Stade Michel Moretti : vers une gouvernance CAPA des grands équipements sportifs ?

Written on 02/19/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Interpellé par le Cullettivu Biancu è Rossu sur l’avenir du stade Michel-Moretti, le maire sortant d’Ajaccio, Stéphane Sbraggia, a rendu publique sa réponse. S’il reconnaît la fragilité actuelle du modèle foncier, il écarte l’idée d’un rachat municipal précipité et propose plutôt d’inscrire le dossier à l’échelle de la Communauté d’Agglomération du Pays Ajaccien. Tout en évoquant également le cas du Stade Ange Casanova, utilisé par le GFCA.

À Ajaccio, le débat dépasse largement le simple cadre du football. Le stade Michel-Moretti, antre de l’AC Ajaccio, s'est invité au coeur de la campagne municipale. À l’origine de cette séquence : une lettre ouverte du Cullettivu Biancu è Rossu, collectif de 1 200 socios, appelant chaque liste à prendre un engagement clair sur l’avenir foncier des installations de Timizzolu. Pour les supporters, l’ACA, fondé en 1910, n’est pas un club comme un autre mais un patrimoine vivant, un pilier social et identitaire du bassin ajaccien. Ils rappellent les investissements consentis ces vingt dernières années, ayant permis l’achèvement en 2024 d’un complexe moderne comprenant le stade et trois terrains annexes. Mais la propriété privée actuelle du site est perçue comme une fragilité structurelle empêchant toute projection sereine. Leur demande est explicite : sécuriser durablement les infrastructures par une maîtrise publique.
 
La réponse de Stéphane Sbraggia, rendue publique le 19 février, était très attendue. Le maire sortant affirme d’emblée que la lettre ouverte du Cullettivu Biancu è Rossu « soulève une question essentielle : celle de la sécurisation durable des infrastructures sportives liées à l’AC Ajaccio, et plus largement de l’avenir du football ajaccien dans un contexte devenu structurellement fragile ». Reconnaissant que les enjeux « dépassent le seul cadre sportif » et concernent « la jeunesse, la formation et l’équilibre de notre tissu social », il admet que « la situation foncière et financière qui entoure aujourd’hui le Stade Michel-Moretti témoigne d’un modèle qui ne peut constituer une base solide et durable pour l’avenir du club ».
 
Pour autant, Stéphane Sbraggia refuse une réponse qu’il jugerait ponctuelle. « Face à ce constat, la Ville d’Ajaccio fait le choix de la responsabilité : non pas intervenir ponctuellement pour compenser des déséquilibres hérités du passé, mais construire un cadre pérenne garantissant des infrastructures sécurisées, accessibles et maîtrisées dans l’intérêt public », écrit-il. Selon lui, « la réponse doit désormais s’inscrire à l’échelle de la Communauté d’Agglomération du Pays Ajaccien (CAPA) ». Il s’appuie sur les recommandations de la Chambre régionale des comptes qui « convergent vers une prise en charge communautaire des grands équipements sportifs structurants ». Seul obstacle, la compétence sport toujours dévolue à la Ville et non pas à la Communauté d'agglomération, comme cela est par exemple le cas dans le Grand Bastia. Une situation qui pourrait accélérer le transfert de compétence pour la prochaine mandature.

« Garantir la pérennité du club, préserver son activité sportive, assurer une gestion conforme à l’intérêt communautaire »
Le maire annonce ainsi (qu'en cas de réélection) qu’il prendra « dès la prochaine mandature » l’initiative « d’inscrire à l’agenda prioritaire de la CAPA la définition d’un mode de gouvernance durable pour les infrastructures de l’AC Ajaccio, sur la base d’analyses financières rigoureuses ». L’objectif, précise-t-il, est « clair » : « garantir la pérennité du club, préserver son activité sportive, assurer une gestion conforme à l’intérêt communautaire, en lien étroit avec le Cullettivu Biancu è Rossu et la dynamique qu’il porte ». Il rappelle enfin que « cette volonté d’accompagnement » s’est déjà traduite concrètement par une subvention de fonctionnement de 40 000 euros sur trois ans et une aide exceptionnelle de 50 000 euros votées par le conseil municipal. « Parce que l’ACA fait partie intégrante de l’identité de notre ville, son avenir doit être garanti dans une approche responsable, équilibrée et tournée vers l’intérêt collectif ». Le maire sortant élargit même la réflexion au Stade Ange-Casanova, utilisé par le GFCA, estimant que la question des infrastructures sportives doit être abordée de manière globale à l’échelle du bassin ajaccien.
 
Des candidats unanimes quant au rachat du stade
Premier à évoquer le sujet ce dimanche, François Filoni avait proposé que la municipalité engage des discussions pour racheter le stade, propriété d’une SAS dirigée par Patrick Bruneau et Jean-Noël Fattaccioli. Et s’engage à faire de l’enceinte « un équipement public au service du grand Ajaccio » et avance un coût estimé à environ 5 millions d’euros, soit un montant proche de celui déboursé en 2019 par les propriétaires actuels. Selon nos informations, la SAS demanderait entre 7 et 8 millions pour la vente des installations. 
 
De son côté, Pascal Zagnoli, tête de liste « Stintu Aiaccinu, partage le constat d’une situation insatisfaisante et affirme que « la question du stade dépasse largement le cadre sportif » pour devenir un enjeu municipal et intercommunal majeur. Son objectif est clair : « vulemi renda u stadiu Michel Moretti à l’Aiaccini ». Le candidat du PNC  évoque un financement mixte (État, Collectivité de Corse, fonds européens, emprunt, partenariats) et cite l’exemple du stade Marcel-Picot à Nancy comme modèle de modernisation progressive. Le candidat du PNC défend une vision économique : faire du stade un pôle sportif et culturel d’agglomération capable de générer des retombées au-delà du football.

Enfin, Charlotte Cesari, candidate de la liste « La Gauche Unie : A Voci di u Populu », place la question du stade dans une approche sociale et territoriale plus large. Pour elle, « l
e sport n’est pas un luxe mais un investissement social, économique et urbain ». Dans son programme, elle détaille un projet estimé entre 15 et 20 millions d’euros comprenant modernisation des tribunes, création d’espaces polyvalents, amélioration énergétique et développement d’un accueil événementiel. Elle ambitionne un modèle économique durable capable de générer entre 1 et 1,5 million d’euros de recettes annuelles grâce aux événements culturels, séminaires d’entreprises, académie sportive et tourisme sportif. Son projet prévoit un rachat des terrains et un programme de rénovation structurant, accompagné d’un modèle économique diversifié afin de faire du stade un pôle sportif, culturel et citoyen au service de la jeunesse et de la cohésion sociale. Elle insiste sur un financement partagé entre les différentes collectivités et sur la nécessité d’un engagement fort de l’État et de la Collectivité de Corse.

Enfin, le Dr Jean-Paul Carrolaggi, tête de liste Aiacciu Vivu, se montre ouvert au principe d’une acquisition, tout en appelant à la prudence et à une négociation rigoureuse afin d’éviter toute spéculation financière, réservant une réponse officielle plus développée ces prochains jours.