Conservatoire de musique Henri Tomasi d’Ajaccio : inauguration en fanfare, ouverture en sourdine

Written on 02/11/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Après trois ans de travaux, le nouveau conservatoire Henri Tomasi d’Ajaccio a été inauguré ce samedi 7 février. « Opérationnel à 100 % » selon la Ville d'Ajaccio, il ne devrait toutefois être accessible aux élèves et professeurs qu’à « la rentrée prochaine » selon le STC, qui tenait une conférence de presse ce mercredi matin. « Plutôt d'ici quelques semaines » rassure Anne-Laure Santucci, conseillère exécutive en charge de la culture à la Collectivité de Corse, actionnaire majoritaire du syndicat gérant l'établissement. Un déménagement rendu tardif en raison également d’un différend financier entre la Cdc et la Ville d’Ajaccio. Explications.

(photos Paule Santoni)

« Avoir un tel équipement sous nos yeux et ne pas pouvoir y jouer, c’est frustrant pour tout le monde » se désole Lionel Nicolay, délégué syndical de la section STC du conservatoire de musique. Des propos tenus ce mercredi matin en conférence de presse, en présence des parents d’élèves, pour dénoncer la situation : « On nous dit que le bâtiment est opérationnel mais on ne peut pas y accéder. On souhaiterait avoir des explications et des clarifications pour connaitre les blocages .»
 
Inauguré en grande pompe devant plusieurs centaines de personnes, ce samedi 7 février, le nouveau conservatoire, géré par un syndicat mixte, est sorti de terre après trois ans de travaux et 10,3 millions d’euros, financé par la Ville d’Ajaccio (43%), l’Etat (40%) et la Collectivité de Corse (17%). Une cérémonie qui s’est déroulée en l’absence des élus de la CdC et a même pris une tournure politique après les propos de Jean-Paul Carrolaggi, la tête de liste d’Aiacciu Vivu dénonçant « l’utilisation de moyens institutionnels à des fins électorales pour un ouvrage pas complètement fini ». Le candidat nationaliste en rajoutant même une couche sur ses réseaux sociaux, ces dernières heures, filmant, selon lui, des abords non finis et des ouvriers en train de finaliser l’ouvrage.
 

 Un bâtiment opérationnel à 100%

« Faux » rétorque Antoine Maestrali, le directeur de cabinet de Stéphane Sbraggia, l’actuel maire d’Ajaccio : « La commission de sécurité a validé l’ouverture au public le jeudi 5 février, le bâtiment est donc opérationnel à 100%. On ne va pas s’amuser à ouvrir un tel ouvrage si toutes les conditions ne sont pas réunies. Il y a eu, certes, un peu de retard, par rapport au calendrier initial mais rien n’empêche techniquement de pouvoir l’occuper » et ajoute : « Concernant les abords, filmés sur les réseaux sociaux par un opposant politique, je rappelle que le Conservatoire de musique est la première pierre d’un éco-quartier en pleine reconstruction, et qu’il faudra même plusieurs années pour que tout soit finalisé aux alentours ».
 
Pour Antoine Maestrali, ce qui manque avant tout c’est la signature de la convention actant le transfert vers le nouveau bâtiment, réclamant au passage, au syndicat mixte, une somme forfaitaire de 180 000 euros de participation annuelle.  « Cette somme va permettre de couvrir une partie du remboursement des intérêts d’emprunt contractés par la Ville pour le surcoût des travaux (+ 3 713 000 €) » rappelant également que « si la Ville d’Ajaccio souhaite opérer une gratuité sur la mise à disposition (…) la charge du syndicat passerait ainsi de 90 000 € (NDLR : montant de la part des frais de fonctionnement versé par le syndicat mixte pour l’ancien conservatoire) à 180 000 € pour un équipement plus adapté et plus moderne bénéficiant d’une surface trois fois plus importante que l’ancien ».
 
Dans un courrier adressé à Gilles Simeoni, le président de l’Exécutif, le 26 novembre dernier, Stéphane Sbraggia justifiait également la demande de cette somme « au titre de l’absence de contribution actuelle de la Cdc au fonctionnement des équipements d’intérêts régional supporté par la Ville d’Ajaccio comme le Palais Fesch, le Palatinu ou encore les équipements sportifs » mais également au fait « que la Ville d’Ajaccio ait supporté seule les surcoûts des travaux du conservatoire malgré ses demandes de subvention complémentaires auprès de la Cdc et de l’Etat ».

« Nous ne payerons pas ces 180 000 € »

« Un chantage » selon Anne-Laure Santucci, conseillère exécutive en charge de la culture à la CdC : « Nous ne payerons pas cette somme annuelle de 180 000 €, qui correspond à des intérêts d'emprunt. Juridiquement, nous ne pouvons pas nous substituer aux frais supplémentaires engendrés par les errances d’un projet mal ficelé, mal anticipé par la Ville d'Ajaccio » ajoute-t-elle ouvrant toutefois la voie au dialogue : « les services continuent de travailler pour trouver une issue. Bien entendu, que cet équipement, plus moderne et trois fois plus grand, va engendrer des coûts supplémentaires en termes de dépenses notamment énergétiques ou de fonctionnement et la Collectivité de Corse, par le biais du syndicat mixte, y prendra toute sa part ». Concernant son absence à l’inauguration, Anne-Laure Santucci se défend : « En cette période de réserve électorale municipale, il ne nous apparaissait pas pertinent d’y participer d’autant qu’à l’origine, l’inauguration était plutôt prévue mi-janvier ».
 
Pour le moment, le bâtiment attend toujours ses nouveaux élèves (ils seront bientôt 650), mais la situation pourrait toutefois se décanter plus rapidement que prévue : « Le déménagement d’un conservatoire ne se fait pas en un claquement de doigt. En dépit des négociations avec la Ville d’Ajaccio sur le volet financier, nous travaillons de concert avec la directrice pour mettre cela en place le plus rapidement possible. De notre côté, il n’y a aucun blocage. Il reste encore quelques aménagements à effectuer au sein du bâtiment. Nous espérons que cela puisse se faire dans les prochaines semaines » conclut la conseillère exécutive en charge de la culture.