, cette dynamique peut durer. »
Parmi ses rôles marquants, celui interprété dans Le Royaume constitue un tournant dans sa carrière.
 
Jouer dans la vérité
Sa vision du métier repose sur une approche intime du jeu.
« Je ne peux pas jouer sans passer par moi. Chaque personnage me ressemble un peu. Je me demande toujours : si c’était vrai, comment je le vivrais ? »
Sa méthode privilégie le naturel.
« Jamais devant un miroir. Le miroir pousse au contrôle. Un personnage doit être vécu, pas maîtrisé. »
Avec l’expérience, il met aussi en avant le travail collectif.
« Travailler ensemble sur un texte est souvent plus efficace que de l’aborder seul. »
 
Les coulisses du métier
Le quotidien d’acteur reste souvent méconnu.
« Ce que les gens ne voient pas, c’est la recherche de projets. »
Parmi ses expériences marquantes, sa rencontre avec Tchéky Karyo.
« Jouer avec lui a été une grande leçon. C’est lui qui m’a conseillé un orthophoniste. »
 
Des ambitions affirmées
Anthony Morganti nourrit plusieurs envies.
Il cite notamment les réalisateurs avec lesquels il aimerait collaborer, comme Alexandre Astier ou Luc Besson.
Il imagine aussi un cinéma corse explorant d’autres genres :
« De la science-fiction ou du thriller fantastique dans nos décors, avec notre identité, il y a énormément de choses à faire. »
Il travaille actuellement sur une mini-série comique destinée à Netflix.
Parmi les rôles qu’il souhaite explorer un personnage dans un film médiéval zt une relation père-enfant, dans un registre différent
 
Un regard tourné vers l’avenir
L’acteur envisage aussi de passer derrière la caméra.
« Oui, j’aimerais réaliser. J’écris dans ce but. »
Entre engagement, progression et nouveaux projets, Anthony Morganti poursuit son parcours avec une conviction : le cinéma, en Corse comme ailleurs, a encore de nombreuses histoires à raconter.
 

Quant à savoir, comme on peut le lire sur les réseaux et dans la presse, si le cinéma corse, qui met trop souvent à l’honneur des voyous, serait prisonnier de cette image — une vie en apparence facile susceptible de séduire des jeunes générations parfois trop naïves — sa réponse est claire.
« S’inspirer d’histoires locales pour faire des films n’a rien de malsain. Martin Scorsese s’est lui aussi beaucoup inspiré des histoires de ses quartiers.
Les Corses n’ont pas attendu le cinéma pour s’intéresser à la figure du voyou. Certains pensent que ces films influencent, d’autres qu’ils dénoncent.
Moi je me dis simplement que, pour une fois que ces histoires peuvent donner naissance à quelque chose de noble comme le cinéma, il ne faut pas cracher dessus. 
»