Depuis ce mardi 10 février à 7 heures, le personnel des urgences du centre hospitalier d’Ajaccio a entamé une grève illimitée. L’intersyndicale STC-CFDT dénonce une situation devenue “indigne” pour les patients comme pour les soignants. Une réunion s’est tenue dans l’après-midi avec la direction, sans déboucher sur un accord. Le mouvement se poursuit.
La tension est montée d’un cran, ce mardi matin, devant le Centre hospitalier d’Ajaccio. À 7 heures précises, les urgences ont officiellement basculé dans une grève illimitée à l’appel de l’intersyndicale STC-CFDT qui dénonce une situation devenue « indigne » pour les patients comme pour les soignants. Selon les représentants du personnel, 75 % des effectifs – sur une centaine d’agents – ont cessé le travail.
Dans un communiqué, les soignants expliquent avoir pris « acte de réponses jugées insatisfaisantes et sans mesures concrètes immédiates » à l’issue de réunions tenues les 5 et 9 février avec la direction. Face à ce qu’ils considèrent comme une absence d’engagement fort, ils ont décidé de durcir le ton.
« Une situation qui dure depuis 2023 »
Pour Nicolas Filippi, infirmier et représentant du STC, la mobilisation est l’aboutissement de longs mois d’alerte restés sans effet. « C’est une situation qui dure depuis 2023. Depuis l’installation au Stiletto, nous signalons des dysfonctionnements qui n’ont pas été corrigés », déplore-t-il.
Ce mardi matin, à la relève, 34 patients étaient encore présents dans le service, certains depuis plusieurs jours, installés sur des brancards faute de lits d’hospitalisation disponibles. « Ce qui va à l’encontre de nos valeurs et du métier que l’on fait. On est dans une certaine forme de maltraitance institutionnelle », affirme-t-il. Le cœur du problème, selon les grévistes : le manque chronique de lits d’aval, qui bloque les sorties vers les services d’hospitalisation, les structures de soins de suite (SSR) ou les Ehpad. Résultat, les urgences se retrouvent engorgées en permanence.
Des soins « entre quatre paravents »
Anne-Laure Ferri-Pisani, aide-soignante et représentante CFDT, décrit un quotidien devenu, selon elle, inacceptable : « Cela fait quatre jours qu’une patiente de 89 ans est aux urgences. On en vient à faire des soins dans les couloirs, entre quatre paravents, parce que nous n’avons pas les moyens de faire autrement. »
Les soignants évoquent aussi des électrocardiogrammes réalisés dans des espaces inadaptés, parfois même dans des sanitaires, faute de place. « Les urgences sont la vitrine de l’hôpital, le premier contact du patient avec l’établissement. On ne peut plus continuer comme ça », insiste l’intersyndicale.
« La sécurité des patients n’est plus garantie »
Les représentants du personnel ne nient pas que la saturation des urgences soit un phénomène national. Mais ils pointent un « manque d’anticipation » au niveau local. « Notre population vieillit et nécessite des prises en charge plus lourdes. Faute de places en Ehpad ou en soins de suite, des patients âgés, souvent polypathologiques, arrivent aux urgences dans de mauvaises conditions et y restent trop longtemps », expliquent-ils.
Durant l’épidémie hivernale de grippe, les soignants regrettent notamment l’absence d’unité virale dédiée, qui aurait permis d’isoler les patients contagieux et d’éviter d’aggraver l’embouteillage du service.
Dans leur communiqué, les équipes affirment ainsi vouloir « alerter la population » car, selon elles, « la sécurité des patients et de leurs proches n’est plus garantie ». Elles dénoncent ainsi « une dégradation majeure des conditions de soins, incompatible avec les exigences de qualité et de sécurité » auxquelles elles restent attachées. « On souffre avec les patients et leurs familles. Nous refusons d’être maltraitants à cause de mauvaises conditions d’organisation », insiste Nicolas Filippi.
Une réunion sans accord, le mouvement se poursuit
Une nouvelle réunion s’est tenue ce mardi après-midi entre les représentants de l’intersyndicale et la direction du centre hospitalier. À ce stade, aucun accord n’a été trouvé. Les revendications portées – dont certaines, selon les syndicats, reviennent depuis plusieurs années – n’ont pas obtenu de réponses jugées suffisantes.
En conséquence, la grève illimitée est maintenue. Les équipes affirment toutefois continuer à assurer la prise en charge des urgences vitales, tout en appelant à « des engagements clairs et immédiats » pour désengorger durablement le service.
« Notre engagement premier reste le patient, conclut Anne-Laure Ferri-Pisani. Nous demandons simplement de pouvoir exercer notre mission dans la dignité, la sécurité et le respect. »