Caroline Rose Torres est Docteure en anthropologie, diplômée de Sciences Po Paris ainsi qu'en psychanalyse, autrice, conférencière et formatrice. Chercheuse associée à l'Université de Corse, elle dirige CQFD, une entreprise spécialisée en anthropologie du genre. Son travail vise à analyser les dynamiques socioculturelles et politiques à l'origine des inégalités. Cet ouvrage inédit, « Mouvement féministe et nationalisme corse: clandestinité en parallèle », éditions CERF), est issu de sa thèse de Doctorat. Rencontre.
« Mouvement féministe et nationalisme corse: clandestinité en parallèle », un livre très intéressant de Caroline Rose Torres consacré au féminisme en Corse.
- Un mot sur votre parcours particulièrement étoffé …
- Je suis né à Gap dans les Hautes-Alpes mais j’ai grandi dans le Gard. J’ai de la famille en Casinca et dans le Nebbiu. J’ai suivi des études en psychanalyse, puis j’ai obtenu un master en anthropologie et un autre à Sciences Po Paris. En pause de mes études, quand mes parents sont venus en Corse pour des raisons professionnelles, je les ai rejoints il y a 15 ans, et je n’ai plus bougé depuis. J’ai fait des petits boulots et puis j’ai rencontré Philippe Pesteil, maitre de conférences à l’université de Corte. Ça m’a donné envie de travailler sur la thématique de l’anthropologie du genre en Corse car ça ne s’était jamais fait.
- Qu’est-ce que l’anthropologie du genre, votre spécialité ?
- C’est comprendre comment les sociétés s’organisent en fonction du masculin et du féminin. Quels choix sont-ils faits.
- Dans ce livre vous faites un parallèle entre féminisme et nationalisme…
- En travaillant sur ma thèse de doctorat j’ai pris conscience que les premières féministes corses étaient nationalistes. J’ai donc approfondi mes recherches pour savoir si elles pouvaient cohabiter. Cette thèse m’a pris 7 ans de travail sur le terrain avec des rencontres avec des acteurs politiques, culturels et associatifs, des militantes, au total plus de 250 entretiens. J’ai aussi assisté à plusieurs évènements, consulté des archives publiques et privées.
- Les premières féministes corses seraient donc nationalistes ?
- Il faut remonter aux années 70. A cette époque de nombreuses femmes ont quitté la Corse, étouffées, corsetées, pour jouir de plus de liberté. A Paris elles se retrouvaient souvent dans des amicales, des associations corses Les premières militantes féministes en sont issues
- C’est un livre très étoffé, décliné en plusieurs chapitres ?
- Il est très riche mais ce n’est qu’un résumé de ma thèse. On y trouve en effet plusieurs chapitres comme : Les grands traits anthropologiques corses, l’histoire du féminisme en Corse, la confrontation de l’idée du militantisme avec l’identité de genre et l’effet sur la société, comment le féminisme voit-il le nationalisme et inversement etc….
- Vous exposez là un pan plutôt méconnu de l'histoire insulaire ?
- Mon ouvrage livre une analyse des mécanismes propres au militantisme féministe et nationaliste tout en reconstituant l'histoire souterraine des luttes féminines corses. J’y développe une réflexion rigoureuse et originale sur les stéréotypes de genre insulaires ainsi qu'un parallèle avec d'autres territoires où féminisme et nationalisme ont tenté de cohabiter. En croisant anthropologie, politique et genre, le livre offre un éclairage plutôt inédit sur les tensions entre identité, égalité et pouvoir dans une société en profonde mutation. Cette analyse conjointe du féminisme et du nationalisme, encore rare en France, ouvre la voie à un champ de recherche encore peu exploré.
- Aujourd’hui ?
- Il y a encore des structures sociales plus exigeantes envers les femmes qu’envers les hommes. Malgré ce que certains disent, la société corse n’est pas matriarcale. Elle est patriarcale, comme les autres sociétés d’ailleurs.
- CQFD ?
- C’est une entreprise que j’ai créée et à travers de laquelle je propose des conseils, des formations, des animations autour des problèmes de société. Je mets mes compétences et mes convictions au service de celles et ceux qui souhaitent mieux comprendre le monde pour pouvoir y agir, des personnes qui cherchent à développer leur compréhension du monde pour transformer leurs pratiques. CQFD se veut une passerelle entre les sciences humaines et sociales et les réalités du quotidien, entre la recherche et l’action.
- D’autres projets d’écriture ?
- J’ai trois livres sur le feu, sur trois sujets différents. Le premier a pour cadre le quartier de St Joseph à Bastia où j’habite. Je trouve qu’on parle pas assez de ce quartier emblématique et historique de la ville. C’est un village à lui tout seul. Je plonge donc dans son passé, sa mémoire. Le second livre aura pour thème les saisonniers d’hiver en Corse. on parle beaucoup des saisonniers d’été mais peu ce ceux qui viennent en hiver notamment dans le monde agricole. On y trouve des travailleurs du Maghreb mais aussi de gens de l’Est du continent français. Ils constituent de petites communautés. Ce sont des invisibles mais leurs modes de vie est intéressant. Enfin, le 3e livre traitera des années 90 et 2000. Sorte de nostalgie de la jeunesse pour moi. J’essaye de tirer des leçons de ces années-là : Leçons sur l’humain, les messages que ces années délivrent sur la vie, les questions existentielles avec des exemples concrets comme la série Star War, Le Seigneur des anneaux. Il y a avait dans ces séries, ces films des messages de sagesse humaine.