En compétition dans cette 38e édition du Festival italien, « L’amore che ho », 2e long-métrage inédit en France de Paolo Licata. L’histoire de la chanteuse et militante Rosa Balestreri. Rencontre avec le réalisateur.
(Photo Gérard Baldocchi)
Né à Palerme en 1981, Paolo Licata a suivi des études classiques qui lui ont valu une licence en droit et a fréquenté également l'Université du Cinéma de Cinecittà. Fils de musiciens, il étudia en parallèle le violon et le piano et fréquenta divers opéras et salles de concert symphoniques à travers le monde. Plus tard Il sera assistant metteur en scène sur de nombreux opéras du grand répertoire italien aux États-Unis, en Australie, en Espagne et en Pologne : « Rigoletto », « Cavalleria Rusticana », « Pagliacci », « Turandot » et « La Bohème »… Après plusieurs courts métrages, il devient assistant réalisateur sur plusieurs tournages. C’est en 2019, qu’il sort son 1er long-métrage : « Picciridda », l’histoire de la petite Lucia élevée en Sicile par sa grand-mère, une femme sévère incapable d'exprimer ses sentiments. Au fil des mois, la vie de la fillette s'enrichit de nouvelles rencontres et d'affections. La curiosité la pousse vers les hommes, un monde mystérieux dont sa grand-mère lui interdit formellement de s'approcher.
En 2024, sort en Italie « L’amore che ho »* retraçant l’histoire de la chanteuse sicilienne Rosa Balestreri (1927-1990). Sa voix rauque chargée de mélancolie et sa forte personnalité firent d'elle une icône de la Sicile du XXe siècle. Ses chansons dépeignent une Sicile à la fois violente et tendre, amère et douce, pleine d’ambiguïtés. Aux côtés d’autres artistes, elle incarnera une génération d'artistes adhérant à l'idéologie communiste.
- L’idée de ce film sur cette chanteuse ?
- J'ai commencé à m'intéresser à Rosa Balestreri pendant que je montais mon film précédent, Picciridda. Dans ce film j'ai voulu insérer deux morceaux de Rosa Balestreri, et cela m’a amené à me documenter sur elle. Alors que je ne connaissais rien à sa vie, j'ai découvert un monde, un univers nouveau.
- Qui était-elle ?
- C'est un personnage très riche et dans ce film, la vie de Rosa sert aussi à raconter des thématiques importantes, qui, malheureusement, sont toujours d’actualité et présentes dans notre quotidien. Ce sont des thématiques qui existaient alors, quand Rosa était petite, et qui, malheureusement, existent encore aujourd'hui.
- Sur quoi vous êtes-vous basé pour la rédaction du scénario ?
- Sur quoi vous êtes-vous basé pour la rédaction du scénario ?
- Si un livre a été écrit sur elle, nous ne sommes pas partis du livre. Nous sommes partis de la vraie histoire de Rosa Ballisteri qui est assez connue par certains. Il suffit d'aller sur Wikipédia et on peut déjà se documenter. Le livre quant à lui nous a fourni des éléments supplémentaires, surtout concernant les relations intimes de Rosa avec sa famille. Le film est en réalité le fruit de plusieurs sources.
- Au casting, trois actrices pour jouer le rôle, selon son âge…
- J’ai eu la chance d’avoir de très bonnes actrices et cela m’a facilité la tâche. Ce sont trois actrices différentes entre elles, trois actrices différentes de Rosa. Ça ne m'intéressait pas qu'elles ressemblent à Rosa, physiquement j’entends. L'important était que l'interprète puisse tirer à l'extrême l'âme, l'essence même du personnage. Je ne me suis pas du tout préoccupé de la ressemblance physique.
- Plusieurs époques de sa vie qui vous ont amené à jouer sur les couleurs ..
- Quand on travaille sur trois ou quatre époques différentes, c'est important de les différencier visuellement pour aider le spectateur à s'orienter dans ces différentes époques, qu’il ne se perde pas.
- Le film a bien sûr une note très musicale, qui chante dans le film ?
- Par principe, je hais le playback. J'ai horreur de voir une comédienne ou un comédien parler et d'entendre une autre voix que la leur. Dès le départ, lorsque j'ai avancé dans mon projet, il était clair pour moi que ce seraient les comédiennes qui chanteraient réellement. Le problème était que la voix de Rosa Balistreri était exceptionnelle, avec un large spectre vocal et des tonalités des plus basses aux plus aigües. Il fallait donc que les trois comédiennes portent l'essence même de sa voix. Tout ce qu'on voit dans le film est vrai : Les musiciens jouent, les comédiennes chantent.
- Une chanteuse à la fin plutôt triste..
- Rosa n'a pas été vraiment très reconnue de son vivant et elle est morte un peu dans l’oubli. Même par le parti pour lequel pourtant elle a vraiment donné sa vie pour soutenir et défendre les causes justes, la cause des plus faibles. C’était une femme qui croyait en ce qu’elle faisait et donnait toujours son maximum entre autres dans son action politique. Ceux de ma génération connaissent le nom de Rosa Balisteri. Peut-être pas sa véritable histoire mais son nom et certaines de ses chansons les plus célèbres sont connues. Pour la génération actuelle, son nom n’évoque peut-être pas grand-chose mais pour la mienne et celles antérieures c'est un personnage encore bien présent dans les mémoires. Par ce film, ceux qui ne la connaissent pas la découvrent. C'est peut-être aussi l'une des missions du cinéma, celle de rapporter, d’amener à la connaissance du public des personnages oubliés.
- Avez-vous eu un retour du film de la part de la famille de Rosa ?
- Malheureusement, sa fille Angela que j’ai souvent côtoyée pour avoir des informations, est décédée une semaine avant la sortie du film.
- Les projets ?
- Je suis en écriture de mon 3e film, un film complètement différent des deux premiers. Un thriller psychologique, très sombre, façon film noir. Je pense que les gens vont me prendre pour un psychopathe.
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*Projections de « L’amore che ho » -----
Mercredi 4 février 19 heures à L’Alb’Oru
Jeudi 5 févier 16h30 au Studio
Vendredi 6 février 18h45 au Régent
Samedi 14 février 19 heures au Studio
Projections de « L’amore che ho » Mercredi 4 février 19h à L’Alb’Oru Jeudi 5 févier 16h30 au Studio Vendredi 6 février 18h45 au Régent Samedi 14 février 19h au Studio